Sur le Pouce | Subir ou décider : à un moment, il faut choisir

Reprendre des études à 27 ans, élever trois enfants, reconstruire sa vie et, en parallèle, lancer sa propre marque : le parcours de Selma Louhibi n’a rien d’ordinaire. Derrière son Master en Sales Management fraîchement décroché à HEC Liège se cache une histoire de résilience, mais surtout celle d’une femme qui a décidé de reprendre le contrôle de son avenir, et de transformer cette reconstruction en véritable projet entrepreneurial.

Je m’appelle Selma Louhibi, j’ai 32 ans et je termine aujourd’hui un Master en Sales Management à HEC Liège en alternance, tout en lançant enfin ma marque de dattes enrobées au chocolat : La Marquise d’Orient.

Un parcours qui pourrait sembler relativement classique si l’on ne connaissait pas mon histoire. Car derrière ce diplôme se cache avant tout une décision : celle de ne plus subir ma vie et de recommencer à la choisir.

Pendant longtemps, j’ai pourtant eu l’impression d’avancer dans une direction qui ne me ressemblait plus. Maman de trois enfants, j’assumais seule une grande partie des responsabilités du foyer et, avec le temps, je me suis retrouvée dans une situation de dépendance financière et matérielle qui m’avait progressivement éloignée de mon autonomie.

À cette époque, mon état d’esprit était marqué par beaucoup de brouillard et d’incompréhension. Je me demandais souvent comment j’en étais arrivée là alors que j’avais toujours rêvé grand. Il y avait aussi cette peur de l’inconnu, parfois de la culpabilité, et cette impression d’avoir peu à peu perdu la capacité de décider pleinement pour moi-même.

Puis un jour, il y a eu un déclic.

En décembre 2018, un événement particulier m’a fait comprendre une chose essentielle : peu importe les efforts que je continuerais à fournir, rien ne changerait si je ne décidais pas moi-même de faire quelque chose.

Je me souviens m’être dit à l’époque : « Je préfère tout tenter plutôt que continuer à vivre une vie que je subis. »

C’est probablement à ce moment-là que j’ai commencé à reprendre le contrôle de mon destin.

Ma première décision a été de m’inscrire à HEC en septembre 2019. Cela faisait des années que je n’avais plus mis les pieds dans une école, mon niveau en mathématiques était loin des attentes et ma situation personnelle n’était pas encore stabilisée.

J’ai tenu trois semaines.

À ce moment-là, j’ai compris que je n’étais pas prête. Mais pour la première fois, j’ai choisi de ne pas considérer cela comme un échec définitif.

J’ai d’abord travaillé à stabiliser ma situation, trouvé un appartement et reconstruit un environnement plus sain. Ensuite, en janvier 2020, je me suis inscrite dans un incubateur entrepreneurial afin de développer une idée qui me tenait profondément à cœur : La Marquise d’Orient, un projet de confiseries orientales à base de dattes enrobées de chocolat belge.

Cette expérience a été déterminante. J’y ai rencontré des personnes inspirantes, développé ma créativité et découvert concrètement le monde de l’entrepreneuriat. Mais surtout, j’ai rapidement pris conscience de l’ampleur du projet que je voulais construire.

Je me suis vite rendu compte que je ne possédais pas encore les connaissances nécessaires. Je ne comprenais même pas une partie du jargon entrepreneurial utilisé autour de moi. C’est à ce moment-là que j’ai pris une nouvelle décision : reprendre des études.

En 2020, à 27 ans, je me suis inscrite dans un bachelier en marketing avec un objectif très clair : acquérir les compétences nécessaires pour développer mon projet entrepreneurial, tout en construisant une sécurité pour l’avenir si celui-ci n’aboutissait pas.

Trois années plus tard, diplôme en poche, j’ai choisi de poursuivre avec un Master en alternance à HEC Liège.

Là encore, mon choix n’était pas anodin.

Le Master en alternance m’a permis de travailler trois jours par semaine dans une société de torréfaction de café tout en suivant mes cours à l’université. J’ai volontairement choisi cette entreprise de manière très stratégique : le café est un produit complémentaire à mon projet entrepreneurial et l’entreprise possède des canaux de distribution qui pourraient directement s’appliquer au développement de ma propre marque, notamment en grande distribution, horeca, hôtellerie ou à l’export.

J’ai donc abordé cette expérience comme une opportunité d’apprentissage concrète, directement utile à mes ambitions futures.

Mais reprendre des études à l’âge adulte avec trois enfants n’a évidemment rien d’un long fleuve tranquille.

Pendant plusieurs mois, je partais en cours le matin en pleurant dans ma voiture. Je me sentais illégitime dans une classe où la plupart des étudiants avaient presque huit ans de moins que moi. À cela s’ajoutait une peur permanente de l’échec. Mon jugement ayant été tellement remis en question pendant des années, je doutais parfois de ma capacité à prendre les bonnes décisions pour moi-même.

Puis j’ai appris à me faire confiance.

J’ai compris que je pouvais avancer sans avoir toutes les réponses, à condition de savoir pourquoi je faisais les choses. Et ce “pourquoi” était clair : offrir une vie stable à mes enfants, mais aussi leur montrer qu’il est possible de se battre pour ses rêves, même lorsque le contexte semble défavorable.

Avec le recul, je réalise que toutes les décisions prises ces dernières années ont suivi une logique commune : construire progressivement les compétences, l’expérience et la confiance nécessaires pour bâtir quelque chose qui m’appartienne réellement.

Aujourd’hui, il y a certaines choses que je refuse catégoriquement d’accepter. Je connais ma valeur, ce que j’ai à offrir, et je sais désormais beaucoup mieux où je veux aller.

Si je devais transmettre un message à quelqu’un qui a l’impression de subir sa vie, je lui dirais une chose simple : la volonté a souvent plus d’impact que les compétences.

Les compétences s’acquièrent. Elles s’apprennent. Ce qui fait réellement la différence, c’est de savoir pourquoi on avance et vers quoi on veut aller. Lorsque nos objectifs ont un sens profond, ils nous permettent souvent de tenir dans les moments où tout semble plus difficile.

Et pour terminer sur une note plus légère : mon entourage dit souvent que je suis incapable d’avoir une conversation normale. Mon cerveau finit toujours par chercher une opportunité commerciale, analyser un comportement ou faire un lien avec un projet, un livre ou une expérience professionnelle.

À force, ils en plaisantent souvent en disant : « Elle est encore en train de faire le parallèle. »

Cela me vaut parfois quelques analyses excessives, mais aussi une certaine facilité à repérer les opportunités et à comprendre les gens.

Avec le temps, j’ai appris à voir cela comme une force.

Parce qu’au fond, entreprendre, c’est souvent commencer par apprendre à observer le monde différemment.


Selma LOUHIBI est diplômée d'un Master en Sales Management de HEC Liège. Née en Algérie, elle a grandi en Espagne avant de s'installer en Belgique à l'âge de 13 ans, un parcours multiculturel qui a forgé sa capacité d'adaptation et son ouverture sur le monde.

Maman de trois enfants, elle reprend ses études à 27 ans avant de se lancer dans un projet entrepreneurial : La Marquise d'Orient, une marque de confiseries orientales haut de gamme à base de dattes enrobées de chocolat belge.

Persuadée que les épreuves peuvent devenir des opportunités, elle défend une vision de l'entrepreneuriat fondée sur la résilience, l'audace et la capacité à se réinventer.