

Pendant longtemps, Malika Lamamra a cherché la sécurité là où on lui avait appris à la chercher. Jusqu’au jour où elle a compris que la sienne se trouvait ailleurs. Dans cette chronique, elle explique comment la franchise est devenue son meilleur point d’équilibre, et comment ce cadre structuré lui permet aujourd’hui d’avancer sans forcer.
Si vous deviez vous présenter en deux mots, que diriez-vous ?
Bâtisseuse. Optimiste. Mon nom, Lamamra, vient d’une racine arabe qui signifie construire, bâtir, faire prospérer. C’était le titre des architectes dans l’Empire ottoman. Je bâtis des structures là où il n’y en avait pas auparavant : des cadres clairs, des méthodes, et aujourd’hui des entités comme la LuxFA ou XpandCo. À travers mon cabinet, je transforme des projets fragiles en systèmes solides en leur offrant une architecture robuste, capable de résister aux défis du développement international.
Je bâtis aussi dans ma vie personnelle, qu’il s’agisse de projets immobiliers ou de ma propre force physique. Le powerlifting m’a appris que la puissance se bâtit avec méthode et discipline. C’est cette recherche constante de structure et de solidité qui me permet aujourd’hui d’évoluer avec une aisance nouvelle.
Justement, pour vous, qu’est-ce que cela signifie « travailler sans forcer » ?
On confond souvent cela avec la facilité. C’est tout l’inverse : c’est le résultat d’une structure parfaitement en place. C’est cet état de flow où le temps s’évapore. Pour moi, c’est lorsque je structure un contrat de master franchise (le droit de développer une enseigne sur l’ensemble du territoire luxembourgeois, par exemple) et que chaque pièce trouve naturellement sa place.
Le signal est toujours le même : je ne me transforme plus pour être performante. Le « sans forcer » n’est pas une absence d’effort, c’est l’évidence d’une architecture bien conçue où l’on est exactement là où l’on doit être.
Vous souvenez-vous du premier moment où vous vous êtes dit : « Là, je suis exactement à ma place » ?
Oui, au Luxembourg, en 2015, lors du « Great Region Business Day ». Investisseurs, entrepreneurs et décideurs de toute la Grande Région y étaient réunis. Je ne me forçais pas à « networker ». Je faisais naturellement ce que j’ai toujours su faire : connecter, traduire, créer des ponts.
Ce sentiment d’évidence s’est confirmé ensuite en Belgique, puis à Tunis. À chaque fois, la même certitude : ma place est auprès des entrepreneurs.
Qu’est-ce qui vous a éloignée de votre zone naturelle avant de la trouver ?
Le conformisme et le besoin de sécurité. Dans l’enseignement supérieur, on nous forme à être employés, rarement à créer. À 26 ans, je cherchais avant tout la stabilité matérielle. J’ai fait des choix rationnels et, pendant des années, j’ai privilégié les structures existantes. Elles m’ont protégée, mais elles m’ont aussi tenue à distance de ce qui me correspondait profondément.
Avez-vous repéré des signaux faibles indiquant que vous n’étiez pas dans le bon environnement ?
Oui. Les frustrations, les incohérences, le sentiment d’injustice. Mais surtout ce décalage permanent entre la valeur produite et le retour obtenu, entre les résultats concrets sur le terrain et une reconnaissance totalement absente. Pour une personnalité pragmatique, ambitieuse et orientée résultats, cette absence de logique est déroutante. À l’époque, je cherchais simplement à comprendre pourquoi je m’épuisais dans un système qui ne récompensait pas la performance.
À l’inverse, quels signes ont montré que vous étiez enfin dans votre « zone naturelle » ?
D’abord, le corps. Fini les grippes à répétition et la fatigue chronique ; on se sent plus ancrée. Ensuite, l’énergie. Ce n’est pas de l’épuisement, c’est une vibration. Elle apparaît quand je structure un projet, quand je me pose une seule question : comment faire pour que ça fonctionne vraiment ? Enfin, la liberté de mes choix professionnels m’autorise à choisir mes partenaires et à assumer mon ambition.
Vous n’aimez pas être mise dans une case. En quoi votre zone naturelle respecte-t-elle cette liberté ?
L’être humain ne peut être réduit à une case ; c’est une vision réductrice et fondamentalement fausse. Il en va de même pour l’entrepreneur : il doit être à la fois stratégique et opérationnel, visionnaire et concret. Ma zone naturelle me permet d’assumer cette multipotentialité : naviguer entre le business, le juridique et l’humain pour relier des mondes qui, d’ordinaire, ne se parlent pas. Ma liberté n’est pas l’absence de contraintes, c’est la cohérence.
Le déclic entrepreneurial de vos 40 ans : instinct ou rupture réfléchie ?
Les deux. Instinctif, car viscéral… presque une forme de survie. Mais aussi une rupture réfléchie. On accumule l’expérience jusqu’au jour où l’on sait que l’on peut sauter sans filet. Des personnes qui ne se connaissaient pas me disaient la même chose : « Tu es le cordonnier mal chaussé, crée ta société ». C’était vrai. J’aidais les autres à se structurer sans appliquer ces principes à moi-même. J’ai lancé XpandCo pour agir avec rigueur et éthique, et la LuxFA pour soutenir l’ensemble du secteur.

Malika LAMAMRA est dirigeante et experte de la franchise au Luxembourg. Après un parcours majoritairement construit dans le salariat, elle a fondé XpandCo et préside aujourd’hui la Luxembourg Franchise Association (LuxFA). Elle accompagne les marques dans la structuration et le développement de leurs réseaux, avec une approche fondée sur la rigueur, la méthode et la vision long terme.
Engagée dans la professionnalisation de la franchise au Grand-Duché, Malika œuvre à structurer un écosystème de plus de 300 marques. En parallèle, elle pratique le powerlifting en compétition, une discipline qui reflète les valeurs qu’elle défend dans son travail : exigence, précision et constance.
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