Big Talent | François Minne, du Big4 à l’entrepreneuriat, un parcours guidé par la quête de liberté et de sens

De PWC à l’entrepreneuriat, François a osé sauter le pas pour redonner du sens à sa vie professionnelle. Entre quête de liberté, gestion d’une PME familiale et défis comme la crise du COVID, il partage sans détour ses réussites, ses échecs, et ses réflexions sur l’équilibre entre travail et bien-être. Aujourd’hui en pleine phase de questionnement, il nous parle de ses leçons apprises, de son envie d’impact dans la finance durable, et de sa vision de la réussite. Une interview inspirante pour tous ceux qui rêvent de changement !

🎙 Tu as passé près de 10 ans chez PwC avant de tout lâcher pour te lancer dans l’entrepreneuriat. Qu’est-ce qui t’a donné le déclic pour sauter le pas et te dire : « Allez, j’y vais ! » ?

Le déclic n’est pas venu en un instant, mais s’est plutôt construit au fur et à mesure d’une situation professionnelle et personnelle qui évoluait en parallèle. D’une part, ma contribution au projet Big4 touchait à sa fin (ndlr. rester 8 ans dans ce genre de boîte sans avoir d’aspiration « politique » de monter au partnership peut paraître être le « Graal » pour certains, mais ce n’était pas mon cas. Je préférais travailler au service de mes clients plutôt que de jouer des coudes en interne.) J’en avais clairement assez de ce petit jeu politique et reconnaissais simplement que ce n’était pas pour moi.. Je voulais également aller plus loin que de proposer mes conseils aux clients sans qu’ils n’appliquent parfois ce sur quoi nous avions travaillé ensemble.

J’avais envie de plus de concret, d’être aux manettes pour pouvoir implémenter une stratégie d’entreprise définie et, si possible, en récolter les fruits.

D’un point de vue personnel, mon premier enfant arrivait également au printemps 2017, et je ne voulais plus être dépendant d’une hiérarchie qui allait me dicter comment et quand travailler.

Pour moi la vraie richesse, c’est la liberté d’organiser son temps comme on le souhaite. Je me reconnaissais davantage dans un projet où je pouvais travailler à ma manière, tout en décidant de mes priorités personnelles et professionnelles. C’est pour cela que j’ai décidé de quitter le conseil pour devenir entrepreneur.

🎙 Et c’était quoi ce projet entrepreneurial ?

À l’origine, je cherchais à acheter une société déjà établie, à contre-courant de la tendance du moment de « créer sa startup ». Je recherchais un business répondant à deux critères :

Procurer des biens ou des services « primaires », en lien avec les besoins identifiés par la pyramide de Maslow (besoins physiologiques : faim, soif, survie, sexualité, repos, habitat, etc.).

Ne pas être confronté à des marges extrêmement faibles, pas un « penny business ». Sélectionner un marché de niche, en somme.

Après plusieurs recherches avec des apporteurs d’affaires, je me suis concentré d’abord sur l’industrie de la literie, puis sur celle de la maintenance des moquettes de bureau. Cette dernière a attiré mon attention ; j’ai donc entrepris l’achat de la moitié des parts de cette entreprise, l’autre partie étant contrôlée par mon frère. Nous avons clairement réparti les tâches et les responsabilités pour faire fructifier notre collaboration basée sur notre complémentarité.

🎙 Travailler en famille avec ton frère, ça a dû être une expérience unique. Quels moments forts te reviennent en tête quand tu repenses à cette période ?

Les débuts n’ont pas été faciles pour nous deux. Le choc des cultures d’entreprise entre une petite PME et le monde du Big4 est conséquent.

Je retiendrais certainement un moment clé, un déclic, après une période d’adaptation nécessaire. Quand tu sens que ta machine « entreprise » est bien huilée et que le business fonctionne « comme sur des roulettes », on savoure le succès de l’effort collectif. Il y a eu de belles victoires, mais aussi des gros stress. Évidemment, comment ne pas citer la période COVID : perte soudaine du chiffre d’affaires, incertitudes sur l’emploi, inflation des salaires, etc.

La période post-COVID a marqué la généralisation du télétravail, un « new way of working » auquel nous avons dû nous adapter stratégiquement. C’est à ce moment-là que nous avons lancé notre projet d’économie circulaire basé sur le réemploi et le recyclage des dalles de moquettes. Transformer des défis en opportunités reste l’un des meilleurs sentiments pour un entrepreneur.

🎙 Avec le recul, l’entrepreneuriat en famille, c’était une bonne idée… ou un peu casse-gueule ?

Travailler avec un membre de ta famille, c’est aussi intégrer des dynamiques personnelles dans le quotidien de l’entreprise.

🎙 Comment as-tu trouvé l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle dans cette aventure en famille ?

Cela a ses pour et ses contre. Du côté positif, on se connaît en famille et on sait se dire les choses plus facilement. Les communications sont plus fréquentes et directes. Du côté négatif, la frontière entre nos interactions privées et professionnelles devient ténue.

🎙 Est-ce que cette transition vers l’entrepreneuriat t’a transformé ? Qu’est-ce que tu as découvert sur toi-même dans l’aventure ?

Tout d’abord, j’ai appris à gérer de grandes responsabilités :

  • Responsabilité envers soi-même. Le risque financier impose une autodiscipline et une implication constante.

  • Responsabilité envers sa famille. Essayer de maintenir un bon équilibre vie privée/vie professionnelle reste un défi, car la flexibilité d’un « patron » est souvent mise à l’épreuve.

  • Responsabilité envers ses salariés. Environ 70 familles vivent grâce au bon fonctionnement de notre PME.

Je connaissais déjà ma force de travail grâce à mon expérience dans le Big4. Mais pouvoir l’appliquer à ma propre réussite a été un sentiment nouveau et puissant.

🎙 En quoi le François consultant est-il différent du François entrepreneur ? Ou est-ce le même, finalement ?

Quand on devient entrepreneur, on fait plus que « comprendre » l’entreprise. On la vit, on la représente, on inspire ses membres, on la respire. J’ai presque envie de dire que l’un est à l’opposé de l’autre.

🎙 Quelles valeurs t’ont guidé dans les moments les plus difficiles, que ce soit en consultance ou dans ta vie d’entrepreneur ?

L’honnêteté, encore et toujours. Il ne faut pas se voiler la face. Ayant la casquette de CFO du groupe en plus de mon rôle d’administrateur délégué, je suis bien placé pour montrer la réalité en face, chiffres à l’appui, et adapter une stratégie commerciale, opérationnelle ou interne en fonction de cette réalité.

🎙 Tu as traversé des périodes de burnout, un passage presque obligé pour beaucoup d’entrepreneurs malheureusement… Quelles leçons en as-tu tirées, et comment ça a changé ta vision du travail ?

Ce sont effectivement des moments douloureux mais sources d’apprentissage. On a bien trop souvent du mal à auto-évaluer correctement son propre impact dans une organisation d’entreprise. Travailler autant d’heures par semaine est-il raisonnable, rentable, efficace ? Dans quel but ?

À la sortie de la période COVID, j’étais sur les genoux, rongé par le stress et l’incertitude du monde de demain, sur lequel je sentais n’avoir aucun levier d’action. Or, notre PME a très bien géré ses défis, en équipe. Il vaut mieux une équipe en pleine forme avec des leaders épanouis et confiants sur l’avenir, plutôt que des leaders cramés par la charge de travail et la charge mentale.

Pour contrer cette surcharge, nous avons par exemple investi dans du middle management, réorganisé notre mode de travail et, personnellement, rééquilibré mon mode de vie. Moins d’heures de travail, redéfinir les priorités, savoir dire non, renoncer à certains projets, privilégier le bien-être personnel.

🎙 Aujourd’hui, après des années d’intensité professionnelle, qu’est-ce que la réussite représente pour toi ?

Je reste quelqu’un de très « technique » quand il s’agit de chiffres. Réaliser son travail en 10 fois moins de temps qu’il y a 15 ans, c’est le fruit d’un long apprentissage. Ensuite, l’expérience apporte également sa valeur ajoutée, comme par exemple voir beaucoup plus rapidement la « big picture » dans les défis stratégiques.

In fine, pouvoir choisir ses projets et décider d’y mettre l’intensité de travail voulue, c’est une véritable richesse et un symbole de réussite pour moi.

🎙 Dans un monde obsédé par la productivité, comment fais-tu pour donner la priorité à ton bien-être et ta santé mentale ?

J’ai réalisé que le bien-être physique et mental n’est pas un luxe qui passe après le travail, mais au contraire un fondement nécessaire pour travailler de manière enthousiaste et épanouie. Être en forme, motivé, inspirant pour les autres, cela passe d’abord par être bien avec soi-même.

🎙 Tu as beaucoup évoqué la santé mentale pendant notre échange d’ailleurs. Est-ce que tu penses que tu aurais pu y être plus attentif pendant ton parcours entrepreneurial ? Comment ?

J’aurais dû y être plus attentif. J’ai beaucoup trop alterné les cycles vertueux et vicieux. Ce dernier l’emportait à de trop nombreuses occasions : trop de travail, mauvaise hygiène de vie. Le lendemain, on se lève, on n’est pas en forme, et on repart pour 10 heures de travail, puis on recommence le même cycle.

J’ai personnellement trouvé ma voie avec des quick wins :

  • Morning run avec mon chien en forêt

  • Méditation

  • Sport

  • Wellness

🎙 En ce moment, tu es en pleine phase de questionnement et de recherche de sens. Quelles grandes questions te font réfléchir ?

Je m’intéresse beaucoup à la psychologie et à la philosophie. Des sciences pas si éloignées du monde de l’économie en réalité.

Ayant fait un break professionnel, je m’interroge sur le monde de « demain », notamment touché par les effets de l’IA. Qu’est-ce qui sera encore réel ? Quelles sont les valeurs à transmettre à mes enfants ? Le monde change, encore et toujours. Professionnellement, que puis-je encore apporter comme impact, sachant que la machine fait et calcule mieux que moi ?

Il y a d’autres impacts à aller chercher dans des défis majeurs qui m’interpellent : l’environnement, l’économie circulaire, ou dans certains domaines bénévoles et caritatifs.

🎙 Avec du recul, tu lui dirais quoi au François qui se lançait il y a dix ans ?

Tu as bien fait de te lancer et de prendre des risques, d’écouter tes instincts. Tu aurais pu te lancer plus tôt, aussi.

🎙 D’ailleurs, est-ce qu’il y a un conseil que tu aurais aimé recevoir quand tu t’es lancé et qui aurait probablement permis d’éviter quelques passages compliqués ?

N’oublie jamais la big picture, évite le micro-management, ne perds pas ton énergie dans des conflits (avec des personnes) toxiques. Ce genre de leçons qu’on retient après quelques erreurs.

🎙 Avec ton parcours atypique, y a-t-il un regret ou quelque chose que tu ferais différemment si tu pouvais recommencer à zéro ?

Pas vraiment.

🎙 Aujourd’hui, tu n’exclus pas de te tourner vers la finance durable. Qu’est-ce qui t’attire dans ce domaine, et quel impact aimerais-tu y laisser ?

C’est en effet une de mes réponses à ma quête de sens. Et cela allie deux passions : la finance et la nature. Il y a beaucoup de personnes qui prêchent avec leur bâton de pèlerin, et les défis ne manquent pas. Je souhaite apporter mes compétences et contribuer à un nouveau projet qui aurait un véritable impact sur la société.

🎙 Après cette aventure entrepreneuriale, qu’est-ce que tu espères pour la suite ? Tu serais prêt, maintenant que tu es tombé dans la marmite entrepreneuriale, à monter un autre projet ?

Je ne l’exclus pas. J’estime que beaucoup du succès de ma première expérience entrepreneuriale réside dans une bonne réflexion en amont. C’est pour cela que je désire prendre tout le temps nécessaire pour entreprendre le prochain projet.

🎙 Et dans trois ans, François, il sera où, il fera quoi ?

Aucune idée à ce stade. 🤷🏻‍♂️

🎙 Ce qui te rend le plus fier avec ta carrière ?

Être le père que je suis pour mes enfants.


François MINNE, 37 ans, Belge et diplômé de la Solvay Business School (2009), a troqué une carrière prometteuse chez PwC pour se consacrer à l’entrepreneuriat. Père de deux enfants, il a transformé une PME familiale en un acteur innovant de l’économie circulaire, prouvant qu’impact et performance peuvent aller de pair. Aujourd’hui, François poursuit sa quête de sens en explorant la finance durable et les projets à fort impact sociétal.