Big Talent | Construire à contre-courant : le pari de Paul Lentchat au Luxembourg

Au Luxembourg, tout pousse vers la stabilité. Bons salaires, parcours tracés, sécurité rapide. Sur le papier, difficile de faire mieux.

Et pourtant, certains jeunes prennent une autre direction. Ils testent, lancent des projets, prennent des risques, souvent à contre-courant.

Paul fait partie de ceux-là. Avec Linkx. et son podcast Edge., il a choisi de construire plutôt que suivre.

Pourquoi entreprendre ici ? Qu’est-ce qui pousse à se lancer malgré le cadre ? Et à quoi ressemble vraiment la réalité derrière ce choix ?

Portrait.

🔹 Tu peux te présenter rapidement ?

Je suis Paul. Je construis des projets autour du contenu et du business, avec une forte appétence pour LinkedIn et l’écosystème entrepreneurial.

🔹 Pour commencer, comment tu te définirais aujourd’hui ?

Entrepreneur. C’est le mot qui me correspond le mieux.

J’ai cofondé Linkx., une agence spécialisée sur LinkedIn, construite de zéro avec mon associé. Pas de réseau, pas de contacts au départ. Juste une conviction et l’envie de créer.

En parallèle, j’ai lancé Edge., un podcast où j’échange avec des entrepreneurs pour comprendre ce qui les pousse à tracer leur propre voie.

Au fond, c’est ça qui me définit : partir de zéro, tester, aller le plus loin possible. Voir ce qui marche, accepter quand ça échoue, et recommencer. Et surtout, échanger avec des gens qui vivent la même chose.

L’entrepreneuriat, c’est mon terrain de jeu. Simplement.

🔹 Tu as suivi un parcours assez “classique” au départ. À quel moment tu t’es dit que tu voulais autre chose ?

Vers 18-19 ans, j’ai commencé à consommer énormément de contenu entrepreneurial. Surtout des podcasts : GDIY, Modern Wisdom, DOAC… Beaucoup dans le bus entre les cours et chez moi — autant rentabiliser ce temps.

En parallèle, je parlais de plus en plus avec des entrepreneurs autour de moi. Petit à petit, l’envie est devenue concrète. Jusqu’à me dire qu’il y avait autre chose à aller chercher, en dehors du parcours classique.

🔹 Qu’est-ce qui t’a donné envie d’entreprendre ?

Ça a toujours été là, en fond. Sans idée précise au départ, mais avec la conviction que je construirais quelque chose à ma façon.

J’ai pourtant commencé par un parcours classique : bon élève, puis études en finance au Luxembourg — rassurant pour les parents. Je teste quelques projets, sans grande conviction, avec pas mal d’échecs.

Puis je lance une startup dans le sport. Objectif : créer un software, lever des fonds, s’internationaliser. C’était la tendance. Faire un business plus “classique” ne semblait pas ambitieux à ce moment-là. Avec le recul, c’était une erreur.

Tu pitches, tu te fais challenger, tu ajustes, tu contournes les problèmes… jusqu’au moment où tu réalises que le projet a trop pivoté. Que ce n’est plus vraiment ce que tu veux faire. Et peut-être que tu n’es pas la bonne personne pour le porter.

Donc tu stoppes. Et tu cherches autre chose.

Tu testes, tu creuses là où tu penses avoir un avantage. Et progressivement, tu avances vers quelque chose qui te ressemble.

🔹 À ce moment-là, tu es encore étudiant. Qu’est-ce qui se passe dans ta tête ?

Je suis en master de finance. C’est intéressant, mais il manque un truc. Ce déclic qui te fait dire : “c’est ça”.

Ce feeling, je l’avais avec l’entrepreneuriat. En cours, j’étais ailleurs : un client à rappeler, une idée à tester, un projet à faire avancer. Impossible de me projeter dans autre chose.

Alors j’ai pris un an. Une période test. Si ça marchait, tant mieux. Sinon, je reprenais un autre master.

C’est aussi comme ça que je l’ai présenté à mes parents. Et ça me donnait une deadline, donc de la pression.

🔹 Quel a été le déclic ?

À force, tu comprends qu’il n’y aura jamais de moment parfait. Donc autant y aller tôt.

Au pire, tu apprends.

Tu te focuses, tu tiens. Et avec mon associé, on a réussi à construire quelque chose de solide avec Linkx.

La même année, je lance Edge. Ça me donne encore plus de recul sur la réalité du terrain.

Et naturellement, on a commencé à viser plus grand. Parce que c’est ça qui me drive.

🔹 Tu décides aussi d’arrêter tes études. Comment ça a été perçu ?

Plutôt bien, mais avec de l’inquiétude.

Mes parents, mes grands-parents : “t’es sûr ?” C’est normal. Pour eux, le parcours classique reste le plus sécurisant. Ce qui, de mon point de vue, n’est pas toujours vrai.

Certains m’ont dit que je faisais n’importe quoi. D’autres : “teste, tu verras”.

Le vrai point de bascule, c’est la conviction. Pas juste l’envie. Beaucoup disent “j’aimerais entreprendre”, mais ça ne suffit pas.

Il faut dire : je vais le faire. Point.

Avec cet état d’esprit, les gens finissent par comprendre.

Et puis, on n’a qu’une vie. Ne pas essayer à ce moment-là, je savais que je l’aurais regretté.

🔹 Est-ce que c’est un choix simple d’entreprendre ?

Non. Clairement.

Tu ne fais pas de 9 to 5, mais souvent du 24/7. Quand tu es jeune, la pression sociale est réelle. Travailler avec des personnes plus âgées, ça demande de prouver encore plus.

Et il y a toujours cette question : est-ce que je n’aurais pas gagné plus, plus sereinement, dans un job stable ?

Au Luxembourg, elle est encore plus forte. Les salaires sont élevés, le confort accessible. Mais ça rend aussi l’entrepreneuriat plus risqué : coût de la vie, charges, taxes… les marges d’erreur sont faibles.

Quand tu sais que tu peux bien vivre en salarié, il faut presque être un peu fou pour choisir l’inverse.

🔹 Aujourd’hui, c’est quoi tes plus gros challenges ?

Le flou.

On pense qu’à un certain stade, tout devient clair. En réalité, non. Il y a toujours des problèmes, toujours des opportunités… et toujours des choix à faire.

Dire non devient essentiel. Même à de bonnes opportunités, pour garder le focus.

Et puis il y a l’équipe. Au début, on était deux, tout allait vite. Dès que tu grandis, tout se complexifie : communication, décisions, vision…

Aujourd’hui, il faut gérer le business, les clients, l’équipe. Et faire en sorte que tout tourne.

Et ça ne s’arrête jamais vraiment.

🔹 Pourquoi si peu de jeunes se lancent au Luxembourg ?

Parce que ce n’est pas vraiment valorisé comme une voie.

On pousse vers la sécurité, le confort, les parcours classiques. C’est logique. Mais ce n’est pas souvent là que naît l’innovation.

Ajoute à ça le risque, la charge mentale, les longues heures… et un confort accessible en salariat. Forcément, ça freine.

Il faut presque être un peu fou pour se lancer.

Mais comme j’aime le rappeler : si c’était simple, tout le monde le ferait.

🔹 Tu sens une nouvelle génération arriver ?

Oui, clairement. Et c’est positif.

La France a déjà du retard sur les US en marketing et contenu. Le Luxembourg encore plus. Mais ça évolue.

De plus en plus de jeunes créent, testent, construisent. Et entreprendre ne veut pas forcément dire monter une boîte ou lever des fonds.

Lancer un projet, une communauté, un side project… c’est déjà entreprendre.

Ce qui change surtout, c’est la prise de parole. Les gens montrent ce qu’ils font, leurs réussites, leurs échecs.

Et ça, c’était rare avant.

🔹 Avec le recul, tu referais le même choix ?

100 fois oui.

Rester dans un parcours qui ne te correspond pas, ça finit toujours par te rattraper.

Les études, pour moi, servent à apprendre. Mais ce que j’ai appris en entreprenant dépasse largement ce que j’aurais appris autrement.

Et surtout, ça t’apporte une conviction : si tu t’impliques vraiment, tu peux construire quelque chose.

Une fois que tu l’as vécu, tu vois les choses différemment. Si tu l’as fait une fois, tu peux aller plus loin.

Donc non, aucun regret.

🔹 Un conseil à un jeune au Luxembourg qui hésite ?

Tout dépend d’une chose : envie ou détermination ?

L’envie ne suffit pas. Beaucoup disent “j’aimerais”, mais ne passent jamais à l’action.

La vraie question : dans 3 ou 5 ans, si je n’essaie pas, est-ce que je vais le regretter ?

Si oui, il faut y aller.

Mais il faut aussi être honnête : si ton envie vient uniquement des réseaux, attention. La réalité est bien plus dure.

Dans tous les cas, que ça marche ou pas, tu sauras. Et savoir vaut toujours mieux que d’hésiter pendant des années.

Donc si t’es déterminé : vas-y.

🔹 Un dernier mot ?

Ce n’est pas simple.
Mais c’est possible.

Let’s go.


Paul LENTCHAT, franco-luxembourgeois de 23 ans, fait partie de cette génération qui choisit de tracer sa propre voie. Malgré un contexte qui encourage plutôt des parcours traditionnels au Luxembourg, il décide très tôt d’entreprendre et de faire les choses autrement. Aujourd’hui, il se lève chaque matin avec une obsession : développer sa boîte.