Big Talent | Sandrina Oliveira : Trouver sa place, enfin !

Il y a des envies qu’on essaie parfois de mettre de côté… jusqu’au moment où elles reviennent trop souvent pour être ignorées. Dans ce nouveau Big Talent Sandrina raconte son parcours, les détours, les échecs, les hésitations et ce besoin profond de construire quelque chose qui lui ressemble vraiment.

🛋️ Aujourd’hui, vous faites quoi… et comment vous vous présentez quand on vous pose la question ?

Aujourd’hui, je suis indépendante et j’ai créé Next.Space.

J’aide les particuliers et les entreprises à repenser leurs espaces pour qu’ils soient plus agréables, plus fonctionnels et plus cohérents avec leur façon de vivre ou de travailler.

Je fais de l’aménagement et de l’agencement d’intérieur, mais mon travail va bien au-delà de la décoration. Il y a beaucoup d’écoute, de réflexion, d’organisation et de coordination.

Mon rôle, c’est de comprendre les besoins et de transformer les idées en un espace concret, fluide et pensé dans les moindres détails.

Un projet réussi n’est jamais un hasard. Derrière chaque espace, il y a des dizaines de décisions invisibles qui font toute la différence.

🛋️ Si on regarde votre parcours, rien ne vous destinait vraiment à faire ce que vous faites aujourd’hui. Vous confirmez ?

Oui, sur le papier, c’est vrai.

J’ai travaillé dans la banque, dans des environnements très structurés, assez loin de l’image qu’on peut avoir de l’aménagement intérieur.

Mais avec le recul, je vois quand même un fil conducteur. J’ai toujours aimé organiser, améliorer, trouver des solutions et rendre les choses plus fluides.

Aujourd’hui, je fais exactement ça à travers les espaces. Finalement, ce n’est peut-être pas si incohérent.

🛋️ Petite, vous étiez déjà du genre à réorganiser votre chambre ou ça vous est venu plus tard ?

Oui, clairement.

Je changeais souvent ma chambre. Je déplaçais les meubles, je testais différentes dispositions, j’essayais de créer une autre ambiance. Aujourd’hui, ma fille fait exactement la même chose ☺

À l’époque, je faisais ça naturellement, sans imaginer que cela pourrait devenir un métier un jour. J’aimais simplement les beaux espaces, les choses simples et harmonieuses.

Je crois que j’ai toujours été sensible aux lieux et à la manière dont on s’y sent, même si je n’avais pas encore les mots pour l’expliquer.

🛋️ Vous avez choisi une voie “sécurisée”. C’était un vrai choix… ou un peu une voie par défaut ?

Je pense que c’était un vrai choix à ce moment-là.

J’avais envie de stabilité, d’un cadre, de construire quelque chose de solide. Et la banque représentait tout ça.

C’était aussi une voie assez logique, presque naturelle. Au début d’un parcours, on ne se pose pas toujours mille questions. On avance avec ce qui semble raisonnable, rassurant, possible.

Je ne regrette pas ce choix. Il m’a apporté énormément de bases. Mais à un moment, j’ai senti que j’avais besoin d’autre chose. De faire quelque chose qui me passionne vraiment ☺

🛋️ À quel moment vous vous êtes dit : “ok, je suis en train de passer à côté de quelque chose” ?

C’était plutôt une sensation qui revenait régulièrement. J’étais bien dans ce que je faisais, mais jamais complètement à ma place.

L’aménagement et les espaces revenaient toujours dans ma vie, même quand j’essayais de mettre cette envie de côté.

À un moment, j’ai compris qu’il fallait arrêter de l’ignorer.

🛋️ Vous avez tenté une première fois avec votre boutique… et ça n’a pas marché comme prévu. Qu’est-ce qui a coincé ?

L’envie et la passion étaient là, mais ça ne suffit pas toujours. Il faut aussi le bon timing, le bon modèle et une certaine maturité entrepreneuriale.

Avec le recul, je pense que j’avais beaucoup d’énergie, mais pas encore toute la structure nécessaire autour.

Cette expérience m’a énormément appris, surtout sur les réalités très concrètes de l’entrepreneuriat.

🛋️ Sur le moment, vous l’avez vécu comme un échec ?

Oui, forcément.

Quand on lance un projet avec beaucoup de cœur, on le vit très personnellement. On doute, on se remet en question, on se demande ce qu’on aurait pu faire autrement.

Mais avec le temps, je ne vois plus ça comme un échec. Plutôt comme une étape nécessaire.

🛋️ Et pourtant, vous retournez en banque derrière. C’était un retour en arrière ou un choix assumé ?

Je pense que c’était un choix assumé, même si, de l’extérieur, cela pouvait ressembler à un retour en arrière.

J’avais besoin de retrouver un cadre, une stabilité et aussi de reprendre confiance.

Aujourd’hui, je ne vois pas cette période comme une marche arrière. Plutôt comme une pause nécessaire. Une façon de me reconstruire, de mûrir et de revenir ensuite avec plus de clarté.

🛋️ Vous avez longtemps été dans des rôles très stratégiques, proche de dirigeants. Pourquoi ne pas être restée dans ce confort-là ?

Parce que ce confort ne me suffisait plus.

J’aimais la stratégie, l’organisation, les projets, le fait d’être proche des décisions. Mais il me manquait quelque chose de plus concret, de plus créatif et de plus personnel.

J’avais envie de voir le résultat de mon travail autrement. Partir d’une idée, d’un besoin, et voir un espace se transformer réellement.

J’avais besoin de créer avec ma sensibilité, pas seulement avec ma tête.

🛋️ Le vrai déclic, il arrive quand ?

Le déclic est arrivé quand j’ai compris que cette envie ne partait pas.

Ce n’était pas une phase, ni une passion du dimanche. Malgré les années, les peurs et les excuses, cette envie revenait toujours.

À un moment, je me suis dit : soit j’attends encore d’être totalement prête, soit j’avance.

Et comme on n’est jamais vraiment prêt, j’ai avancé. Même si je dois être honnête : mon mari m’a aussi un peu poussée 😊

🛋️ Qu’est-ce qui vous a le plus retenue : la peur, le regard des autres ou le doute sur votre légitimité ?

Un peu les trois.

La peur de quitter une sécurité. Le regard des autres aussi, parce qu’on ne comprend pas toujours les changements de direction. Et puis le doute sur la légitimité : est-ce que je suis crédible ? Est-ce qu’on va me prendre au sérieux ?

Je crois que beaucoup de personnes se posent ces questions, même si on en parle peu.

Aujourd’hui, j’essaie de me rappeler que la légitimité se construit avec le travail, l’expérience et les projets.

🛋️ On vous a déjà fait sentir que passer de la banque à l’aménagement intérieur “n’était pas crédible” ?

Oui, parfois.

Pas toujours de manière directe, mais je sentais que certaines personnes ne comprenaient pas forcément le lien.

Pourtant, il existe vraiment. La banque m’a apporté une rigueur, une méthode et une vraie capacité à gérer des projets, des budgets, des délais et des interlocuteurs différents.

Dans l’aménagement intérieur, ce n’est pas seulement une question de goût. Il faut aussi structurer, coordonner, arbitrer et anticiper. Et là, mon parcours précédent m’aide énormément.

🛋️ Aujourd’hui, vous êtes à votre compte. Qu’est-ce qui a le plus changé ?

Tout est plus intense.

Il y a plus de liberté, mais aussi beaucoup plus de responsabilités. Il faut penser à tout en permanence.

Ce n’est pas toujours simple, mais voir un projet évoluer et des clients heureux dans leur espace apporte une satisfaction complètement différente.

🛋️ Vous dites être “à votre place”. Ça se traduit comment ?

Par une énergie que je n’avais pas avant.

Quand je travaille sur un projet, je peux passer des heures sur un détail : une circulation, une couleur, un meuble, une contrainte à résoudre… Et même si c’est fatigant, ça me nourrit énormément.

Être à ma place ne veut pas dire que tout est facile. Ça veut simplement dire que ce que je fais a du sens pour moi.

🛋️ Est-ce qu’il y a encore des moments où vous doutez ?

Oui, évidemment.

Je pense que tous les indépendants doutent à un moment. On se demande si on avance assez vite, si on fait les bons choix, si on est suffisamment visible ou légitime.

Mais j’essaie de ne pas laisser le doute prendre toute la place. Je l’écoute quand il peut m’aider à ajuster quelque chose, mais pas au point de lui laisser le volant 😉

🛋️ La plus grosse galère de votre parcours ?

Le plus difficile a été d’accepter que le chemin ne soit pas linéaire.

Quand on tente quelque chose et que ça ne fonctionne pas comme prévu, il faut digérer, expliquer, se relever… parfois recommencer autrement.

Ce qui m’a le plus fait vaciller, ce n’était pas seulement la situation. C’étaient toutes les questions qui venaient avec : est-ce que je suis capable ? Est-ce que je continue ?

Mais finalement, ces moments m’ont aussi rendue plus solide.

🛋️ Et à l’inverse, le moment où vous vous êtes dit : “j’ai bien fait de ne pas lâcher” ?

Ce sont souvent de petits moments.

Quand un client me dit qu’il se sent compris. Quand un projet prend forme. Quand quelqu’un me dit : “c’est exactement ce que j’avais en tête, mais je n’arrivais pas à l’exprimer.”

Ce sont ces moments-là qui me touchent le plus.

Ils me rappellent pourquoi j’ai choisi cette voie.

🛋️ Si vous pouviez revenir en arrière, vous changeriez quelque chose ?

Peut-être que j’oserais plus tôt.

Mais en même temps, je pense que j’avais besoin de chaque étape, même des détours et des moments plus compliqués.

Ils m’ont apporté de la maturité, de la structure et une vision plus claire de ce que je veux construire aujourd’hui.

Donc finalement, je ne changerais peut-être pas grand-chose. J’essaierais juste d’être un peu moins dure avec moi-même.

🛋️ Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous drive vraiment ?

Créer des espaces qui font du bien.

Un espace peut vraiment changer la manière dont on vit, dont on travaille ou dont on se repose.

J’aime créer des lieux beaux, fluides et adaptés aux personnes qui les vivent. Et parfois, il suffit de très peu pour transformer complètement un espace.

🛋️ Si quelqu’un hésite à suivre sa passion, vous lui diriez quoi ?

De ne pas romantiser la passion.

Suivre sa passion, ce n’est pas forcément tout quitter du jour au lendemain. Ce n’est pas toujours simple ni évident. Il faut travailler, apprendre, tester.

Mais je lui dirais aussi de ne pas ignorer ce qui revient toujours.

Quand une envie reste présente pendant des années, ce n’est probablement pas un hasard. Il faut l’écouter, même doucement. Faire un premier pas, puis un deuxième.

On n’a pas besoin d’avoir tout le plan pour commencer.

🛋️ Un fun fact sur vous que personne n’imaginerait ?

Quand j’entre quelque part, je réaménage automatiquement l’espace dans ma tête.

Je regarde la lumière, les meubles, la circulation… et je me demande ce que je changerais.

C’est presque instinctif 😄


Sandrina OLIVEIRA est la fondatrice de Next.Space, au Luxembourg.

Après plusieurs années passées dans le secteur bancaire, dans des fonctions stratégiques et organisationnelles, elle choisit de suivre une voie plus créative, tout en gardant ce qui a toujours fait sa force : la rigueur, le sens du détail et l’organisation.

Aujourd’hui, elle accompagne particuliers et entreprises dans leurs projets d’aménagement intérieur, avec une approche à la fois humaine, fonctionnelle et réfléchie. Son objectif : créer des espaces cohérents, agréables à vivre et adaptés au quotidien, sans forcément faire exploser les budgets.