

On pense souvent qu’un PVT, c’est surtout des petits boulots et du voyage sac à dos. Pour Eloïse, ça a été bien plus que ça : une année en Nouvelle-Zélande pour gagner en confiance, tester un job qualifié à l’autre bout du monde et apprendre à vivre autrement. Une parenthèse ? Plutôt un accélérateur.
🛩️ Pourquoi es-tu partie en PVT ? Tu avais un objectif précis ?
Je voulais marquer une vraie pause entre la fin de mes études et le début de ma vie professionnelle. Pas juste partir pour m’évader, mais pour réfléchir à mon avenir. Signer un CDI pour "faire comme tout le monde" ne m’attirait pas, me stressait même quelque part.
J’avais aussi un besoin fort d’aventure, de sortir de ma routine, de découvrir un mode de vie à l’opposé du mien. C’est dans cet esprit que j’ai choisi de partir en PVT.
Je m’étais fixé trois objectifs :
Trouver un emploi dans mon domaine, idéalement dans la banque, pour garder une certaine cohérence avec mon projet pro.
Adopter un mode de vie plus simple, voyager, rencontrer des gens, découvrir la "van life".
Gagner en confiance en anglais. J’avais un niveau correct mais je ne m’en sentais pas légitime. Vivre dans un environnement anglophone m’a semblé être le meilleur moyen de m’améliorer concrètement.
🛩️ Tu visais un poste qualifié dès le départ. Comment tu t’y es prise ?
J’ai d’abord tenté de postuler depuis la France, mais je me suis vite heurtée à un mur : les candidatures depuis l’étranger n’étaient tout simplement pas prises en compte. J’étais bloquée, peu importe ma motivation. Ce n’est qu’une fois arrivée en Nouvelle-Zélande que j’ai réellement pu entamer mes démarches.
J’ai tenté le porte-à-porte avec une vingtaine de CV, mais la plupart du temps, on me renvoyait vers les plateformes en ligne. Alors, depuis mon auberge de jeunesse, je me suis mise à postuler massivement en ligne, à appeler les entreprises, à relancer.
C’était long, frustrant, parfois démoralisant. Mais j’étais déterminée à atteindre mon objectif. Au bout de deux semaines intensives, j’ai décroché des entretiens puis un poste. Ça m'a confirmé que la persévérance finissait toujours par payer !
🛩️ Tes expériences dans la banque et le secteur public t’ont apporté quoi ?
Beaucoup. J’ai progressé en anglais, en communication, en compréhension interculturelle. J’ai appris à prendre des initiatives et à mieux travailler en équipe dans un contexte totalement nouveau.
Le plus difficile ? Intégrer les codes sociaux du travail. L’espace privé est très respecté en Nouvelle-Zélande, ce qui peut ralentir l’intégration. Il m’a fallu du temps pour trouver ma place. Et l’anglais professionnel allait bien au-delà de ce que j’imaginais : rapide, spécifique, parfois technique.
Le plus surprenant ? La bienveillance quotidienne. Les managers qui remercient l’équipe chaque jour, qui veillent à ce qu’on ne fasse pas d’heures supplémentaires, et cette normalité de partir tôt sans jugement. C’était totalement nouveau pour moi.
🛩️ Le cliché “PVT = petits boulots”, tu confirmes ?
C’est un cliché, oui, mais pas totalement infondé. Il est plus difficile d’accéder à un poste qualifié, surtout en arrivant sur place sans réseau. Mais ce n’est pas impossible.
Souvent, les gens étaient surpris de savoir que je travaillais dans mon domaine, comme si c’était rare. Donc oui, on peut y arriver, à condition d’être motivé.e et persévérant.e.
🛩️ Tu es passée du bureau au road trip sous la tente. Comment tu as vécu ce contraste ?
Le contraste est immense. Les premiers mois, j’avais une routine assez classique : boulot, salle de sport, factures à payer. J’étais ailleurs, mais ma vie ressemblait à celle que j’avais en France.
Puis je suis partie en road trip. Ma voiture est devenue ma maison. Prendre une douche devenait une mission. Chaque action demandait de l’organisation. Et pourtant, je n’ai jamais ressenti autant de liberté.
J’ai appris à vivre avec peu, à m’adapter en permanence, à apprécier des choses que je considérais comme acquises. Ce mode de vie m’a recentrée sur l’essentiel. Le stress existe toujours, mais il est différent, il se gère autrement.
🛩️ Tu retiens quoi de cette année, pro et perso ?
Sur le plan pro, je retiens une vraie montée en confiance. Avant, je doutais beaucoup de ma légitimité. Après cette année, j’ose davantage dire ce que je sais faire, notamment en anglais.
Sur le plan personnel, je retiens la richesse humaine, les paysages, les émotions vécues. Et un vrai changement dans ma façon de voir le quotidien. Par exemple, je suis beaucoup moins attachée à mon téléphone. Le décalage horaire a créé une forme de distance naturelle avec mon entourage, et cette bulle m’a fait du bien.
🛩️ Tu referais tout pareil ?
Pas tout à fait. J’aurais aimé consacrer du temps à d’autres expériences comme le woofing ou l’aide en ferme. Et j’aurais peut-être osé proposer davantage d’idées au travail au lieu d’intégrer passivement la culture locale. Mais ce sont mes seuls regrets. Le reste, je referais sans hésiter.
🛩️ Aujourd’hui, tu en parles comment de ton PVT, en entretien ou sur ton CV ?
Je le mentionne dans ma présentation et souvent, les recruteurs y reviennent. En parler, c’est raconter une histoire, sans pression.
Ce n’est pas l’expérience en elle-même qui compte, mais ce qu’elle dit de toi : ta curiosité, ton autonomie, ta capacité à t’adapter. On ne m’a jamais recrutée parce que j’ai dormi dans ma voiture ou travaillé dans une banque en Nouvelle-Zélande, mais parce que cette expérience révélait un certain état d’esprit.
🛩️ Et à ceux qui hésitent à partir par peur de freiner leur carrière ?
Je comprends la peur, je l’ai ressentie aussi. J’avais peur que les recruteurs me voient comme une vacancière. Mais j’y croyais profondément.
Ce n’est pas toujours simple. J’ai douté, eu envie de tout arrêter. Mais je savais pourquoi je faisais ça.
Je pense qu’il faut accepter que tout ne sera pas parfait et qu’il y aura des imprévus. Et puis, c’est en prenant des risques que l’on découvre vraiment ce dont on est capable.
🛩️ Alors, possible ou pas de faire un PVT sans mettre sa carrière en pause ?
Oui, c’est possible.
Un PVT, ce n’est pas une parenthèse vide. C’est de l’organisation, de la gestion, du leadership, du stress aussi. C’est une aventure humaine et professionnelle.
On développe des compétences qu’on n’apprend pas toujours derrière un bureau. Partir, ce n’est pas faire une pause : c’est investir sur soi, sur sa carrière, autrement.

Originaire de Normandie, Eloïse SYLVIUS incarne une génération qui préfère l’audace au confort. Diplômée en Économie et Commerce International, elle aurait pu suivre la voie classique d’un CDI sans conviction. Mais fidèle à sa devise, « prends le risque ou perds ta chance », elle a choisi de tout quitter pour partir à l’autre bout du monde. En 2023, elle pose ses valises en Nouvelle-Zélande pour une année aussi intense qu’inattendue. Une expérience fondatrice, riche en émotions et en apprentissages, qui a profondément marqué son parcours. Aujourd’hui, elle partage avec enthousiasme ce que cette aventure lui a apporté, dans l’espoir d’inspirer celles et ceux qui hésitent encore à franchir le pas.
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