Big Talent | Emilie Bertoni : L’engagement comme fil rouge

Passer du privé à l’associatif, jongler entre communication, fundraising et engagement citoyen : le parcours d’Émilie Bertoni ne suit pas forcément une ligne droite. Pourtant, un même fil rouge traverse toutes ses expériences : l’envie de créer du lien et de mettre ses compétences au service de projets qui ont du sens. Aujourd’hui responsable communication et collecte de fonds chez SOS Faim Luxembourg, elle nous parle d’impact, de priorités et de ce que le monde associatif lui a appris au fil des années.

☀️ Tu as eu un parcours assez riche entre le privé, l’humanitaire et l’associatif. Aujourd’hui, comment te présentes-tu et qu’est-ce qui te motive dans ton rôle chez SOS Faim ?

Je me présente souvent comme quelqu’un qui cherche à mettre ses compétences au service de projets qui ont du sens. Mon parcours peut sembler atypique, mais il suit finalement un même fil conducteur : comprendre les gens, créer du lien et mobiliser autour d’une vision.

Aujourd’hui, chez SOS Faim, je travaille à la croisée de la communication, du fundraising et du développement de projets. Ce qui me motive, c’est de rendre visibles des réalités qui le sont trop peu. Derrière les chiffres de la faim, il y a des femmes et des hommes qui innovent, résistent et construisent des solutions. Si mon travail permet de créer des ponts entre ces réalités et les citoyens luxembourgeois, alors j’ai le sentiment d’être utile.

☀️ Tu dis que les méthodes restent les mêmes, mais pas les moyens. Concrètement, qu’est-ce que ça change dans ta manière de travailler au quotidien ?

Cela m’oblige à être plus stratégique. Dans le privé, on peut parfois compenser un manque de temps par davantage de budget. Dans une ONG, chaque euro compte. Cela pousse à être créatif, à chercher des alliances, à décloisonner les compétences et à accepter qu’on ne puisse pas tout faire. Finalement, cette contrainte rend les succès encore plus satisfaisants.

☀️ Quand tu es arrivée dans l’associatif, qu’est-ce qui t’a le plus surprise ou bousculée dans ta façon de travailler ?

J’ai travaillé dans plusieurs ONG et associations culturelles tout au long de ma carrière. Ce qui m’a frappée, c’est le décalage entre l’ampleur des enjeux et la modestie des moyens. Quand on travaille sur des sujets comme l’agriculture, les inégalités, l’accès aux soins ou à la culture, on mesure rapidement l’importance de la mission. Pourtant, les équipes restent souvent petites et les ressources limitées. Cela m’a appris à raisonner davantage en termes d’impact, sans pour autant oublier la performance et les résultats.

☀️ Tu parles d’un vrai décalage entre l’importance des enjeux et les ressources disponibles. Comment vis-tu cette tension au quotidien ?

Je crois qu’il faut accepter cette tension sans la subir. Bien sûr, il y a parfois de la frustration. On aimerait aller plus vite, faire davantage, toucher plus de monde. Mais cette réalité oblige aussi à rester concentré sur l’essentiel. On apprend à distinguer ce qui est important de ce qui est simplement urgent. Il faut éviter le piège du « tout urgent », même quand on veut bien faire pour la cause que l’on défend.

☀️ Aujourd’hui, c’est quoi pour toi un travail réussi dans ce contexte ?

Ce n’est pas forcément celui qui fait le plus de bruit. Un travail réussi, c’est une action qui crée un changement durable : lorsqu’une personne décide de soutenir une cause qu’elle ne connaissait pas, lorsqu’un partenariat s’inscrit dans le temps ou lorsqu’un projet continue de vivre après son lancement. J’accorde de plus en plus d’importance à la profondeur de l’impact plutôt qu’à sa visibilité immédiate.

☀️ Avec peu de moyens, tu ne peux pas tout faire. Comment fais-tu tes choix et à quoi acceptes-tu de renoncer ?

Il faut rester alignée avec la mission. Aujourd’hui, j’essaie de gérer les priorités pour faire les choses correctement. Cela implique parfois de renoncer à certaines opportunités pourtant intéressantes.

Pendant longtemps, je pensais qu’il fallait tout saisir. Avec l’expérience, j’ai compris qu’apprendre à poser des limites était aussi essentiel pour rester alignée avec ses valeurs et ses objectifs.

☀️ Avec le recul, qu’est-ce que le monde associatif t’a appris que tu n’aurais jamais appris ailleurs ?

On parle souvent de stratégies, d’outils, de KPI ou de budgets, mais au final, ce sont les personnes qui font avancer les projets. Au fil de mes expériences, dans le monde associatif comme en entreprise, j’ai appris l’importance de la co-construction, de l’écoute et de la persévérance.

☀️ En dehors de tout ça, c’est quoi un trait ou une habitude chez toi qui pourrait surprendre ?

J’adore construire des plans et des stratégies, mais mes meilleures idées naissent souvent quand je fais tout autre chose : marcher, conduire, faire la vaisselle… J’ai besoin de mouvement, mais aussi de moments de calme pour réfléchir.

Beaucoup de projets ont commencé lors d’un trajet en voiture, d’une discussion informelle ou autour d’un café improvisé. Après un burn-out, j’ai découvert que j’étais neuroatypique. Avec le recul, cela explique probablement beaucoup de choses.


Responsable communication et collecte de fonds chez SOS Faim Luxembourg, Émilie BERTONI évolue depuis plusieurs années entre secteur privé et monde associatif. Un parcours qui lui a permis de développer une expertise à la croisée de la communication, de l’engagement citoyen et du développement de projets.

Aujourd’hui, elle met ces compétences au service d’une mission qui lui tient à cœur : créer du lien entre les citoyens luxembourgeois et les grands enjeux de solidarité internationale. Avec une conviction forte : les changements durables se construisent collectivement.