La chronique de... | Yuriko Backes - Diversité et entreprise : un levier d’impact ?

Performance, innovation, transformation : la diversité peut tout changer.
La ministre Yuriko Backes en est convaincue — et appelle les dirigeant·e·s à en faire une priorité stratégique.

🎙️ Pensez-vous que la diversité peut être un levier de performance économique, d'innovation et de transformation dans les entreprises ?

La diversité, ainsi que son management, représentent bien plus qu’un simple enjeu éthique ou sociétal : ils constituent un véritable moteur de performance.

En réunissant des personnes issues de parcours, de cultures, de genres, d’âges ou d’horizons différents, on multiplie les points de vue, les approches créatives et les manières de résoudre les problèmes.

Je suis convaincue que la diversité agit comme un levier puissant sur les plans économique, d’innovation et de transformation. Une conviction étayée par des données concrètes.

  • Sur le plan économique, des études, telles que celle menée par McKinsey en 2020, démontrent que les entreprises affichant une forte diversité de genre ont 25% plus de chances de présenter une rentabilité supérieure à la moyenne. Cette performance s’explique notamment par une meilleure compréhension des marchés variés et des besoins diversifiés des client⋅e⋅s.

  • En matière d’innovation, la mixité des profils et la diversité des parcours favorisent la créativité et l’émergence d’idées nouvelles, un atout essentiel dans un contexte concurrentiel. Par exemple, les entreprises inclusives envers les personnes LGBTIQ+ sont 1,7 fois plus susceptibles d’être des leaders en innovation, selon une étude de Deloitte réalisée en 2017.

  • Enfin, en termes de transformation organisationnelle, la diversité en renforce l’agilité et l’attractivité des entreprises, grâce à des environnements inclusifs qui favorisent la fidélisation des talents.

🎙️Qu’attendez-vous aujourd’hui du monde de l’entreprise, des jeunes dirigeant·e·s ou des entrepreneurs sur ces sujets ?

J’attends des dirigeant·e·s de prendre pleinement leurs responsabilités. Cela signifie aller au-delà des discours pour poser des actes concrets : recruter différemment, former sans reproduire les biais, donner accès aux responsabilités à des profils jusque-là exclus, et bâtir une culture d’entreprise inclusive.

Une façon de montrer son engagement et avancer concrètement est de signer la Charte de la Diversité Lëtzebuerg ou de rejoindre notre programme Actions Positives, et ainsi faire partie du mouvement d’organisations publiques, privées et associatives qui s’engagent en faveur de la diversité.

Les dirigeant·e·s ont aujourd’hui l’opportunité — et même le devoir — de redéfinir les normes, de briser les plafonds de verre, et de faire de la diversité une priorité stratégique, et non un simple affichage.

🎙️Si vous deviez citer une personnalité — politique, artistique, entrepreneuriale ou autre — qui incarne selon vous la diversité dans ce qu’elle a de plus inspirant, qui choisiriez-vous ?

Question difficile ! Je ne choisirais pas une seule personnalité, mais plutôt un ensemble de traits observés chez des personnes exceptionnelles et inspirantes que j’ai eu la chance de côtoyer, et qui, chacun⋅e à leur manière, incarnent différents aspects de la diversité. 

Ces personnes ont en commun les qualités suivantes :

  • Résilience : la capacité à surmonter les obstacles malgré des contextes parfois difficiles, qu’il s’agisse de parcours professionnels ou personnels.

  • Ouverture d’esprit : la volonté d’écouter, d’apprendre et de comprendre des points de vue différents, essentielle pour valoriser la diversité.

  • Empathie : la faculté de se mettre à la place des autres, favorisant la collaboration et le respect des différences.

  • Créativité : l’aptitude à tirer parti des expériences diverses pour innover et proposer des solutions nouvelles.

  • Engagement : la détermination à promouvoir l’inclusion et l’égalité, en incarnant un modèle dans son environnement.

Ces qualités incarnent la richesse et l’inspiration que la diversité peut offrir.

🎙️Y a-t-il une rencontre ou une expérience personnelle qui vous a profondément marquée et qui continue à guider vos engagements aujourd’hui ?

Au fil de mon parcours, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes issues d’horizons sociaux, culturels et professionnels très variés.

Ces échanges m’ont appris l’importance de l’écoute active et du respect des différences. J’ai vu à quel point la diversité des expériences enrichit la réflexion collective et permet de trouver des solutions innovantes. Ces rencontres m’ont aussi sensibilisée aux défis que rencontrent certains groupes (femmes survivantes d’agressions, communautés LGBTIQ+, personnes en situation de handicap, etc.) et à l’importance de lutter contre les discriminations.

Cet ensemble d’expériences nourrit mon engagement quotidien, tant dans ma vie professionnelle que personnelle, à être une alliée pour une société plus équitable, plus ouverte et respectueuse.

🎙️Quel message aimeriez-vous adresser aux générations futures, à celles et ceux qui ne se sentent pas encore légitimes pour prendre leur place ?

J’aimerais leur dire de ne jamais douter de leur légitimité. Chaque pas accompli ouvre un chemin pour une autre personne. La diversité est une force : c’est en étant pleinement soi-même, avec nos différences, que nous apportons le plus de valeur.

J’aimerais aussi adresser un message aux allié·e·s actuels, futurs, ou à ceux qui hésitent encore à s’afficher ouvertement en tant que tels :

Être allié·e, c’est avant tout être présent·e, à l’écoute et prêt·e à agir. Des actions, même modestes, ont un impact réel pour soutenir et défendre les personnes qui rencontrent des obstacles.

Il est essentiel de prendre la parole, de questionner les biais et de créer des espaces sûrs pour tout·es.

Je tiens à remercier sincèrement chaque allié⋅e pour son soutien et son engagement.


Yuriko BACKES est née le 22 décembre 1970 à Kobe, au Japon.
Après un baccalauréat international obtenu à la Canadian Academy International School de Kobe en 1989, elle poursuit ses études à la London School of Economics and Political Science, où elle décroche un bachelor en relations internationales en 1992.
Elle enchaîne avec un master en études japonaises à la School of Oriental and African Studies (Londres), obtenu en 1993, puis un second master en études européennes, politiques et administratives, au Collège d’Europe de Bruges en 1994.