Et toi, tu fais comment pour... | ...Écouter les gens ?

Quand avons-nous vraiment écouté quelqu’un pour la dernière fois ?
Pas pour répondre. Pas pour résoudre. Juste pour comprendre.
Dans cette chronique, Solène explore ce que signifie écouter réellement, et pourquoi cette posture change en profondeur la qualité de nos relations et de nos projets.

Écoute-t-on vraiment les gens ?
On croit souvent qu’on écoute. En réalité, on entend.
On entend des mots, des phrases, des récits… tout en préparant déjà ce qu’on va répondre. Une solution, un conseil, un avis, parfois même une défense.


Mais écouter et entendre n’ont pas le même impact. Ni la même intention.


Entendre, c’est capter une information. Écouter, c’est créer un espace. Et cet espace change tout.

Quand on écoute vraiment, on ne cherche pas à corriger, ni à rassurer, ni à résoudre immédiatement. On accepte de ne pas savoir où la conversation va mener.
C’est souvent là que ça bascule : dès lors qu’on prépare sa réponse, on n’est déjà plus dans l’écoute.

À l’inverse, quand quelqu’un se sent réellement écouté, le lien de confiance se transforme. Les paroles deviennent plus justes, plus profondes. Les gens se confient davantage, parce qu’ils sentent qu’ils ne seront ni interrompus ni jugés.

Écouter demande d’abord de se taire. Pas un silence gêné, mais un silence qui laisse la place. Laisser l’autre dire tout ce qu’il ou elle a à dire. Accepter la parole telle qu’elle vient, avec son histoire, son bagage, ses contradictions. Ce récit ne m’appartient pas. Il appartient à l’autre.

Quand j’écoute vraiment, tout mon corps s’oriente vers la personne. Ma respiration ralentit. Je parle moins. Et quand c’est à mon tour, mon timbre de voix change. Il se synchronise naturellement à celui de mon interlocuteur. C’est une qualité de présence.

Écouter, c’est montrer à l’autre qu’il compte. Vraiment. C’est aussi renoncer consciemment à donner son avis. Parce que c’est rarement ce que la personne cherche. Elle ne cherche pas une solution. Elle cherche une oreille. Et très souvent, en étant écoutée jusqu’au bout, elle trouve elle-même ses réponses.


Écouter demande une certaine forme de courage : le courage de renoncer à plaquer son propre vécu sur celui de l’autre, le courage de laisser l’autre prendre toute sa place, sans l’envahir de nos pensées.

Quand on se sent écouté, le corps se détend. La tension baisse. La relation se stabilise.
Les décisions sont plus facilement acceptées lorsqu’on a pu exprimer ses craintes, ses doutes, ses résistances. La confiance devient plus solide, plus durable.

À l’inverse, ne pas écouter peut coûter cher : du temps perdu sur un projet, des actions faites en double, une mauvaise organisation, des incompréhensions qui s’accumulent. Très souvent, tout cela ne vient pas d’un manque de compétence, mais d’un manque d’écoute.

Quand j’écoute vraiment, mon cerveau se tait. Je le visualise comme un tableau blanc, sur lequel viennent simplement s’écrire les mots-clés de mon interlocuteur. Je laisse des silences. Je les laisse durer, pour être sûre que tout a été dit.


Et si, collectivement, on acceptait de répondre un peu moins vite ?
Et si on prenait le risque de comprendre avant de réagir ?
Peut-être qu’on découvrirait que l’écoute n’est pas une compétence « en plus », mais une posture fondamentale pour créer des relations plus justes, des décisions plus solides et des projets plus sereins.


Solène SILLIERE est architecte et coach certifiée. Elle partage aujourd’hui son temps entre la pratique architecturale au Luxembourg et l’accompagnement des architectes et acteurs du cadre bâti en quête de sens, d’alignement et d’évolution professionnelle.

Créatrice et animatrice du podcast Fondations, elle interroge les fondements du métier d’architecte, sa place dans la société et les façons de le pratiquer de manière plus consciente, humaine et engagée. À travers ses accompagnements, ses interventions et ses collaborations avec écoles, institutions et collectivités, Solène facilite des espaces de réflexion, de dialogue et de transformation au service d’une profession en mouvement.