La chronique de... | Vanessa Rousset : Et si les profils atypiques étaient une force pour l’entreprise ?

Profil atypique : et alors ?
Dans cette chronique, Vanessa démonte les cases, questionne les normes et défend une conviction forte : ce sont souvent les parcours non linéaires qui révèlent les talents les plus précieux et font vraiment avancer les entreprises.

On entend de plus en plus parler de « profils atypiques ».
Mais au fond… c’est quoi, un profil atypique ?


Est-ce quelqu’un qui n’a pas fait les bonnes études ? Qui a changé trois fois de voie ? Qui ne rentre dans aucune case ?

Si c’est ça, alors je suis probablement un profil atypique.
En tout cas, j’ai un parcours peu classique, c’est certain.

Ce que j’ai compris avec le temps, c’est que l’atypique n’est pas une identité : c’est un regard porté par les autres.
Un écart par rapport à une norme que l’on a construite, souvent sans même la questionner.
Une norme qui rassure… mais qui limite.

Quand j’ai commencé en RH, j’ai vu à quel point les entreprises aiment les trajectoires droites.
Les beaux diplômes, les parcours linéaires, les CV qui « cochent toutes les cases ».

Et inversement, dès que quelque chose dépasse un peu, une forme de suspicion apparaît :
Pourquoi ce parcours ? Pourquoi ce changement ? Pourquoi pas l’école X ?

Le marché adore les cases. Les gens y rentrent mal, mais les cases restent.

Avec mon propre parcours, j’ai forcément développé un regard différent.
Je me considère aujourd’hui comme une DEIB advocate : diversité, équité, inclusion et sentiment d’appartenance.
Pas dans le sens de vouloir « cocher la case » du 50 % de femmes dans les boards.
Plutôt dans celui d’aller systématiquement challenger les biais : élargir le champ de vision, remettre en question les automatismes, faire émerger des profils que personne ne regarde spontanément.

Un profil atypique, ça peut être tellement de choses :
👉🏻 quelqu’un qui a appris autrement,
👉🏻 quelqu’un qui a une origine différente,
👉🏻 quelqu’un qui a des compétences construites hors cadre,
👉🏻 quelqu’un dont le potentiel s’exprime dans l’histoire, pas dans le CV.

Je challenge ces biais-là parce que je les ai vécus.

Attention, je ne vis pas dans un monde de Bisounours : je suis très orientée business.
Je sais qui me paie et pourquoi on me paie : assurer que l’entreprise dispose des talents nécessaires pour performer.

Mais entre la performance et la fermeture, il y a un espace énorme.
Et c’est dans cet espace-là que se trouvent des talents que l’entreprise n’a pas encore appris à reconnaître.

Et puis, il y a mon arrivée dans la construction.
Un univers historiquement très codifié, avec ses habitudes, ses manières de faire, son identité forte.

Récemment, quelqu’un m’a dit : « Tu es aux antipodes de ce dont on a l’habitude. »
Et franchement ? J’en suis fière.

Fière d’apporter une vision différente, des pratiques différentes, une personnalité différente.
Parce qu’au fond, c’est justement ça que j’ai à offrir : un autre regard, une autre manière d’aborder le métier.

Et la vérité, c’est que si je suis là aujourd’hui, c’est que l’entreprise l’a voulu.
J’ai été sélectionnée parmi d’autres candidats. Cela veut dire qu’elle était prête à accueillir quelqu’un de différent, à faire tomber une partie de ses habitudes, à ouvrir la porte à un profil qui n’était pas « typique ».

C’est exactement ce dont le future of work a besoin : des leaders capables de dire « essayons autre chose », et des structures capables de répondre « oui, pourquoi pas ? ».

Avec les années et les recrutements, j’ai appris que les autodidactes, les profils hors normes, les « pas comme les autres » sont souvent les plus engagés, les plus adaptables, les plus créatifs.

Ils ont appris la débrouillardise, la résilience, la curiosité.
Ils ont dû avancer dans un cadre qui n’était pas fait pour eux.
Et cela crée des compétences qu’aucun diplôme ne garantit.

Je pense que ce que l’on appelle « atypique », c’est un potentiel non formaté.
Et je suis convaincue que c’est une richesse.

Alors, et si, au lieu de chercher la normalité, on apprenait à reconnaître la singularité ?
Et si, au lieu de filtrer ce qui dépasse, on se demandait ce que cela pourrait apporter ?
Et si, finalement, le vrai avantage compétitif, c’était ces talents qui ne ressemblent à personne ?

Parce qu’au fond, ce sont souvent les profils atypiques qui font bouger les lignes.
Et qui permettent aux entreprises, même les plus traditionnelles, de se réinventer.


Généraliste RH depuis plus de 15 ans, Vanessa ROUSSET a construit son parcours dans des secteurs variés, en débutant sa carrière sans aucun diplôme. Animée par une forte volonté d’apprendre et de progresser, elle s’est formée tout au long de son évolution professionnelle. Pour elle, la fonction RH — qu’il s’agisse de recrutement, de paie ou de direction RH — est avant tout un rôle de business partner, au service des équipes et de la stratégie de l’entreprise.