

Ils n’ont pas attendu d’avoir un diplôme ou un plan béton pour se lancer. Tout est parti d’une simple frustration — voir chaque jour des kilos de nourriture finir à la poubelle. De cette idée un peu folle est née LeftLovers, une mini-entreprise devenue un vrai projet entrepreneurial. Rencontre avec une équipe d’étudiants qui prouve qu’à force d’envie (et d’un peu de débrouille), tout devient possible.
🍅 Comment est née l’idée ? Vous aviez déjà envie d’entreprendre ou c’est venu avec ce projet ?
[Elie] Tout a commencé dans une boulangerie. Chaque jour, je voyais des kilos de nourriture parfaitement consommables finir à la poubelle. À force, c’est devenu insupportable. J’en ai parlé à Liam, et ensemble, on a voulu trouver une solution concrète. De fil en aiguille, LeftLovers est né.
Très vite, on en a parlé autour de nous. Benni, Raphael et Gabriele ont rejoint l’aventure et complété l’équipe. À ce moment-là, certains d’entre nous avaient déjà tenté l’entrepreneuriat avec une marque de vêtements qu’on avait lancée, Commet 352. Pour d’autres, c’était une première. Mais tous, on partageait la même envie : transformer une idée en projet concret. LeftLovers a été ce déclic, notre point de départ vers quelque chose de plus grand.
🍅 Certains ont pris espagnol ou théâtre… et vous, vous avez choisi l’option “Mini-Entreprise”. Pourquoi ?
[Elie] On voulait une option qui nous bouscule et qui nous serve aussi pour l’avenir. L’entrepreneuriat, c’était notre passion, et la mini-entreprise, le cadre idéal. Pas de TVA, pas de lourde paperasse : juste l’essentiel. On pouvait se concentrer sur ce qui nous animait vraiment – transformer une idée en réalité.
🍅 Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce programme ?
[Elie] L’envie d’entreprendre, on l’avait déjà. Mais ce qui nous a vraiment poussés, ce sont nos camarades de l’année précédente. Ils avaient participé à une mini-entreprise et nous en parlaient avec des étoiles dans les yeux. On s’est dit : “Pourquoi pas nous ?” Leur enthousiasme s’est transformé en moteur pour qu’on se lance à notre tour.
🍅 Et l’équipe, elle s’est formée comment ? Facile ou galère de trouver les bons profils ?
[Liam] Franchement, ça s’est fait naturellement. Elie a raconté son idée à Liam, qui a tout de suite embarqué. Ensuite, on a présenté le projet à quelques amis. Benni, Raphael et Gabriele étaient motivés, ils avaient chacun des compétences différentes et complémentaires. Résultat : l’équipe s’est construite d’elle-même, sans forcer.
🍅 Comment vous vous êtes organisés au début ? Vous avez commencé par quoi ?
[Liam] Au départ, on a mis des titres : un manager finance, un manager marketing, un CEO… Mais dans les faits, on mettait tous les mains dans le cambouis. Chacun a contribué à l’informatique, au site, à la communication. Pour démarrer, on a mis le paquet sur le marketing pour se faire connaître et créer une communauté. En parallèle, on a lancé une levée de fonds pour poser des bases solides.
🍅 Vous avez des profils différents : ça vous a aidés ou parfois compliqués la tâche ?
[Liam] Les deux ! Forcément, quand on n’a pas la même façon de travailler, ça crée des frictions. Mais c’est aussi ce qui a fait notre force. On a appris à débattre, à se challenger, à trouver un terrain d’entente. Cette diversité nous a obligés à sortir de notre zone de confort, et LeftLovers est bien plus riche aujourd’hui grâce à ça.
🍅 En tant qu’étudiants, qu’est-ce que vous considérez comme votre plus grand atout par rapport à un entrepreneur plus “installé” ?
[Gabriele] L’agilité et la liberté. On n’a pas encore de routine professionnelle figée, pas de famille à faire vivre, et surtout, on est ultra connectés aux nouvelles tendances, aux outils digitaux et aux attentes des jeunes consommateurs. On ose tester, échouer, pivoter, sans la pression d’un salaire ou d’une réputation à préserver. Et puis, on a accès à des réseaux (professeurs, alumni, incubateurs étudiants) qui nous ouvrent des portes sans exiger dix ans d’expérience.
🍅 Le plus gros obstacle rencontré jusque-là ? Et comment vous l’avez dépassé ?
[Liam] Il y en a eu plusieurs :
Trouver un webdesigner fiable et abordable : on a fini par faire beaucoup nous-mêmes pour avancer.
Convaincre les commerçants : ça a pris du temps, mais avec de la pédagogie et un vrai accompagnement, on a gagné leur confiance.
Obtenir l’accord du ministère : un passage obligé qui demandait patience et persévérance.
À chaque fois, on s’est serré les coudes. L’obstacle du début est devenu une compétence en plus pour la suite.
🍅 Un moment de doute ? Une fois où vous vous êtes dit “On ne va jamais y arriver” ?
[Raphael] Oh oui ! Surtout avant le lancement. On avait l’idée, la motivation… mais pas de site. Entre les retards, les galères techniques, les incompréhensions, chaque semaine de plus sans avancée était une claque. On s’est demandé si on n’avait pas visé trop haut. Mais c’est justement dans ces moments-là que tu te rends compte si ton idée te tient vraiment à cœur. Nous, ça nous a donné envie de nous battre encore plus.
🍅 Comment vous gérez le quotidien entre les cours, les examens et la gestion de la boîte ?
[Raphael] C’est du sport ! On planifie, on hiérarchise et, surtout, on se soutient. Quand l’un a moins de temps à cause des examens, les autres prennent le relais. On a compris que la clé, ce n’est pas de tout faire en même temps, mais de savoir sur quoi mettre son énergie au bon moment.
🍅 Comment vous vous êtes répartis les rôles dans l’équipe ?
[Raphael] On a vite vu qui était à l’aise avec quoi. Certains plus dans la tech, d’autres dans la communication, d’autres encore dans la relation avec les commerçants. Mais même avec cette répartition, on garde une logique d’équipe : tout le monde met la main à la pâte quand il faut.
🍅 Vous avez développé quelles compétences en route ? Certaines que vous ne soupçonniez pas ?
[Raphael] Tellement ! On a appris à pitcher, à négocier, à gérer des imprévus. Mais surtout, on a gagné en organisation et en leadership. Honnêtement, on ne pensait pas progresser autant si vite.
🍅 Et dans les moments de rush ou de stress intense… vous faites comment pour tenir le cap ?
[Bennie] On respire, on se rappelle pourquoi on fait ça, et on mise sur la force du collectif. Parfois, un café partagé et un fou rire suffisent à relâcher la pression. Cette cohésion, c’est notre meilleur carburant.
🍅 Vous avez terminé 3e du concours Young Entrepreneur au Luxembourg : qu’est-ce que ça vous a apporté ?
[Bennie] Une énorme fierté. La 3e place, c’était à la fois une reconnaissance et un coup de boost. Ça nous a donné de la visibilité, de la crédibilité auprès des partenaires, et aussi un soutien financier bienvenu. Mais surtout, ça nous a montré qu’on était capables.
🍅 Vous êtes maintenant dans un programme pilote pour aller plus loin. Vous le vivez comment, ce passage à une “vraie” entreprise ?
[Bennie] C’est un moment clé. Passer de la mini-entreprise à une “vraie” boîte, c’est excitant et flippant à la fois. On est super reconnaissants d’avoir ce programme pour nous accompagner, parce qu’on apprend à structurer notre projet comme une véritable entreprise. Ça nous donne de la rigueur et encore plus d’ambition.
🍅 C’est quoi la suite pour vous ? Vous vous projetez comment avec ce projet ?
[Gabriele] On veut grandir. Consolider notre présence au Luxembourg, élargir notre réseau de commerçants, et ensuite viser d’autres marchés. On rêve d’un impact à grande échelle. Notre ambition, c’est que LeftLovers devienne un acteur de référence dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, en prouvant qu’on peut allier impact économique et impact social.
🍅 Si vous aviez carte blanche pour améliorer l’accompagnement des étudiants-entrepreneurs au Luxembourg, vous changeriez quoi ?
[Gabriele]
Moins de paperasse, plus d’action : des démarches administratives simplifiées pour les étudiants (ex. : un guichet unique “étudiant-entrepreneur” avec des mentors dédiés).
Un fonds de test : des micro-subventions (5 000 à 10 000 €) sans garantie, pour prototyper ou lancer un MVP, avec un accompagnement technique en échange.
Un réseau d’entraide : une plateforme où les étudiants-entrepreneurs partagent leurs compétences (un dev aide un marketeur, qui aide un designer, etc.).
🍅 Qu’est-ce que vous diriez à un(e) étudiant(e) qui a une idée mais qui n’ose pas se lancer ?
[Gabriele] Je lui dirais que la plus grande erreur, ce n’est pas d’échouer, mais de ne jamais essayer.
Beaucoup pensent qu’il faut attendre “le bon moment” ou avoir toutes les compétences, mais ce moment n’existe pas. Dans l’entrepreneuriat, c’est en avançant qu’on apprend.
Quand on a lancé LeftLovers, on n’avait pas toutes les réponses. On savait seulement qu’il y avait un vrai problème – le gaspillage alimentaire – et qu’on se devait d’agir. C’est cette conviction qui nous a portés, pas un plan parfait.
Je dirais donc : commence petit, teste ton idée, montre-la à des proches, à quelques clients, ajuste. Tu seras surpris de voir qu’une simple action peut créer de l’élan et attirer des gens qui croient en ton projet.
Le courage, ce n’est pas l’absence de peur, mais la décision d’avancer malgré elle. Et si tu attends d’être “prêt”, tu ne le seras jamais.
🍅 Et vous, avec le recul, qu’est-ce que vous auriez aimé entendre avant de vous lancer ?
[Gabriele] Avec le recul, j’aurais aimé qu’on me dise : “N’attends pas que tout soit clair, et accepte que l’incertitude fasse partie du chemin.”
On parle souvent de réussite, de levées de fonds et de chiffres, mais beaucoup moins de la réalité quotidienne : les doutes, la pression, les moments où tu te demandes si ça vaut la peine.
Quand tu es dedans, tu crois que tu es seul à ressentir ça. J’aurais aimé savoir que c’est normal, que tous les entrepreneurs passent par là.
🍅 Dernière question pour Possible@Lux : au final, votre verdict… c’est possible ou pas de monter sa boîte quand on est étudiant ?
[Gabriele] Monter sa boîte en étant étudiant, c’est un parcours semé d’embûches : manque de temps, crédibilité limitée, pression financière. Pourtant, avec de la détermination, un réseau solide et une stratégie réaliste, c’est faisable.





Gabriele Masullo - Operations Lead chez LeftLovers.
Celui à l’affût pour ramener de nouvelles opportunités à l’équipe et qui développe le projet avec Liam en ce sens.
Liam Bahbout - Growth Manager chez LeftLovers.
Celui qui fait le plus avancer le projet LeftLovers, grâce à ses contacts, ses interventions et ses présentations, contribue à le faire grandir encore davantage.
Raphael Wilwertz - Creative Lead chez LeftLovers.
Le travailleur de l’ombre : il fait tout ce qu’on ne voit pas, mais sans lui, rien n’avance.
Benjamin Biesdorf - CEO chez LeftLovers.
Celui qui apporte de la structure et de la visibilité au travail de chacun, en répartissant les tâches à accomplir.
Elie Bertrand - Communication Lead chez LeftLovers.
L’esprit créatif de l’équipe, un vrai génie du marketing.
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