Sur le Pouce | Oui, j’ai quitté un CDI dans une Big 4. Non, je n’étais pas folle.

Quitter un CDI dans une Big 4 pour se lancer seule, sans plan B.
À 29 ans, Charlotte a fait ce choix-là.

Après plus de deux ans chez PwC comme UX/UI Designer, elle décide de suivre son intuition, de créer sans cadre imposé et de se faire confiance. Aujourd’hui à la tête de Visual Vibes, elle revient sans filtre sur ce déclic, la peur de sauter sans filet et la liberté trouvée de l’autre côté.

🦒 Charlotte, tu faisais quoi exactement chez PwC ? Raconte-nous ton poste, ton rôle, ton quotidien là-bas.

Chez PwC, j’étais UX/UI Designer dans un environnement de conseil. Je travaillais en binôme avec des Business Analysts pour accompagner des entreprises dans la digitalisation et l’amélioration de leurs services et produits. Concrètement, j’intervenais en mission chez les clients, parfois sur des projets longs, jusqu’à un an, parfois sur des missions plus courtes de quelques mois, en fonction des enjeux et de la maturité digitale de l’entreprise.

Mon rôle était de faire le lien entre les besoins business et l’expérience utilisateur. Côté UX, je m’assurais que le produit permettait à l’utilisateur d’atteindre son objectif de manière simple, fluide et logique. Côté UI, je concevais l’interface et l’identité visuelle du produit pour qu’il soit à la fois clair, agréable et cohérent. L’objectif final était toujours le même : créer des solutions digitales utiles, utilisables et désirables, aussi bien pour les utilisateurs que pour l’entreprise.

🦒 Tu y es restée combien de temps ?

Un peu plus de deux ans.

🦒 Qu’est-ce qui t’avait donné envie d’y aller à la base ? C’était quoi l’attrait d’une Big 4 pour toi, à ce moment-là de ta carrière ?

À ce moment-là de ma carrière, j’avais surtout travaillé dans des structures petites ou moyennes : des startups, des fintechs, des équipes très agiles. La Big 4 m’attirait parce que j’avais envie de me faire ma propre opinion : comprendre ce que c’est vraiment de travailler dans une organisation aussi grande, comment les projets sont gérés à grande échelle, et ce que cela apporte en termes de méthode, de rigueur et d’exposition.

🦒 Tu te sentais à ta place au début ? Ou tu as senti dès le départ que ça allait coincer quelque part ?

Dès le début, je me suis sentie à ma place. C’était une grande entreprise, avec beaucoup de nouveautés par rapport aux petites structures que j’avais connues, donc c’était stimulant. Avec le temps et l’accompagnement de mes collègues, j’ai réussi à prendre mes repères et à mieux comprendre leur façon de travailler.

🦒 Qu’est-ce qui t’a d’abord mise mal à l’aise ?

Rien ne m’a vraiment mise mal à l’aise à proprement parler. C’est surtout que faire de la création dans une structure comme PwC est moins évident que dans des entreprises orientées créa, comme des agences de communication par exemple. PwC reste avant tout une société dont le cœur de métier est l’audit et le conseil, donc la dimension créative est forcément moins centrale. C’est assez logique, mais cela crée un décalage quand on vient d’univers beaucoup plus créatifs.

🦒 Est-ce que tu as essayé de “faire avec” avant de partir ?

Oui, bien sûr. C’était à moi de m’adapter, puisque c’est moi qui avais fait le choix de venir faire de la création dans une entreprise financière. Il y a eu de très chouettes missions, des voyages et de belles relations clients, ce qui fait que j’y suis restée un peu plus de deux ans. Mais malgré tout, ce n’était pas un environnement dans lequel je me projetais sur le long terme.

🦒 Tu te souviens du jour où tu t’es dit : « C’est bon, je ne peux plus continuer » ?

Oui, il y a eu un vrai déclic, et c’était probablement l’un des jours les plus terrifiants de ma vie. Je n’ai pas seulement décidé de quitter un CDI dans une Big 4, j’ai décidé de lancer ma propre entreprise, seule, à 29 ans. Ce déclic est venu parce que je me sentais enfin prête, même si on ne l’est jamais vraiment. J’avais envie de me lancer à mon compte, de me faire confiance et de créer quelque chose qui me ressemble vraiment, sans limites ni hiérarchie.

🦒 Est-ce que tu t’es sentie coupable ou illégitime de vouloir partir ?

Oui, un peu, surtout vis-à-vis de mes clients. J’avais construit avec eux de vraies relations de confiance. On avait pris du temps pour se coordonner, créer une dynamique d’équipe, et le fait de partir donnait l’impression de casser quelque chose qui avait été soigneusement construit. Ça m’a forcément fait réfléchir et culpabiliser. Mais à un moment, j’ai aussi choisi de me mettre en priorité et d’assumer mon envie de me lancer.

🦒 Tu avais déjà un plan pour la suite ?... Ou tu as sauté sans filet ?

À part l’idée de me lancer en freelance, non, pas vraiment. Et c’était une première pour moi. Je suis plutôt de nature prudente et je n’avais jamais quitté un poste sans avoir quelque chose de concret derrière. Mais là, le défi était différent. Je n’avais pas d’autre choix que de me faire confiance et de me lancer sans filet, en misant sur moi-même.

🦒 Comment ton entourage a réagi à ta décision ?

Il y a eu un peu de tout : des larmes, des peurs, de l’enthousiasme, mais globalement beaucoup de soutien. Ma famille et mes amis ont été très présents et m’ont vraiment encouragée.

🦒 Et toi, comment tu t’es sentie une fois que c’était acté ?

Un mélange de tout ça. Encore aujourd’hui, même après deux ans de freelance, j’ai parfois du mal à réaliser que je me suis lancée et que je suis toujours là, sans être retournée vers le salariat. Sur le moment, il y avait surtout de la peur. Une fois que tout est acté, il y a ce grand silence qui s’installe et qui te fait douter. Avec le recul, la Charlotte d’aujourd’hui aimerait rassurer celle d’il y a deux ans et lui dire : « Ne t’inquiète pas, ça va aller. Fais-toi confiance. »

🦒 Et aujourd’hui, tu fais quoi exactement ?

Aujourd’hui, j’ai fondé Visual Vibes, ma propre entreprise. J’y conçois des logos, des sites internet et j’accompagne les entreprises dans la création ou la refonte de leur image de marque, avec une approche toujours centrée sur l’expérience utilisateur. L’idée est que l’identité visuelle et les interfaces ne soient pas seulement belles, mais qu’elles aident réellement l’utilisateur à comprendre l’offre, à trouver ce qu’il cherche et à atteindre son objectif. C’est ce qui m’anime : créer des marques et des produits à la fois esthétiques, clairs et efficaces.

🦒 C’est quoi le plus grand changement depuis que tu as quitté ce monde-là ?

Le plus grand changement, c’est l’indépendance. Pouvoir choisir mes clients et les projets sur lesquels je travaille a complètement transformé mon quotidien. Mon rapport au travail est devenu une vraie passion : je me sens très épanouie et reconnaissante de pouvoir vivre de ce que j’aime faire, au point de ne plus avoir l’impression de travailler. L’envers de la médaille, c’est la charge mentale et le stress. Le freelance apporte moins de stabilité qu’un poste salarié, même quand on anticipe. Mais pour moi, l’équilibre entre liberté, sens et créativité en vaut largement la peine.

🦒 Qu’est-ce qui te manque parfois de l’époque Big 4 ?

Il y a beaucoup de choses de mon passage chez PwC que j’utilise encore aujourd’hui. J’y ai énormément appris, j’ai grandi professionnellement et j’ai eu accès à des environnements que je n’aurais sans doute pas approchés aussi facilement en freelance. Loin de moi l’idée de cracher dans la soupe : PwC m’a beaucoup apporté, notamment en termes de méthode, de rigueur et de compétences techniques.

🦒 Qu’est-ce que tu referais différemment si c’était à revivre ?

Franchement, je n’ai aucun regret. Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose, parce que toutes ces expériences m’ont donné les outils pour me lancer. Je ne changerais rien.

🦒 Est-ce que tu te sens plus libre aujourd’hui ?

Oui, à tous les niveaux. Créativement, évidemment. Mentalement aussi, parce que je suis ma propre patronne et que je choisis mes priorités et mes échéances. Dans ma manière de travailler surtout : je peux travailler avec mon propre setup, d’où je veux, quand je veux. Cette flexibilité change complètement le rapport au travail et elle est vraiment précieuse pour moi.

🦒 Pour celles et ceux qui hésitent à se lancer, tu leur dirais quoi ?

Ayez confiance en vous. Si vous ne le faites pas, personne ne le fera à votre place. Se lancer fait peur, c’est normal. Mais si votre décision est mûrement réfléchie, alors foncez. On ne se trompe jamais en se faisant confiance et en se donnant la priorité. 🩷


Charlotte TOUSSAINT est UX-UI Designer et fondatrice de Visual Vibes. Après plus de deux ans

en tant que consultante chez PwC, où elle a accompagné des entreprises dans leur digitalisation, elle choisit de quitter le confort d’une Big 4 pour créer sa propre agence.

Aujourd’hui, elle conçoit des identités de marque, des sites web et des expériences digitales centrées sur l’utilisateur, avec une approche qui allie stratégie, esthétique et impact. À travers Visual Vibes, elle aide les entreprises à bâtir des marques qui ont du sens, autant pour leurs clients que pour leur croissance.