

La finance durable : vraie solution ou simple coup marketing ? Chloé Giampellegrini partage son parcours, ses convictions et dévoile les coulisses d’un secteur en pleine mutation. Spoiler : le changement est possible, mais il reste un long chemin à parcourir.
Quand je dis que je travaille « en finance durable », je m’attends systématiquement à l’une de ces trois réactions :
« On a besoin de plus de gens qui œuvrent pour l’environnement ! »
« Et concrètement, tu fais quoi ? »
« Ah bon ? La finance durable, c’est vraiment possible ? Au final, ça reste une histoire d’argent, non ? »
C’est cette troisième réaction qui invite à la réflexion.
🌱 Un parcours motivé par des convictions
Née et élevée au Luxembourg, j’ai choisi de poursuivre un bachelor en gestion d’entreprise à Londres. J’adorais la ville, mais quelque chose me manquait dans mon éducation. Pourquoi nous présentait-on les modèles économiques de Walmart et Zara comme des études de cas exemplaires, alors qu’ils étaient aussi synonymes de grèves récurrentes et de catastrophes humaines, comme l’effondrement du Rana Plaza ? Pourquoi étudier la « brillante » gestion de marque de Coca-Cola sans évoquer son statut de plus grand pollueur plastique mondial ?
Alors que le changement climatique s’intensifiait et que les abus des droits humains étaient bien documentés, on nous enseignait encore des modèles économiques obsolètes, avec un seul objectif sacro-saint : maximiser la rentabilité, coûte que coûte. Une croissance infinie, sans jamais en questionner les limites.
🌱 Une prise de conscience aux quatre coins du monde
Cette prise de conscience m’a poussée à prendre une année sabbatique au Vietnam, où j’ai eu l’opportunité de travailler dans une entreprise sociale. Leur modèle générait des profits, mais une partie était réinvestie dans une mission sociale. Ah, donc voilà : les entreprises ne sont pas vouées à rechercher uniquement le profit. Elles peuvent avoir une raison d’être plus profonde, intégrant les enjeux sociaux et environnementaux.
Mon voyage s’est poursuivi en Australie et en Nouvelle-Zélande, jusqu’à ce que la pandémie de Covid m’oblige à rentrer en Europe. Forte de mon expérience en entreprise sociale, j’ai décidé d’approfondir mes connaissances avec un master en gestion internationale de la durabilité, avant de rejoindre un cabinet de conseil en finance durable à Paris.
J’ai choisi cette voie par conviction. Puisque l’argent est au cœur de notre économie, influencer sa destination représente un levier puissant de transformation. En théorie, cela semble évident – mais la réalité est bien plus nuancée.
🌱 Et si la finance était un levier de transformation ?
La finance durable désigne l’ensemble des pratiques financières visant à favoriser un développement équitable pour toute forme de vie (humains, animaux, nature et écosystèmes) à long terme. Elle soulève des questions fondamentales à chaque étape du cycle d’investissement :
Dans quoi investissons-nous ?
Comment ces projets ou entreprises s’alignent-ils sur un futur plus juste ?
Comment investir de manière responsable et éthique, au-delà des critères purement financiers ?
Une fois l’investissement réalisé, comment accompagner les entreprises pour garantir et soutenir leur performance environnementale et sociale ?
Le but ultime est de remettre la finance à sa juste place : au service d’entreprises et de projets contribuant à une économie réelle, vivante et durable.
En tant que consultante, j’ai la chance de collaborer avec de nombreux clients cherchant à améliorer la durabilité de leurs portefeuilles. Ces dernières années, un levier essentiel a été l’évolution des réglementations et des standards internationaux, qui tentent d’harmoniser les pratiques pour accélérer la transition. C’est donc un travail dynamique, en constante évolution, qui tente de répondre aux grands défis actuels.
🌱 Or…
Bien que le changement soit en marche, mon ressenti, après deux ans passés sur une multitude de projets, est qu’il reste lent. De manière générale, le système financier perçoit le climat, la biodiversité et les inégalités sociales comme des risques financiers. L’objectif reste centré sur la gestion et la réduction de ces risques pour préserver la stabilité économique, plutôt que d’agir en amont sur leurs causes profondes.
Par conséquent, la majorité des entreprises financières adoptent une approche basée sur la conformité réglementaire et la gestion des risques, sans toujours faire le lien avec le vivant. ESG, finance durable, résilience climatique… autant de termes parfois détournés pour servir des stratégies marketing et des demi-mesures présentées comme des avancées majeures.
Cependant, certains acteurs pionniers émergent, adoptant une vision qui dépasse la seule dimension financière. Ils comprennent que notre bien-être, bien au-delà de l’économie, est en péril. Parmi eux, les entrepreneurs à impact et certains fonds d’investissement se démarquent, investissant dans des entreprises dont les modèles économiques apportent des solutions concrètes aux défis actuels.
Prenons l’exemple de l’industrie de la mode. Comment passer d’un modèle de production de masse à bas coût à une approche privilégiant la qualité, les matières naturelles et la valorisation de l’artisanat ? Et si cette transformation n’est pas possible dans le cadre actuel, existe-t-il déjà des modèles alternatifs et des innovations intégrant ces principes ?
Ainsi, la finance n’a pas pour vocation de changer le monde à elle seule, mais elle peut être un levier puissant pour soutenir des transformations profondes.
🌱 La finance doit changer de cap… mais comment ?
Pour soutenir cette transformation, la finance dispose principalement de deux leviers d'action :
👉🏻 Accompagner la transition des modèles économiques des entreprises qui, à ce jour, ne sont pas encore adaptées aux impératifs de durabilité.
👉🏻 Investir directement dans des entreprises ayant déjà intégré des modèles économiques durables, équitables et respectueux du vivant.
Aujourd’hui, la plupart des acteurs financiers ont pris conscience de ces défis et ont mis en place des équipes et des politiques pour y répondre. Cependant, ce qu’il reste à observer dans les années à venir, c’est si les mentalités dominantes ainsi que les mécanismes de transparence et de responsabilité évolueront suffisamment pour répondre à l’urgence de l’action. Et surtout, la finance ne peut pas agir seule : les gouvernements, les consommateurs, les écoles et les universités – tout le monde partage la même responsabilité.
🌱 Plus qu’un choix de carrière
Me voilà donc, convaincue qu’une transition est nécessaire. Je n’ai pas choisi une carrière dans la durabilité pour « changer le monde », mais parce que je voulais faire partie d’un mouvement qui anticipe le changement et s’y prépare.
Cependant, même lent, ce changement est bien réel. J’ai la chance de travailler avec des personnes brillantes et motivées qui partagent ces convictions. En fin de compte, c’est nous tous, par nos engagements et nos visions, qui favorisons le changement – en finance comme ailleurs.

Née au Luxembourg avec des racines italiennes et françaises, Chloé Giampellegrinis’est donné pour mission de bâtir une carrière en phase avec ses valeurs. Après des études axées sur la durabilité entre Londres, Berlin et Paris, elle a posé ses valises dans la capitale française, où elle mène aujourd’hui son activité professionnelle.
NEWSLETTER
Je m’abonne pour recevoir les prochains numéros de WeAre directement dans ma boite mail 💌
Créé avec ©systeme.io