

Agir pour l’égalité, protéger les victimes, faire bouger les lignes.
Ministre de la Défense, de la Mobilité et de l’Égalité des genres et de la Diversité, Yuriko Backes partage ici sa vision d’une inclusion concrète, portée par des engagements forts… et un combat quotidien.
🎙️Vous avez récemment porté des projets forts, comme le Plan national contre les violences fondées sur le genre ou le soutien au plan LGBTIQ+. Quelles avancées concrètes espérez-vous en retirer ?
Les avancées visées et les indicateurs spécifiques à chacune des actions proposées sont détaillés dans les trois Plans d’action récemment lancés par mon ministère (PAN pour une égalité entre les femmes et les hommes, PAN Violences basées sur le genre, PAN LGBTIQ+).
Ces trois plans d'action nationaux regroupent plus de 300 mesures concrètes visant à promouvoir l'égalité et la diversité, tout en luttant activement contre les violences et les discriminations fondées sur le genre.
Une première avancée significative est la création d’un centre national pour les victimes de violences, qui a ouvert ses portes fin avril de cette année.
Il est également essentiel de garantir des droits effectifs aux personnes LGBTIQ+, notamment en matière de santé, où l’accès à des soins adaptés doit être assuré sans discrimination. De même, dans le domaine de l’emploi, il faut lutter contre toutes les formes de discrimination et favoriser l’égalité des chances. La sécurité des personnes LGBTIQ+ doit aussi être une priorité, avec des mesures efficaces pour prévenir et sanctionner les actes de violence ou de harcèlement.
Pour atteindre pleinement ces objectifs, une meilleure coordination entre les acteurs institutionnels et associatifs est indispensable. Cela implique un partage d’informations, une mutualisation des ressources et une collaboration étroite pour offrir une réponse globale et cohérente aux situations rencontrées.
Enfin, faire évoluer les mentalités reste un défi majeur. Cela nécessite une action claire, visible et assumée, pour sensibiliser l’ensemble de la société et promouvoir des valeurs d’inclusion et de respect.
Ces efforts doivent être constants et s’appuyer sur des campagnes d’information, des formations, ainsi que sur le soutien à des initiatives locales et nationales.
Ce changement ne pourra se faire que par une prise de responsabilités partagée. En effet, l’État, les communes et l’ensemble des parties prenantes ont le devoir de sensibiliser et de mettre en œuvre des projets concrets pour faire avancer l’égalité et la diversité.
🎙️Vous soutenez activement des initiatives comme le Diversity Day ou la Charte de la Diversité. Quels retours observez-vous aujourd’hui sur le terrain ?
La prise de conscience autour des enjeux de diversité et d’inclusion progresse. Des initiatives comme le Diversity Day ou la Charte de la Diversité Lëtzebuerg y contribuent fortement. En 2024, 35 nouveaux signataires ont rejoint la Charte, portant leur nombre à près de 356 — ce qui représente plus de 24 % de la masse salariale au Luxembourg.
Ces actions favorisent une meilleure compréhension des enjeux liés à l’inclusion, notamment au sein des grandes structures.
Toutefois, l’appropriation demeure inégale selon les acteurs.
Certaines organisations intègrent pleinement la diversité dans leur stratégie globale, tandis que d’autres se limitent à des démarches symboliques ou ponctuelles, sans transformation en profondeur.
Dans ce contexte, un leadership engagé et formé est essentiel. Les avancées les plus durables s’observent là où les dirigeant⋅e⋅s portent sincèrement ces sujets.
Un leadership sensibilisé aux biais cognitifs, aux stéréotypes sociaux et aux pratiques de management inclusif est indispensable pour impulser un changement structurel.
La mobilisation des collaborateur⋅rice⋅s joue également un rôle clé. Ces initiatives encouragent les témoignages, brisent certains tabous et participent à l’instauration d’une culture du respect et de la reconnaissance des différences.
La création de réseaux internes, tels que des groupes de soutien ou d’affinité — pour les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes en situation de handicap ou issues de la diversité culturelle, constitue aussi un levier important de transformation.
Toutefois, la présence de résistances, voire de formes de backlash ne doit pas être ignorée. D’où l’importance d’un accompagnement adapté, progressif et respectueux, pour assurer une intégration harmonieuse des valeurs d’inclusion.
🎙️Quels sont, selon vous, les freins les plus persistants à une inclusion pleine et réelle ?
Adopter une posture inclusive nécessite un engagement sur le long terme, ainsi qu’une réelle ouverture au changement.
Cependant, cette démarche se heurte souvent à des résistances : peur de perdre ses repères ou ses privilèges, stéréotypes tenaces, ou encore processus de recrutement rigides, peu adaptés à des profils dits « non standards ».
Un autre frein majeur réside dans le manque de confiance des personnes concernées, souvent alimenté par un sentiment de non-légitimité.
Par ailleurs, on observe parfois une « diversité de façade », qui relève davantage du « ticking the boxes » que d’un engagement sincère — sans réel pouvoir de décision ni reconnaissance effective.
Enfin, le manque de données fiables complique la mesure précise des inégalités et l’évaluation de l’impact des politiques menées.
🎙️Avez-vous repéré à l’étranger des initiatives particulièrement inspirantes ?
Bien sûr, je reste très attentive à ce qui se fait à l’étranger en matière d’égalité et de promotion de la diversité. C’est un sujet central dans les échanges réguliers que j’ai avec mes homologues.
Notre ministère participe à plusieurs groupes d’experts au sein d’organisations internationales telles que l’OCDE, l’Union européenne ou le Conseil de l’Europe.
L’échange de bonnes pratiques est au cœur de ces coopérations, et nous permet d’apprendre, de progresser et de faire rayonner également les initiatives luxembourgeoises.
Cela dit, chaque mesure doit être adaptée à son contexte local.
Les cadres juridiques, culturels et sociaux varient fortement selon les pays, tout comme le niveau de maturité des organisations.
Pour être efficaces, les politiques que nous mettons en œuvre doivent entrer en résonance avec les réalités du terrain, les attentes des citoyen·ne·s et les dynamiques propres à notre société.
🎙️Selon vous, quelles sont les priorités urgentes pour faire évoluer la diversité au Luxembourg dans les prochaines années ?
Il est essentiel d’assurer un suivi rigoureux des engagements pris, en s’appuyant sur des indicateurs concrets et transparents, notamment dans le cadre des trois Plans d’action nationaux (PAN).
Nous devons également disposer de données fiables et précises pour mieux comprendre les réalités du terrain et évaluer l’efficacité des politiques menées.
C’est précisément l’objectif de l’Observatoire de l’Égalité entre les genres, que nous avons mis en place.

Yuriko BACKES est née le 22 décembre 1970 à Kobe, au Japon.
Après un baccalauréat international obtenu à la Canadian Academy International School de Kobe en 1989, elle poursuit ses études à la London School of Economics and Political Science, où elle décroche un bachelor en relations internationales en 1992.
Elle enchaîne avec un master en études japonaises à la School of Oriental and African Studies (Londres), obtenu en 1993, puis un second master en études européennes, politiques et administratives, au Collège d’Europe de Bruges en 1994.
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