

Multi-potentielle, entrepreneure, engagée… difficile de résumer Anne-Gaëlle Halter en un seul mot. Et c’est justement tout le sujet de cette chronique.
🌸 Quel a été le plus grand changement auquel tu as dû t’adapter ? Comment as-tu vécu cette transition ?
Je suis Anne-Gaëlle Halter, entrepreneure animée par de multiples passions. Depuis plusieurs années, je développe des projets guidés par une conviction simple : notre manière de consommer peut être plus consciente, plus exigeante et davantage alignée avec nos valeurs. À travers ces initiatives, je cherche à mettre en lumière des produits, des savoir-faire et des maisons engagées qui méritent d’être découverts.
Après une première carrière en marketing et communication, j’ai ressenti le besoin de créer quelque chose qui ait davantage de sens. J’ai alors lancé la première boutique en ligne de produits écoresponsables de haute qualité au Luxembourg. Le but étant de proposer des sélections exigeantes, qu’il s’agisse de produits naturels, responsables ou de spiritueux artisanaux d’exception, toujours avec la même ligne directrice : privilégier la qualité, l’authenticité et la transparence.
J’ai réussi à allier mes passions pour le luxe et la nature (l’écologie) en proposant des produits durables et de haute qualité.
Ce qui m’anime aujourd’hui, c’est de créer des passerelles : entre les producteurs et les consommateurs, entre le plaisir et la conscience, entre tradition et modernité. À ma manière, j’essaie de contribuer à redonner de la valeur aux choses que nous choisissons d’acheter. Moins, mais mieux !
🌸 Il y a eu un vrai moment où tu t’es dit : stop, je n’essaie plus de rentrer dans une case ? C’était un déclic brutal ou une prise de conscience progressive ?
La prise de conscience a été progressive. Pendant plusieurs années, j’ai senti grandir en moi l’envie de créer quelque chose qui me ressemble davantage, où c’est moi qui pilote et prends les décisions de A à Z.
À plusieurs reprises, j’ai tenté de lancer un projet, une boutique, un business… mais ce n’était jamais tout à fait le bon moment. Il manquait parfois le contexte, parfois la maturité du projet, ou simplement le bon alignement personnel.
Et puis un jour, la réflexion s’est transformée en décision. Presque du jour au lendemain, je me suis dit : stop. J’ai compris que si je voulais vraiment donner vie à mes idées, je devais arrêter d’attendre le moment parfait et commencer à construire mon propre chemin.
Avec le recul, ce n’était pas un déclic brutal, mais l’aboutissement d’une évolution intérieure.
🌸Pendant longtemps, tu as quand même joué le jeu du salariat. Qu’est-ce qui, au fond, te faisait sentir que ce n’était pas totalement ta place ?
Le salariat m’a beaucoup appris, et je ne le regrette absolument pas. Mais avec le temps, je ressentais une forme de frustration difficile à expliquer.
J’avais souvent des idées, des intuitions, des envies de créer ou de transformer des choses… mais dans un cadre classique, tout ne dépend pas de soi. On avance dans des structures déjà établies.
Ce qui me manquait profondément, c’était la liberté d’explorer, d’expérimenter et de construire quelque chose qui m’appartienne vraiment. Et avec le temps, un autre sentiment s’est imposé : celui de ne pas évoluer de la manière dont je le souhaitais. Il m’est aussi arrivé d’être positionnée sur des rôles qui ne correspondaient pas vraiment à la place que j’avais envie d’occuper, ni à la direction que je souhaitais donner à mon parcours. Cela crée forcément un décalage : on fait le travail, mais on sent intérieurement que ce n’est pas là que l’on devrait être.
Avec le temps, en plus d’être littéralement vidée de toute mon énergie, ce sentiment s’est transformé en une impression très claire de ne pas être à ma place. Dans les structures classiques, les trajectoires sont souvent déjà tracées. Moi, j’avais besoin de pouvoir avancer autrement : prendre des initiatives, expérimenter, et sentir que mon énergie pouvait réellement transformer, construire et me faire avancer.
🌸 Tu avais cette phrase en tête : « Travailler pour mes rêves plutôt que pour ceux des autres.» Elle est arrivée comment dans ta vie ? Et qu’est-ce qu’elle a changé concrètement ?
Tout est parti d’un ami qui m’a posé un jour une question toute simple : « Est-ce que tu es heureuse ? » J’ai répondu presque instinctivement : « Dans ma vie privée, oui. Au travail, non. »
On dit souvent que tout commence par un rêve… et c’est à ce moment-là qu’une phrase s’est imposée dans mon esprit : travailler pour mes rêves plutôt que pour ceux des autres.
Je me suis alors fait une réflexion assez évidente : si je mets autant d’énergie et d’implication dans mon travail, pourquoi ne pas le faire pour construire quelque chose qui me ressemble vraiment ?
Elle n’est pas née d’une frustration, mais plutôt d’une prise de conscience. J’ai réalisé que le temps et l’énergie sont des ressources précieuses, et que j’avais envie de les investir dans des projets porteurs de sens pour moi.
Concrètement, cela a changé ma manière de voir le travail : il n’était plus seulement une activité professionnelle, mais un espace de création.
🌸 À quel moment tu as compris que tu étais multi-potentielle ? Ça t’a rassurée ou au contraire un peu déstabilisée au début ?
Au départ, j’ai toujours été passionnée par beaucoup de choses. Et quand un sujet m’intéresse, j’apprends très vite.
La génération des baby-boomers, donc mes parents, mes professeurs…, a dû intégrer le fait qu’on choisit une profession et qu’on l’exerce jusqu’à la retraite. Pendant longtemps, j’y ai cru et me suis efforcée de choisir une seule voie et de m’y tenir. Or, j’ai toujours eu une curiosité très large et la capacité de faire plus qu’une seule chose : j’aime découvrir, comprendre, expérimenter des domaines très différents.
De plus, j’ai toujours été multi-potentielle. Quand j’ai découvert ce concept, cela a été assez libérateur. Cela a expliqué beaucoup de choses dans mon parcours et, surtout, cela a ouvert le champ des possibles.
J’ai compris que ce n’était pas un problème d’avoir plusieurs centres d’intérêt, mais une manière différente de fonctionner, voire très souvent une vraie force. Cela explique aussi pourquoi, dans mes projets, j’ai souvent eu tendance à faire beaucoup de choses moi-même : quand un sujet m’intéresse, j’aime comprendre comment il fonctionne, apprendre et expérimenter. Cette façon d’apprendre m’a permis de construire mes projets de manière très autonome.
🌸 Tu dis que tu t’intéresses à tout. Comment tu fais pour que cette curiosité devienne une force plutôt qu’une dispersion permanente ?
La curiosité peut devenir une dispersion si on ne la canalise pas.
Avec le temps, j’ai appris à m’en servir comme d’un moteur. Ce qui m’intéresse doit nourrir mes projets ou enrichir ma vision. Tout ne devient pas un business, mais tout peut devenir une source d’inspiration.
Au fond, la clé est de garder une direction claire, tout en laissant de la place à l’exploration.
🌸 Tu avais déjà une société quand tu étais salariée. À quel moment tu t’es dit : ok, maintenant j’y vais vraiment ? Qu’est-ce qui t’a donné le courage de basculer ?
Le vrai basculement s’est fait quand j’ai réalisé que le sujet de l’écologie devenait une vraie préoccupation pour beaucoup. De mon côté, je vivais mon projet et de nombreuses personnes me questionnaient : « Comment fais-tu ceci ? Où achètes-tu cela ? » Développer quelque chose en ce sens est devenu une évidence.
J’avais en amont beaucoup travaillé mon « pourquoi » et fait l’inventaire de mes savoir-faire et de mes envies, sous forme d’une matrice Ikigaï.
Au début, c’était une activité que je développais en parallèle. Mais petit à petit, l’énergie, le temps et l’envie que j’y consacrais devenaient de plus en plus importants.
À un moment donné, j’ai compris qu’il fallait choisir : continuer à avancer à moitié ou m’engager pleinement. J’ai donc décidé de ne faire plus que ça, et de rester alignée avec mes valeurs et tout ce qui fait sens pour moi et pour la planète.
🌸 Monter une boutique en ligne, puis créer une deuxième structure pour le B2B… qu’est-ce que ça change dans la manière dont tu te vois aujourd’hui ?
Cela m’a surtout permis de mettre en œuvre toutes mes capacités.
Quand on crée un projet à partir de zéro et qu’on le fait évoluer, on apprend énormément : sur soi, sur les autres et sur le marché. Mais cela m’a aussi permis de reconnecter très concrètement avec quelque chose que j’avais étudié à l’école : le B2B.
J’avais déjà touché à cette dimension dans quelques expériences salariées, mais d’une manière plus limitée. Aujourd’hui, pouvoir développer moi-même une activité B2B, rencontrer des professionnels, présenter des produits, créer des partenariats et voir ces collaborations se construire dans le temps est extrêmement stimulant.
Ces expériences ont profondément changé mon regard sur moi-même. En tant que femme qui entreprend, on est souvent confrontée au « syndrome de l’imposteur ». Avec le temps, j’ai appris à prendre du recul par rapport à cela. Aujourd’hui, je me vois moins comme une dilettante et davantage comme une femme qui construit, développe et fait évoluer des projets, avec la conviction de savoir où elle va.
🌸 Tu fais tout toute seule. Il y a quoi derrière ce « je fais tout » ? De la liberté, de la pression, les deux ?
Il y a clairement les deux : beaucoup de liberté et beaucoup de responsabilité.
Quand je dis que je fais tout, c’est vraiment tout. Je suis en charge du test et du choix des produits, de la relation avec les clients, les fournisseurs, de la logistique, de la comptabilité, du marketing, de la mise en ligne des produits, de la création et de l’évolution du site web, de la communication, des réseaux sociaux, de l’organisation d’événements… bref, de l’ensemble de la chaîne de valeur de mon activité.
Par moments, cela peut devenir épuisant, parce que tout repose sur soi. Mais en même temps, tout est passionnant. Chaque aspect du projet est une occasion d’apprendre quelque chose de nouveau.
Au final, c’est aussi ce qui rend l’entrepreneuriat si grisant : se dire qu’on construit quelque chose de ses propres mains et qu’on continue d’apprendre tous les jours.
🌸 Est-ce qu’il y a encore des moments où la tentation de « rentrer dans une case » revient ? Comment tu gères ça aujourd’hui ?
Absolument pas.
Je sais faire beaucoup de choses. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je me suis lancée : créer une activité qui me permette d’exprimer pleinement l’ensemble de mes savoir-faire, mais aussi mon goût pour la précision, la qualité et le travail bien fait.
La pression de devoir rentrer dans une case ne se fait plus du tout ressentir. J’ai créé un cadre professionnel qui me permet d’exprimer pleinement qui je suis et la manière dont j’aime travailler.
🌸 Si tu pouvais parler à la version de toi qui essayait encore de correspondre aux attentes, tu lui dirais quoi ?
Je lui dirais simplement de se faire confiance.
Pendant longtemps, j’ai cherché à correspondre aux attentes, tout en essayant de rester moi-même. Dans ce décalage, je me suis souvent sentie à côté de la plaque.
À l’époque, je ne comprenais pas trop, mais je me suis toujours sentie différente des autres personnes de mon âge. Je m’entendais mieux avec des personnes plus âgées. Pourtant, j’étais moi, et moi, ça me plaisait. Seulement, les réactions de mes camarades me renvoyaient cette image de fille un peu en décalage. Pour moi, ce n’était pas un décalage, c’était de l’avance… mais ça, je ne l’ai compris que dix ans plus tard, et j’en étais tellement fière !
Cette différence a toujours été ma plus grande force. Les choses deviennent vraiment intéressantes à partir du moment où l’on se connaît, que l’on accepte pleinement qui l’on est, et que l’on décide d’en faire un moteur plutôt que d’essayer de rentrer dans un moule.
🌸 Et pour finir, un fun fact sur toi que peu de gens connaissent ? Quelque chose qui n’a rien à voir avec le business 🙂
J’ai des goûts musicaux assez éclectiques. J’adore écouter du métal en tout genre (Rammstein, Amon Amarth, Alestorm…), avant d’enchaîner sur de la pop (j’ai, depuis ses débuts, tout de suite accroché avec Lady Gaga et ses univers ultra créatifs), pour enfin me poser et devenir un brin nostalgique en écoutant de la variété française (je suis une fan inconditionnelle d’Eddy Mitchell).
Disons que j’aime les choses qui ont du caractère, quel que soit le style.
Dans la salle de bain chez mes parents, on avait un lecteur radio-cassette CD, à côté duquel il y avait tous les CD de Joe Dassin, Jean Ferrat, Salvatore Adamo, Johnny Hallyday… J’ai grandi avec ça. La première cassette que je me suis achetée au début des années 90 fut le « Best of Genesis ».
Un jour, je me suis acheté le double CD d’Eddy Mitchell (Eddy Rocker, Eddy Lover), et depuis, sa musique rythme ma vie. J’ai écouté tous ses albums, je suis complètement fan de son univers.
Ce n’est qu’une fois au lycée que j’ai commencé à écouter, en plus d’Alain Souchon, du Marilyn Manson. Puis en 2001, j’ai découvert Rammstein grâce à des amis à la fac à Metz, qui m’avaient fait voir le « Live aus Berlin » en VHS. Un truc de dingue : je suis directement tombée raide dingue de ce groupe germanique complètement novateur, dont je suis toujours une très grande fan aujourd’hui.

Anne-Gaëlle HALTER est une entrepreneure française installée au Luxembourg depuis 2007.
Fondatrice de Halternatives, elle s’est donné pour mission d’aider chacun à consommer plus consciemment, sans renoncer au plaisir ni à l’excellence.
Curieuse par nature, elle explore aussi bien l’univers des cosmétiques naturels que celui des spiritueux d’exception, qu’elle importe aujourd’hui au Luxembourg avec Maison Velvet.
Elle se définit volontiers comme une éveilleuse de consciences, convaincue que les choix du quotidien peuvent avoir un impact profond.
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