

Quitter un CDI confortable quand tout semble cocher les cases ? Wendy l’a fait. DRH pendant 20 ans au Luxembourg, elle a choisi l’inconnu pour retrouver du sens et de la liberté. Dans cette chronique, elle raconte le déclic, les doutes et ce qu’elle ne regrette absolument pas.
Si tu devais te présenter en quelques mots à quelqu’un qui ne te connaît pas, tu dirais quoi ?
Je suis Wendy. Après 20 ans de carrière dans les Ressources Humaines au Luxembourg, de mes débuts chez Deloitte à mon dernier poste de Responsable RH en tant que salariée dans une PSF, en passant par l’aventure de croissance chez Grant Thornton Luxembourg, j’ai gravi tous les échelons dont je rêvais.
Il y a trois ans, j’ai franchi le pas en créant HR Concept. Aujourd’hui, j’accompagne les entreprises via l’externalisation, totale ou partielle, de leur fonction RH et la consultance stratégique. En tant que coach certifiée, je propose également du coaching professionnel et des formations en soft skills.
Au-delà du CV, je suis une maman de deux enfants qui jongle avec énergie entre ses différents rôles, femme, amie, compagne et experte RH engagée.
Ma boussole ? L’impact direct sur le terrain, l’authenticité dans mes relations et le plaisir de transmettre. Je suis portée par une mission simple, apporter des solutions qui ont du sens et agir en cohérence avec mes valeurs.
Dans quel état d’esprit tu étais à l’époque où tu as commencé à te dire que tu devais partir et en finir avec le salariat ?
J’avais atteint mon graal, devenir DRH d’une structure internationale. Mais une fois au sommet, le vertige n’était pas celui que j’attendais. Je me suis demandé « et maintenant ? ».
J’exécutais, j’ordonnais, je gérais, mais le cœur n’y était plus. Ce que j’apportais à l’entreprise ne résonnait plus du tout avec mes aspirations profondes.
Plusieurs séismes personnels, un divorce, la perte d’un parent, le Covid, ont rebattu mes cartes. Professionnellement, je suis passée d’une surcharge intense au ralenti. Ce vide a été le catalyseur. J’ai entamé une formation SISEM sur les motivations intrinsèques et une certification de coach. Le constat était sans appel, j’étouffais dans ce carcan du « 40 heures payées, 40 heures présentes », entre jeux politiques et impuissance face aux maux du quotidien. J’avais besoin de sens. Alors, un jour, sans filet, j’ai sauté.
Qu’est-ce qui t’a retenue au début ? La peur de l’inconnu, le confort du CDI, la charge mentale, la sécurité financière ?
La sécurité financière, sans hésiter. Quitter un poste de DRH avec un package luxembourgeois confortable pour l’inconnu total est un pari audacieux. Passer d’un salaire garanti à zéro certitude pour les deux prochaines années, c’est le grand frisson. Mais mon impatience et mon refus de me laisser ronger par des situations négatives ont pris le dessus. L’hésitation n’a duré que deux mois.
Et qu’est-ce qui t’a finalement donné le courage de faire le saut ?
Si je devais résumer mon plan en un mot, confiance.
J’ai avancé à l’aveugle, mais avec conviction. Je me suis donné deux ans pour tester le marché. Mon plan B était simple, si ça ne prenait pas, je retournerais au salariat à temps partiel pour financer mon projet. Cette porte de sortie m’a donné le courage de foncer.
Les premiers jours et premières semaines en indépendante, c’était comment ?
Un cocktail des deux. J’ai eu la chance d’être mandatée immédiatement par mon ancien employeur comme DRH externe. J’ai donc toujours eu un pied à l’étrier. Mais j’ai découvert les montagnes russes émotionnelles, la joie immense à la signature d’un nouveau contrat et la panique silencieuse quand les réponses négatives ou le silence s’accumulent.
Le plus beau cadeau ? Retrouver une qualité de présence avec mes enfants. Ils ont été incroyablement compréhensifs face à ce changement de vie, acceptant même de réduire certaines dépenses futiles pour soutenir l’aventure.
C’est quoi la première petite victoire qui t’a donné confiance ?
Il y en a deux.
La première est pragmatique, signer une mission longue qui sécurise le quotidien. C’est un grand soupir de soulagement.
La seconde est purement émotionnelle, ce moment où le téléphone sonne parce que quelqu’un t’a recommandée. Là, tu te dis « Enfin, je suis visible, mon travail et ma persévérance commencent à payer ». La première fois que c’est arrivé, j’ai littéralement dansé dans ma cuisine.
Et le moment de doute le plus fort ?
Au début, chaque fin de mission déclenchait une angoisse. Et si je n’avais rien le mois prochain ? J’ai souvent été tentée de répondre à des annonces de mi-temps en tant que salariée pour me rassurer. Dans ces moments-là, le soutien de mon compagnon a été mon ancrage. Il m’a aidée à tenir le cap quand je vacillais.
Qu’est-ce que cette décision a changé en toi, au fond ?
J’ai débranché le pilote automatique. Pendant des années, j’ai cru que la réussite était purement matérielle, peu importe l’impact sur ma santé mentale et ma vie privée.
Aujourd’hui, ma définition de la réussite a changé. Elle s’appelle liberté. Liberté de choisir mes clients, mes missions et mon emploi du temps.
Je suis restée la même professionnelle rigoureuse et exigeante, mais je m’autorise aujourd’hui à refuser ce qui ne fait pas sens ou ce qui est toxique. Mon alignement vaut bien plus qu’un gros versement sur mon compte bancaire en fin de mois.
Si tu devais faire le bilan aujourd’hui, tu as perdu quoi et tu as gagné quoi en quittant le salariat ?
J’ai perdu deux départs en vacances par an et quelques achats impulsifs 😊
Mais j’ai gagné l’autonomie de mouvement, ma créativité, le plaisir de transmettre et une stimulation intellectuelle constante. Même après 20 ans de métier, j’apprends encore chaque jour.
Et si une RH ou une maman solo te disait aujourd’hui « j’aimerais faire comme toi mais j’ose pas », tu lui répondrais quoi ?
Je lui dirais « crois en toi. Ose l’inconnu, teste, trompe-toi, ajuste, mais persévère ».
Le chemin n’est pas linéaire, mais il est incroyablement gratifiant.
Enfin, aujourd’hui, c’est quoi ta vision de l’entrepreneuriat ?
C’est un défi de visibilité. Le marché luxembourgeois s’ouvre doucement à l’externalisation RH et la concurrence est réelle. C’est aussi un parcours du combattant administratif. Ouvrir un compte bancaire professionnel et trouver une fiduciaire de confiance est une mission en soi.
Mon conseil ultime, entourez-vous. Il faut des personnes bienveillantes qui croient en vous pour vous relever dans les moments de mou.
L’entrepreneuriat est un sport solitaire qui se gagne en équipe.

Wendy HENRION possède plus de 20 ans d’expérience en Ressources Humaines au Luxembourg. Après un parcours construit entre autre chez Deloitte, Grant Thornton Luxembourg et Pandoo en tant que Responsable RH, elle fonde HR Concept il y a trois ans.
Elle accompagne aujourd’hui les entreprises à travers l’externalisation de la fonction RH, la consultance stratégique, le coaching professionnel et la formation en soft skills.
Engagée et orientée terrain, Wendy place l’impact, l’authenticité et la transmission au cœur de son approche, en proposant des solutions alignées avec ses valeurs.
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