

On ne l’attendait pas là. Et pourtant. Dans cette chronique, Didier Lemeire revient sur un parcours fait de détours, de peurs assumées et de choix parfois inconfortables, qui l’ont peu à peu mené là où il est aujourd’hui. Une réflexion sincère sur la confiance en soi, l’audace et le courage d’oser sortir de sa zone de confort.
Avant qu’on parle de confiance et d’audace, peux-tu nous résumer ton parcours en quelques mots ?
Je suis arrivé au Luxembourg à l’âge de 4 ans, en provenance de l’Allemagne, où mon père avait trouvé un travail après plusieurs années de vie au Brésil, mon pays natal. J’ai donc intégré un nouveau pays, le troisième depuis ma naissance. Bref, pour ne pas faire trop long, je remonte à mon enfance pour mettre en avant mon intérêt pour les rencontres, et surtout ma curiosité de découvrir la diversité des pensées et des comportements des gens de manière générale. Ce goût de la découverte a certainement influencé mon parcours professionnel dans les ressources humaines et le coaching. En effet, je travaille depuis 25 ans dans le domaine de l’humain, tant en tant que gestionnaire ou manager RH qu’en tant que coach, facilitateur du changement et consultant en ressources humaines. Après 25 ans en entreprise, j’ai sauté le pas vers l’aventure de l’entrepreneuriat en lançant ma société de coaching et de conseil RH.
Tu t’es souvent retrouvé là où on ne t’attendait pas : introverti, videur, chanteur de heavy metal, aujourd’hui entrepreneur… C’est quoi le fil rouge entre toutes ces expériences ?
Oui, c’est vrai ! C’est justement le fait que je sois introverti qui fait qu’on ne m’attendait pas dans ces domaines, où parfois je ne m’attendais pas vraiment non plus, d’ailleurs ! Le fil rouge est que ce sont ces expériences qui m’ont permis de découvrir de nouvelles choses et d’explorer des terres inconnues plutôt intéressantes, voire gratifiantes. De l’autre côté, les expériences moins positives m’ont permis de développer ma résilience, car chaque expérience douloureuse a généré une nouvelle opportunité d’aller de l’avant.
Quand tu repenses à ces moments où tu as dû “prendre le taureau par les cornes”, qu’est-ce qui t’a le plus aidé à y croire ?
J’ai commencé à prendre le taureau par les cornes pendant mon adolescence. À ce moment-là, je n’étais pas seulement introverti, mais véritablement timide. Lorsque mes parents ont divorcé et que je me suis rendu compte que je n’allais pas toujours pouvoir me cacher derrière mon grand frère pour aller commander une boisson (et oui, le fait de demander une limonade à un serveur était compliqué), je me suis dit que je devais changer si je voulais arriver à quelque chose. J’ai donc commencé par me porter volontaire à l’école pour aller au tableau dès que possible, pour progressivement me mettre sur le devant de la scène. Des petits gestes qui semblent anodins représentaient de véritables épreuves pour moi.
Ce qui m’a aidé à y croire ? Tous les petits succès qui s’accumulaient et la fierté d’aboutir à des objectifs qui semblaient impossibles avant d’essayer. Et puis, les épreuves sont devenues plus importantes et les accomplissements plus gratifiants. En disant cela, je ne parle pas nécessairement d’un concert en tant que chanteur de heavy metal, en première partie de Motörhead à l’Atelier (… une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître).
C’était certainement une merveilleuse aventure, mais je parle surtout d’entretiens et de rencontres dans le milieu professionnel. Des discussions m’empêchant de dormir la veille compte tenu de l’enjeu, mais aussi, et surtout, de la projection de me mettre en avant face à une personne inconnue. Ce sont ces « petites » victoires qui m’ont permis de me dire que si on veut quelque chose, c’est à soi de créer le contexte pour y arriver.
Tu te décris comme un grand introverti. Comment on fait, selon toi, pour s’affirmer quand on n’a pas naturellement la fibre du “leadership” ou de la mise en avant ?
Je ne suis pas certain que le fait de ne pas se mettre systématiquement en avant exclue la fibre du leadership. En effet, je pense qu’un leader n’est pas nécessairement le chef de file qui s’impose ou s’affirme plus que les autres. On reconnaît un leader au fait qu’il (ou elle !) est suivi(e). En toute humilité, quand je fais des propositions de solutions ou de changements et que je regarde autour de moi, je suis souvent assez bien entouré et soutenu.
Le regard des autres, tu l’as géré comment à chaque étape ?
La perception du regard des autres est un point clé ! En effet, plus jeune, j’y ai toujours accordé une grande importance et y ai associé plein de « délits d’intention ». Mon évolution m’a permis de relativiser cette perception de jugement et d’en faire abstraction. Est-ce que j’y arrive toujours ? Non, loin de là ! J’ai encore un talent inné pour me faire des films sur ce que les autres pourraient penser de moi. En revanche, j’ai appris à moins nourrir ces doutes et, comme mentionné avant, à prendre le taureau par les cornes… et je dois beaucoup à mon épouse et à mes filles, qui me rappellent souvent de croire en mes qualités, parfois sans même s’en rendre compte, par de simples compliments ou commentaires sympas.
Est-ce que tu dirais qu’il y a eu un moment charnière où tu t’es dit : “ok, maintenant, j’y vais, je crois en moi” ?
Il y a plusieurs étapes dans mon évolution et dans la création de mon authenticité, qui n’est pas une fin en soi et continue de se développer. Au risque de surprendre, je vais mentionner un moment charnière relativement tardif : ma formation de coaching en 2012 à Nancy, avec un groupe génial (petite dédicace à la « septième compagnie »). En effet, en apprenant les fondamentaux du coaching, j’ai beaucoup appris sur moi et le dépassement de soi. À ma surprise, j’ai été nommé major de promotion par le jury et les instructeurs, mais aussi à l’unanimité par les autres participants. Cela a ancré ce sentiment que je suis en grande partie responsable de ce qui m’arrive. Il est certain que les choses ne tombent pas du ciel, ou comme le dirait Laurent, le responsable de la formation : « Il n’y a pas de hasards ». Si on souhaite atteindre des objectifs, on doit assumer la responsabilité de s’investir pour les obtenir.
Ton parcours montre qu’on peut être à la fois introverti et fonceur, réfléchi et audacieux. Tu as toujours su que ces “contradictions” pouvaient être des forces ?
C’est vrai que ces attributs peuvent sembler en contradiction et donner une impression de complexité. Je me suis souvent dit que plus c’est compliqué et ambigu, plus j’aurais tendance à vouloir affronter la situation. Sans affirmer que ce soit facile ou un plaisir, je pense que c’est dans ces situations qu’on évolue. En tout cas, c’est valable pour moi. Finalement, ces contradictions permettent de changer de regard ou de perception. Ce qui semble insurmontable avec certaines « lunettes » paraît peut-être un défi stimulant avec d’autres et permet de découvrir de nouvelles opportunités.
Aujourd’hui, dans ton travail de coach, tu aides les autres à lever leurs barrières. C’est un écho à ton propre parcours ?
Probablement ! Même si, en coaching, on apprend à se concentrer sur les objectifs et les besoins de ses clients, je trouve du plaisir à poser les questions qui leur permettent de faire avancer leurs projets. Je les accompagne dans la concrétisation de leurs envies, parfois de leurs rêves, et c’est valorisant quand ils se rendent compte que les regrets éventuels de l’inaction sont plus douloureux que les barrières à lever.
Qu’est-ce que tu dirais à quelqu’un qui doute, qui ne se sent pas “taillé” pour oser ou se lancer ?
Suis-je vraiment légitime pour lui dire quoi que ce soit ? Ce que je peux dire, c’est que j’ai souvent eu des regrets de ne pas avoir essayé et d’avoir vu d’autres réussir relativement facilement. Le seul moyen de progresser est de prendre des risques, qui, bien souvent, sont moins importants qu’on ne le pense.
Et toi, aujourd’hui, comment tu entretiens cette confiance au quotidien ? Il y a des habitudes, des réflexes, des petits rituels ?
Je suis et je resterai un introverti. Je sais cependant que je ne veux pas avoir de regrets. Quand des doutes s’installent, quand je sens qu’il y a une barrière vers mes objectifs, je réfléchis à savoir si elle est réelle ou si c’est (encore !) ce gamin timide en moi qui m’empêche d’avancer. Si c’est le cas, je réveille l’autre gamin, le fonceur, l’aventurier, et je tente de le nourrir plus que le premier.
Enfin, si tu devais résumer en une phrase ce que t’a appris ton parcours sur le fait de croire en soi, ce serait quoi ?
Je dois avouer que je ne pensais pas me mettre aussi à nu dans cette interview, mais j’assume ! En une phrase, je pense à une chanson d’Iron Maiden : Wasted Years. Elle met en avant l’importance de se concentrer sur le présent et l’avenir, et d’oublier les regrets d’un passé qu’on ne peut pas changer de toute façon.

Didier LEMEIRE est un jeune entrepreneur, marié et père de deux filles. Après 25 ans en entreprises, il a créé « Vision & Impact – Your Partner for Human Change », sa société de coaching et de conseil RH. Il s'engage à aider les individus, équipes et organisations à atteindre leurs objectifs avec une approche stimulante, respectueuse et authentique. Il est né au Brésil, de parents belges, a grandi au Luxembourg, étudié en Allemagne et s’est marié en France. Ce parcours de vie lui permet de maitriser parfaitement 4 langues et de s’adapter à des contextes multiculturels avec aisance et plaisir.
NEWSLETTER
Je m’abonne pour recevoir les prochains numéros de WeAre directement dans ma boite mail 💌
Créé avec ©systeme.io