

Pression, performance, posture… et au milieu, soi-même. Dans cette chronique, Florent Cochet partage ce qui l’a aidé à rester aligné, même au cœur des environnements les plus exigeants.
📌 Y a-t-il un moment où tu as compris que rester fidèle à toi-même était essentiel ? Qu’est-ce qui a déclenché cette prise de conscience ?
J’ai eu la chance de grandir dans un environnement ultra-bienveillant, où l’éducation m’a offert une sécurité affective et la possibilité de toujours m’exprimer pleinement. Ce n’est cependant qu’au lycée que j’ai vraiment commencé à me construire : j’ai rencontré mes trois meilleurs amis et ils ont créé autour de moi une sorte de bulle, un espace sécurisé où je pouvais être moi-même sans filtre.
J’ai alors décidé de tracer ma propre route, guidé par mes convictions, plutôt que de suivre un chemin tout tracé. Mes passions, comme les sports de glisse, m’ont appris la liberté et l’importance de m’engager pleinement dans ce qui me correspond.
📌 As-tu déjà ressenti la pression de devoir jouer un rôle ou correspondre à une image qui n’était pas vraiment toi ? Comment as-tu vécu cette période ?
Oui, notamment lors de mon expérience en tant que directeur dans ma société précédente, où la pression de nos actionnaires, la compétition et la recherche sans limite de performance m’ont confronté à une réalité difficile. Traquer des métriques, pousser les équipes à leurs limites, perdre le contrôle sous la pression… J’ai vu des collègues craquer. Cette période a été un déclencheur : j’ai compris qu’un autre modèle était possible, alliant exigence, bienveillance et liberté. Depuis, je refuse de sacrifier l’humain sur l’autel de la performance.
📌 Qu’est-ce qui, selon toi, est le plus grand malentendu autour de l’authenticité ? As-tu déjà été confronté à cette idée reçue ?
Le plus grand malentendu, c’est de croire qu’on ne peut pas être authentique dans un environnement politique ou corporate. Pour moi, l’authenticité ne signifie pas rejeter les codes ou les postures, mais rester aligné avec ses propres valeurs tout en adhérant à la vision et à la mission de son employeur.
On peut ne pas être d’accord avec une décision prise par un organe de gouvernance, par exemple un comité de direction ; mais si on participe à cette décision, il faut respecter les règles et faire respecter cette décision, même si ce n’est pas nécessairement notre premier choix. Si par contre la décision n’est plus alignée avec vos valeurs, libre à vous de partir — un choix de cohérence personnelle.
Cette liberté implique d’assumer les conséquences de ses choix, qu’il s’agisse de rester ou de quitter un environnement qui ne nous correspond plus.
📌 Comment trouves-tu le bon équilibre entre être authentique et ne pas trop t’exposer ? As-tu déjà regretté d’en avoir trop ou pas assez montré ?
Je ne suis pas naturellement à l’aise avec l’exposition. Mon éducation m’a appris que « pour vivre heureux, vivons cachés », et cette philosophie me suit encore. J’ai tendance à juger sévèrement ceux qui se surexposent, comme s’ils se construisaient un personnage. Pour ma part, je suis identique dans ma vie professionnelle et personnelle : ma cohérence est non négociable. En deux minutes, je ressens si une nouvelle relation — qu’elle soit professionnelle ou personnelle — va « fitter » avec qui je suis. Cette exigence peut être une croyance limitante, mais c’est aussi un choix délibéré de ne m’engager qu’avec des personnes ou des projets qui résonnent avec mes valeurs.
📌 Y a-t-il une rencontre ou une expérience qui t’a aidé(e) à t’assumer pleinement, sans masque ni filtre ?
Professionnellement, rencontrer mon ancien PDG en 2006, Jean-Michel Sigaud, a été un tournant. Je me souviens de mon arrivée pour mon entretien d’embauche : costard-cravate et expérience de grand groupe pour moi ; jean, blouson d’aviateur et esprit d’entrepreneur pour lui. Choc des cultures, mais il n’a mis que quelques minutes à me convaincre ! Son message a été clair : « Sois toi-même, fais-toi confiance et fonce. » Cette rencontre a renforcé ma conviction que l’authenticité est une force, et qu’on ne peut pleinement s’exprimer et performer qu’en étant soi-même.
📌 Dans le monde pro, arrives-tu à être totalement toi-même ? Y a-t-il des situations où tu dois encore faire des concessions ?
Je reste moi-même en toutes circonstances, mais j’avoue avoir du mal avec les personnalités trop transactionnelles. Pour moi, une relation professionnelle doit se construire dans la durée, sur la base de la confiance et du respect mutuel. Si ces éléments manquent, je passe mon tour.
📌 Si quelqu’un n’ose pas être pleinement lui-même, quel conseil lui donnerais-tu pour dépasser cette peur ?
Je l’inviterais à sortir de sa zone de confort, à essayer des choses qu’il n’a jamais osé faire. C’est déjà tellement difficile de se remettre systématiquement en question qu’on ne peut le faire que si l’on est pleinement aligné avec soi. Le plus important est de ne pas trahir ses valeurs, même si cela implique souvent de faire des choix difficiles.

Florent COCHET, ingénieur et papa de trois enfants, a quitté l’aéronautique après 18 ans pour fonder CoDare, son propre cabinet de conseil en transformation des organisations. Guidé par l’authenticité, le pragmatisme et un sens aigu du collectif, il accompagne des leaders en France et au Luxembourg. Entrepreneur passionné, Florent a aussi cofondé Clubtrust et le Talent Club, des projets où se mêlent audace et esprit de communauté. Toujours prêt à défier le statu quo, il transforme chaque rencontre en opportunité d’apprentissage et inspire ceux qui l'entourent.
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