Sur le Pouce | Je pensais être juste fatiguée… jusqu’à comprendre que j’étais en burn-out parental

Elle avait tout pour être épanouie : une carrière solide, une vie de famille construite, deux enfants.
En apparence, tout tenait. En réalité, tout vacillait.

Dans cette chronique, Karen Nagy raconte le moment où elle n’a plus pu faire semblant. Le basculement, la honte, l’épuisement. Et surtout, le chemin pour s’en sortir.

Mariée depuis 9 ans, maman depuis 6 ans, puis une deuxième fois depuis 2 ans.
13 ans de carrière, une vie active bien remplie, presque prioritaire pour moi.

Et puis, à 33 ans, tout s’effondre.

Mon fils vient d’avoir 2 ans. Ma fille, 5 ans et demi.
Et du jour au lendemain : je n’en peux plus d’être maman.

J’ai toujours été très investie dans mon travail.
Aller plus loin, faire mieux.
Mon perfectionnisme m’a souvent portée : j’étais efficace, reconnue, épanouie.
Je ne connaissais ni le blues du dimanche soir, ni l’angoisse de la reprise.

Avec le recul, je me demande si tout n’a pas commencé là.

La naissance de ma fille a été un choc.
Elle ne dormait que dans les bras. L’allaitement était difficile.
Je l’aimais profondément, elle est devenue le centre de tout. Mais la fatigue, elle, était écrasante.

Moi qui dormais 12 heures par nuit, je passais à 4 ou 5 heures, au mieux.

Les remarques autour de moi ont fragilisé ce qui restait de confiance :
“Laisse-la pleurer”, “ferme la porte”…
Je doutais déjà. Là, je me suis perdue.
Jamais assez bien. Jamais assez “bonne”.

Avec mon mari, les désaccords sur l’éducation n’ont rien arrangé.
Entre cadre strict et écoute bienveillante, je ne savais plus où me placer.


Je lisais tout sur l’éducation positive, je voulais être une mère parfaite.

Je courais après quelque chose qui n’existe pas.

Ma fille a fait ses nuits à 4 ans.
Entre-temps, j’ai continué à travailler à temps plein.
Le travail était mon échappatoire.

Quand je n’étais pas maman, j’étais compétente, solide, reconnue.


Mais en réalité, j’étais en train de m’oublier.

À 31 ans, mon fils arrive.
Un gros dormeur, heureusement. Mais avec un RGO, donc toujours en alerte.

Passer à deux enfants a tout bousculé : organisation, charge mentale, finances.


Et surtout, le temps.

Moins pour ma fille. Moins pour moi.

Je voulais être présente pour les deux. Parfaitement.


Alors j’ai mis ma vie sur pause. Encore.

À force, je me suis épuisée.

Toujours partout. Toujours tout gérer.
Et la culpabilité, partout aussi :
pas assez présente, pas assez disponible, pas assez patiente…

Heureuse de les retrouver le soir.
Agacée 10 minutes plus tard.

J’avais honte. Et j’étais épuisée.

Je suis passée en pilote automatique.
Faire le minimum pour tenir.

Mais ça ne me ressemblait pas.
Alors j’ai fini par imploser.

Pendant des mois, je n’ai rien montré.
Je souriais. Je faisais semblant.

Mon mari voyait la fatigue. Pas le reste.
Les pensées qui tournent. L’envie de fuir.

Les pleurs avant de rentrer à la maison.
Les week-ends redoutés s’ils étaient tous ensemble.

Quelle mère pleure à l’idée de voir ses enfants ?

Quand j’ai fini par parler, tout est sorti.
Et avec ça : une honte immense.

J’ai mis des mots dessus, sans savoir qu’ils existaient déjà :
burnout parental.

Plus tard, j’ai découvert que c’était réel.
Et qu’un parent sur dix le vit.

Avant que tout explose, j’ai décidé d’agir.

Une coach pour reprendre confiance.
Une thérapeute pour remettre de l’ordre.

Petit à petit, j’ai changé de regard.
J’ai appris à lâcher prise, poser des limites, demander de l’aide.

Et surtout, j’ai compris :
le parent parfait n’existe pas.


Et je m’étais oubliée.

J’ai commencé à me remettre au centre.

Un mi-temps.
Des moments avec des amis.
Une reconversion vers un métier qui a du sens : coach professionnelle.
Un voyage entre amies, sans enfants.

Petit à petit, je me suis retrouvée.

Le sport m’a redonné confiance.
La formation m’a aidée à mieux me comprendre.

Et ça a changé tout le reste.

Il m’a fallu un an pour sortir du burnout parental.
Sans dégâts physiques, heureusement.

Mais avec des traces dans mon couple.
Qu’on répare encore, jour après jour.

Aujourd’hui, j’ai 36 ans.
Je ne suis plus “juste” mère. Ni “juste” carriériste.

Je suis une personne entière.

Je passe du temps avec mes enfants.
Je vois mes amis.
Je prends soin de mon couple.
Et j’aime mon travail.

Si aujourd’hui je suis coach certifiée en burnout parental, ce n’est pas un hasard.

C’est parce que je sais.

Je sais la fatigue.
La honte.
La culpabilité.
L’isolement.

Et surtout, je sais qu’on peut s’en sortir.


Mariée et mère de deux enfants, Karen NAGY a travaillé 16 ans dans le marketing digital avant de devenir coach professionnelle, spécialisée en burnout parental.

Certifiée Burnout Parental par le Training Institute for Psychology & Health, elle propose un accompagnement individuel pour sortir les parents épuisés du pilote automatique et les aider à retrouver un équilibre plus juste.
Installée au Luxembourg, et certifiée Référente QVCT par la House of Training, elle intervient également en entreprise à travers des ateliers pour prévenir l'épuisement parental. Sa conviction : le collectif aide à briser le silence et à se sentir moins seul.
[supprimer la dernière phrase, que j'ai repris plus haut du coup]
En groupe ou en individuel, Karen offre un cadre sécurisant et bienveillant, où la confidentialité est préservée.