Ce que j'aurais aimé savoir avant de...| ... Construire une carrière internationale

Construire une carrière internationale, ce n’est pas seulement changer de pays. C’est apprendre à se déplacer, intérieurement autant que géographiquement. Au fil des années, Claire a vécu, travaillé et grandi sur plusieurs continents. Dans cette chronique, elle partage ce qu’elle aurait aimé savoir avant de se lancer : les apprentissages invisibles, les doutes, les renoncements parfois, et tout ce que l’international lui a finalement apporté, bien au-delà d’un simple parcours professionnel.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu vivre à l’étranger.
Enfant, je rêvais d’Angleterre, largement influencée par mes lectures : Beatrix Potter et Sherlock Holmes d’abord, Harry Potter plus tard. L’Angleterre avait ce parfum d’aventure, de mystère et d’évidence.

Ironie de l’histoire : je n’y ai finalement passé que six semaines, lors d’un stage.
La vie, elle, m’a emmenée ailleurs.

Aux États-Unis, d’abord, à Minneapolis puis à New York.
En Allemagne, à Hambourg.
En Chine, à Hong Kong.
Au Vietnam, à Hanoi.


Et, en tant que Française, même le Luxembourg reste une forme d’expatriation.

Ce n’est pas le pays rêvé de l’enfance qui s’est réalisé, mais quelque chose de beaucoup plus riche : une succession de vies, de cultures et de rencontres qui ont façonné la femme et la leader que je suis devenue.

1. L’immersion n’est pas optionnelle et elle renforce l’identité

S’immerger vraiment dans un pays demande de l’énergie : apprendre la langue, comprendre les codes, sortir du confort du monde expatrié. Mais paradoxalement, cette ouverture à l’autre renforce l’identité.

À force de me confronter à des cultures différentes, j’ai mieux compris qui j’étais, ce qui comptait vraiment pour moi et ce que je ne voulais pas négocier. L’international ne m’a pas diluée : il m’a clarifiée.

2. La solitude existe… et elle ouvre la porte à des réseaux incroyables

Oui, il y a parfois de la solitude, surtout au début. Mais une fois cette étape dépassée, j’ai construit, dans chaque pays, des réseaux extrêmement solides. J’y ai trouvé des mentors, des pairs et rencontré des amis extraordinaires.

Certains réseaux traversent le temps et les continents : j’ai retrouvé mon premier chef de New York à Hong Kong et croisé au Luxembourg des amis rencontrés des années plus tôt à New York et à Hambourg. Ce sont des liens rares et précieux.

3. La variété comme antidote à l’ennui

Changer de pays, de cultures et de contextes crée parfois un décalage avec ceux restés en France. Lors des repas de famille pendant les fêtes, on arrive avec mille histoires en tête, des mondes entiers à raconter… avant de réaliser que le sujet du moment est surtout la nouvelle voiture de tante Aglaé.

Mais cette variété a surtout été une source incroyable d’énergie. Elle m’a permis de ne jamais m’ennuyer, de toujours apprendre, de me renouveler sans cesse et, très honnêtement, de ne pas faire de crise de la quarantaine en envoyant valser mari et enfant 😉. Le mouvement a été mon équilibre.

4. La vie personnelle n’est pas un frein, elle peut devenir un socle

Rien de tout cela n’aurait été possible sans le soutien de mon mari. Il a accepté de mettre sa carrière entre parenthèses pendant plus de dix ans pour me suivre et s’occuper de notre fils, pendant que je voyageais beaucoup, comme en témoignaient ses premiers dessins : un enfant, son papa et un avion 😉. Ce choix, nous l’avons fait ensemble, tout comme celui du retour.

Notre fils a, lui aussi, fait preuve d’une adaptabilité remarquable : cinq pays et cinq écoles depuis sa naissance, avec des déménagements plus faciles que d’autres. Ce n’est pas un grand fleuve tranquille, mais une aventure familiale faite de hauts et de bas, que chacun ne vit pas au même moment.

5. L’équilibre n’est jamais parfait, mais il est vivant

Construire une carrière internationale, ce n’est jamais tout réussir en même temps. Il y a des phases intenses, d’autres plus calmes. Des moments de doute, puis des accélérations. Des démarrages plus compliqués, vive les déménagements pendant la Covid, et des au-revoirs qui font plus mal que d’autres.

Avec le recul, j’ai presque appris à accepter que tout ne se joue pas au même moment et que c’est très bien ainsi.

À la Claire de 10 ans (et à celles et ceux qui rêvent d’ailleurs)

Si je pouvais parler à la Claire de 10 ans, je lui dirais : continue de rêver. Même quand cela semble improbable. Même quand certains pays paraissent hors de portée.

L’Allemagne ne semblait pas si compliquée, finalement.
New York, le Vietnam, le Luxembourg après le Vietnam… étrangement, ils me paraissaient inimaginables.

Et pourtant.

J’y ai cru. J’ai su reconnaître les opportunités, parfois infimes, et surtout, j’ai osé les saisir. Faire preuve d’audace quand il le fallait. Dire oui avant d’être totalement prête. Avancer sans tout maîtriser.

À celles et ceux qui envisagent une carrière internationale, je dirais la même chose : osez rêver. Croyez que c’est possible. Le chemin ne sera jamais exactement celui que vous imaginez et c’est souvent ce qui le rend si beau.


Dirigeante internationale, Claire ROSSELER cumule près de vingt ans d’expérience en Europe, aux États-Unis et en Asie. Installée récemment au Luxembourg, elle a rejoint les équipes d’Amazon et s’intéresse de près aux parcours de femmes leaders ainsi qu’aux enjeux du leadership interculturel.