

Salariat ou indépendance ?
Et si la vraie question était plutôt : comment faire cohabiter les deux sans s’y perdre ?
Marie a choisi de ne pas trancher. Elle compose. Entre stabilité et mouvement, cadre et liberté, profondeur et amplitude. Dans cette chronique, elle raconte comment elle a construit un modèle hybride qui lui ressemble, les ajustements que cela demande au quotidien, et ce que cette double casquette lui a vraiment appris — loin des clichés du « numéro d’équilibriste ».
■ Pour commencer, tu peux te présenter en quelques mots ?
Je suis consultante en marketing et communication, avec une double casquette stratégique et opérationnelle. J’accompagne des entreprises qui ont besoin d’un pilotage marketing immédiat (absence, poste vacant, réorganisation), ou dans des moments charnières, quand il faut clarifier un positionnement, structurer des messages ou remettre de la cohérence là où tout s’est construit « au fil de l’eau ».
En parallèle, je suis salariée à temps partiel, responsable marketing. Ce n’est pas un compromis, c’est une stabilité choisie. Un espace où je m’inscris dans la durée, où je construis, où je vois les effets du travail dans le temps.
■ Concrètement, comment s’organise aujourd’hui ton quotidien professionnel ?
Ma semaine se joue entre deux mondes. Deux rythmes, deux responsabilités, deux façons d’être utile. Le salariat m’ancre. L’indépendance m’ouvre. Et entre les deux, il y a un fil que j’ai appris à tendre sans jamais le laisser casser.
■ Pourquoi avoir choisi cette configuration, plutôt qu’un « tout indépendant » ou un « tout salariat » ?
Parce que les deux m’apportent quelque chose de différent, et de profondément complémentaire. Le salariat me donne la profondeur : la compréhension d’une culture, d’un collectif, d’une stratégie interne. L’indépendance me donne l’amplitude : la diversité des contextes, des problématiques, et la liberté de choisir les projets où je peux réellement créer de la valeur.
Je n’ai jamais voulu renoncer à l’un pour l’autre. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de trancher, mais de composer. Trouver un équilibre qui me permette à la fois de m’inscrire dans la durée et de rester en mouvement, d’apprendre, de me renouveler.
On imagine souvent que cette configuration relève du numéro d’équilibriste. En réalité, c’est une construction consciente. Une manière de penser son temps, son énergie, ses engagements. Lorsque les frontières sont claires, les deux univers se nourrissent : l’un m’apporte la stabilité du long terme, l’autre la stimulation du changement. Et c’est précisément dans cette articulation que j’ai trouvé mon point d’équilibre.
■ Comment es-tu redevenue salariée ?
Par la voie la plus simple : un client. Après six mois de mission, il m’a proposé un contrat. Comme la suite logique de ce que nous avions construit ensemble. Ils avaient vu ma manière de travailler, ma capacité à structurer, à auditer, à clarifier, à faire avancer les choses.
J’ai accepté parce que le format (partiel, clair, cadré) me permettait de conserver une stabilité tout en poursuivant mon activité indépendante. C’était cohérent. Et fluide.
■ Qu’est-ce qui te demande le plus d’ajustement quand tu jongles entre les deux ?
Ce n’est pas la charge. C’est la transition.
Passer d’un rôle où tu portes un collectif à un rôle où tu es l’entreprise. Changer de posture, d’enjeux, de temporalité. Mais ce n’est pas un obstacle : c’est un entraînement. Avec le temps, j’ai appris à passer d’un univers à l’autre sans perdre le fil, et même à utiliser l’un pour enrichir l’autre.
■ Au quotidien, sur quoi tu t’appuies pour que ce modèle reste viable dans le temps ?
J’ai trois règles simples :
👉🏻 Des blocs fixes. L’indépendance n’est pas un « à-côté ». J’ai des créneaux dédiés, protégés, non négociables.
👉🏻 Une priorisation hebdomadaire. Chaque semaine, trois résultats clés côté salariat, trois côté indépendant. Pas douze.
👉🏻 Un système léger mais robuste. Un tableau de pilotage, des prochaines actions claires, des checklists pour les audits, les livrables, les publications. Moins c’est héroïque, plus c’est tenable.
■ Comment tu gères ton énergie dans un rythme aussi dense ?
Comme une ressource stratégique.
Des journées à thème, quand c’est possible.
Un seuil de rendez-vous pour éviter l’effet « réunions qui mangent la production ».
Le sport, pour remettre de l’ordre dans ma tête.
Et ma tribu à la maison, qui me ramène à l’essentiel. Parce qu’à la fin, ce sont eux qui donnent du sens à tout le reste.
■ Une ou deux identités professionnelles, selon toi ?
Une seule. Mais contextualisée.
Je ne me dédouble pas : j’explique. Qui je suis, ce que je fais, comment je travaille. Les dirigeants ne sont pas dérangés par la pluralité. Ils sont dérangés par le flou. Donc je clarifie ...et tout se passe bien.
■ Qu’est-ce que cette double casquette t’a appris ?
La lucidité. La rigueur. Et une vérité simple : aucune configuration n’est parfaite, mais toutes peuvent être puissantes si elles sont réfléchies.
Le salariat m’apprend à décider dans un cadre. L’indépendance m’apprend à clarifier ma valeur, à la défendre et à l’incarner.
Vivre les deux m’a appris à arrêter de chercher la perfection et à construire un système qui me respecte, et qui fonctionne.
■ Un conseil pour quelqu’un qui voudrait tenter cette configuration ?
Avant d’ajouter quoi que ce soit, dessine ton terrain de jeu : ton temps réel, ton énergie, tes limites, tes règles, tes non-négociables. Quand le cadre est clair, le reste trouve naturellement sa place. Et toi, la tienne.
Et surtout, ne reste pas seul. Un coach, un mentor, ou simplement quelqu’un qui connaît bien ton fonctionnement peut t’aider à prendre du recul, à clarifier tes choix, à distinguer l’envie du réflexe, l’opportunité du piège. On gagne toujours à être accompagné quand on construit un modèle qui sort des cases.
Le vrai risque, ce n’est pas d’avoir trop à faire. C’est d’oublier pourquoi tu le fais.

Marie DREUMONT est consultante senior en marketing et communication stratégique et opérationnelle. Elle accompagne les entreprises au Luxembourg lorsqu’un pilotage marketing et communication immédiat est nécessaire (poste vacant, absence, pic d’activité, réorganisation) ou pour auditer leur communication interne et externe, clarifier leur positionnement, structurer leurs contenus et déployer leurs plans de communication. Elle occupe en parallèle un poste salarié à temps partiel en tant que responsable marketing.
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