

Plonger dans l’entrepreneuriat quand on a passé dix ans en multinationale, c’est changer de rythme, de cadre… et de peau. Camille raconte ce passage sans filtre, entre réflexes corporate et liberté nouvelle.
Je me souviens encore des premières discussions avec mes associés, quand nous dessinions les contours du projet. L’un d’eux disait avec enthousiasme : « Il nous faut absolument notre propre laboratoire photo, nous serons 100 % intégrés, ce sera plus crédible ! » Sur le moment, j’ai senti mes vieux réflexes d’acheteuse ressurgir. Je n’ai pas pu m’empêcher de poser la question : « Et si nous comparions ? »
Alors j’ai repris les bonnes vieilles méthodes apprises chez L’Oréal, Danone ou Candia : poser les options, chiffrer, analyser. Internaliser, externaliser ? Une fois les calculs faits, le constat était clair. Monter un labo nous aurait coûté cher, sans parler du temps et de l’énergie que cela aurait mobilisés. Externaliser était non seulement plus économique, mais surtout plus cohérent avec notre ADN. Nos vraies forces, ce sont de chiner des photos anciennes et de les restaurer avec précision. Le tirage ? C’est un autre métier, celui d’experts qui font ça depuis des années. Ce choix a été fondateur : il nous a permis de rester “lean”, concentrés sur l’essentiel, et de gagner en agilité dès le départ.
Cet exemple illustre bien le contraste que j’ai ressenti entre mes années en multinationale et mes débuts d’entrepreneure. Dans les grands groupes, j’ai appris la rigueur des process, la force du collectif et l’importance de rationaliser chaque décision. Ces réflexes-là sont devenus mes filets de sécurité : ils m’évitent de me disperser, de réinventer la roue ou de me laisser guider uniquement par l’émotion.
Mais il y a aussi tout ce que je n’avais jamais fait, et qui m’a forcée à sortir brutalement de ma zone de confort. Dans une multinationale, chaque fonction a ses experts : on travaille avec des spécialistes du marketing, de la finance, de la communication digitale… En start-up, ces spécialistes, c’est vous. Le jour où je me suis retrouvée à créer nos premiers posts Instagram, à comprendre le SEO ou à répondre directement à des clients, j’ai vraiment mesuré l’ampleur du saut. Rien n’est « délégué », tout est à inventer. C’est parfois déroutant, mais chaque progrès se vit comme une petite victoire personnelle.
Le rapport au temps est sans doute le décalage le plus frappant. Dans les grands groupes, les projets s’inscrivent dans des plans pluriannuels, avec des comités, des validations successives, des jalons bien définis. L’entrepreneuriat, lui, impose un tempo plus brutal : tester, ajuster, pivoter… parfois en quelques jours seulement. Ce rythme peut sembler chaotique vu de l’extérieur, mais il est aussi incroyablement stimulant. Chaque décision a un impact immédiat, chaque mouvement compte.
Et puis il y a la solitude. Dans une multinationale, une décision passe par des instances, des présentations en cascade. On ne décide jamais vraiment seul. Quand on devient entrepreneur, au contraire, il faut accepter de trancher, parfois dans l’urgence, parfois sans certitude absolue. On assume, on apprend, on corrige. Ce vertige-là fait peur, mais il apporte aussi une liberté immense : la liberté d’inventer, d’expérimenter, de construire quelque chose qui nous ressemble.
Avec le recul, je me rends compte que mes années en corporate et mon aventure entrepreneuriale ne s’opposent pas. Elles dialoguent. Les réflexes de l’une nourrissent la créativité de l’autre. Ce qui me semblait autrefois être deux univers irréconciliables se complète finalement très bien.
Au fond, c’est ça, ma plus grande leçon : il ne s’agit pas de choisir entre rigueur et audace, entre méthode et intuition, entre process et improvisation. L’entrepreneuriat, c’est accepter de jongler avec les deux. Et c’est dans ce fragile équilibre que naît la plus belle des aventures.

Après près de dix ans de carrière dans les achats pour de grands groupes internationaux, Camille BOILOT cofonde en 2020 KELEPOQ, une marque de décoration murale 100 % made in France.
KELEPOQ se distingue comme le premier éditeur de photographies anciennes dédiées à la décoration. Camille y développe une sélection unique d’images chinées, soigneusement restaurées dans l’atelier de la marque, puis éditées en haute qualité.
La marque s’adresse aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels de l’architecture d’intérieur, de l’hôtellerie et de la restauration.
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