

Pourquoi est-il si difficile de sortir de sa zone de confort, même lorsque l'on sait qu'un changement nous ferait du bien ?
Dans sa première chronique, Aurélia levait le voile sur les mécanismes de notre cerveau. Cette fois, elle passe à l'action et partage trois exercices simples pour créer de nouveaux automatismes, gagner en confiance et avancer, un petit pas après l'autre.
Dans ma précédente chronique, je t’expliquais comment « hacker » ton cerveau et pourquoi il peut parfois te freiner. Il ne te bloque pas « pour rien » : il te protège.
Pour économiser son énergie et assurer ta survie, il emprunte naturellement les chemins qu’il connaît déjà : ces fameuses autoroutes neuronales que tu construis, souvent sans t’en rendre compte, à travers ton histoire, tes expériences et ton environnement.
Ces autoroutes, tu les as créées soit de manière passive (ton vécu, ton histoire, ton environnement…), soit de manière active, comme nous avons commencé à le voir dans la première chronique. Et plus tu les empruntes, plus elles deviennent automatiques.
C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité : ta capacité à modifier tes connexions neuronales en créant de nouvelles connexions, en supprimant celles qui ne servent plus, mais aussi en renforçant les existantes. Ce qui est répété se renforce. Pour ancrer un nouveau chemin neuronal, il faut environ une vingtaine de répétitions sur une courte période. Personnellement, je pousse souvent jusqu’à une trentaine.
Dans cette chronique, j’ai envie de te partager trois exercices très simples que tu peux mettre en place dans toutes les sphères de ta vie. L’idée est simple : faire évoluer certains automatismes, en douceur mais efficacement.
Sortir de sa zone de confort, oui, mais à petits pas, pour garder confiance sur la durée. Bref, sortir de sa zone de confort de manière contrôlée.
Partons d’une situation concrète vécue par l’une de mes amies. Appelons-la Marie (ce n’est bien sûr pas son vrai nom).
Marie vient d’être nommée manager dans une grande institution. Pas de formation prévue, pas de transition avec son prédécesseur. Elle est à la fois ravie… et sous pression. Si tu m’as suivi depuis le mois dernier, c’est normal : son cerveau, comme le nôtre d’ailleurs, n’aime pas l’inconnu.
De plus, Marie est plutôt introvertie. Partons donc de cette situation pour découvrir trois des nombreux exercices que je lui ai proposés.
Exercice n°1 : L’ancrage
Prendre la parole en réunion avec ses pairs managers n’est pas chose aisée pour Marie. Rappelle-toi : elle est introvertie et, comme nous le verrons ensuite, elle souffre du syndrome de l’imposteur.
Imagine la scène : tout le monde la regarde, elle doit intervenir et le stress monte… jusqu’à la faire bafouiller. Tu as peut-être déjà ressenti cela.
Plutôt que de subir, je lui conseille de préparer son cerveau en amont en utilisant l’ancrage, couplé à la visualisation dont je te parlais dans ma précédente chronique.
Concrètement, avant une réunion, elle visualise une scène déjà vécue dans laquelle elle se sent posée, claire et légitime. Elle mobilise ses cinq sens : ce qu’elle voit, ce qu’elle entend, ce qu’elle ressent, et même ce qu’elle sent ou goûte.
Puis, au moment où elle revit cette situation avec le plus d’intensité, elle y associe un geste simple, comme presser ses doigts.
Elle répète cet exercice plusieurs fois. Et le jour J, juste avant de prendre la parole, elle refait ce geste. Son cerveau retrouve alors cet état, cette posture, ce moment où elle s’est déjà sentie confiante.
Résultat : aujourd’hui, elle prend la parole avec fluidité, sans crispation et sans perdre ses mots.
L’avantage ? Elle garde le contrôle de son état, même dans une situation stressante.
Ce n’est pas magique. C’est entraîné.
Exercice n°2 : L’écriture pour incarner
Marie se sent illégitime : trop jeune, pas assez expérimentée, pas assez crédible. Avec cette petite voix dans la tête : « Tu n’es pas à ta place. »
Eh oui, ce fameux syndrome de l’imposteur. Tu as sûrement déjà entendu cette voix.
Je lui ai alors proposé un exercice très simple, à faire en toute autonomie. Rien d’extraordinaire. Pas de déclic soudain. Juste de la répétition.
Elle a commencé à écrire. Chaque jour, elle notait noir sur blanc ce qu’elle avait fait, les décisions qu’elle avait prises, les feedbacks reçus et ses réussites, même les plus petites.
Pas pour se rassurer, mais pour s’ancrer dans le réel et incarner sa nouvelle position.
Petit à petit, quelque chose a changé. Elle ne se racontait plus une histoire, elle constatait des faits, ses propres actions et ses compétences.
Son cerveau a commencé à intégrer une nouvelle image d’elle : « Je suis manager. »
Et ce fameux syndrome de l’imposteur s’est progressivement estompé.
Résultat : aujourd’hui, elle se positionne naturellement, prend des décisions avec assurance et ne doute plus de sa légitimité. Elle est manager.
L’avantage ? Son cerveau s’appuie sur des faits concrets plutôt que sur ses peurs. Elle incarne, elle ancre cela dans son identité… mais je t’en dirai plus dans la chronique du mois prochain.
Exercice n°3 : L’observation et l’ajustement
En tant que manager, Marie doit apprendre à déléguer. Mais elle veut que tout soit parfait et a besoin de garder le contrôle.
Plutôt que de tout changer d’un coup et de rendre le changement trop inconfortable, je lui propose d’observer et d’ajuster, dès le lendemain.
Chaque soir, elle se pose quelques questions simples :
Qu’est-ce que j’ai gardé pour moi ?
Pourquoi ne l’ai-je pas délégué ?
Qu’est-ce qui m’a freiné ?
Sans jugement. Et c’est très important.
Puis elle choisit une action concrète pour le lendemain. Un petit pas pour déléguer plus facilement.
Le jour suivant, elle teste. Puis elle observe à nouveau, ajuste, encore et encore.
Petit à petit, sa manière de faire évolue. Pas en se forçant, mais en entraînant son cerveau à fonctionner autrement : prendre de la distance et sortir de sa zone de confort, à petits pas, pour gagner en confiance.
Résultat : elle délègue sans difficulté, fait davantage confiance et sa charge mentale a réellement diminué.
L’avantage ? Elle gagne en efficacité sans perdre en qualité, tout en se libérant de la pression.
Ce que je voulais te dire aujourd’hui
Tu ne bloques pas par manque de capacité. Tu bloques parce que ton cerveau te protège en reproduisant ce qu’il connaît déjà, par habitude.
Sortir de sa zone de confort devient plus simple quand tu comprends comment t’y prendre.
Grâce à la neuroplasticité, tu peux créer et ancrer de nouveaux chemins pour atteindre tes objectifs, à condition de répéter. « Un pas après l’autre, un jour après l’autre. »
Les résultats n’ont pas besoin d’être spectaculaires. Ils doivent être durables.
Ma conviction
Le changement ne se fait pas en un grand déclic. Il se construit dans les petits gestes du quotidien. Et c’est là que tu peux décider de reprendre la main.
Changer, ce n’est pas devenir différent.
C’est enfin être aligné avec qui je suis vraiment.
Comprendre son cerveau est une première étape. Passer à l’action en est une deuxième.
Dans la prochaine chronique, nous verrons ce qui permet à ce changement de durer dans le temps.

Aurélia RONCALI fait partie de ces profils qui aiment connecter les mondes. Ingénieure de formation, passionnée par les sciences, la technologie et les neurosciences, elle a construit un parcours riche entre analyse, gestion de projet et transformation au sein du secteur financier luxembourgeois.
Aujourd’hui change manager et coach dans le secteur de la coopération, elle accompagne les équipes dans leurs évolutions, avec une conviction simple : aucune transformation durable ne se fait sans l’humain.
Portée par l’énergie du collectif et fascinée par les mécanismes de progression, elle aime accompagner aussi des personnes dans leur développement personnel et imagine déjà la suite, avec un projet autour de la préparation mentale dans le sport.
Sa boussole ? Aider chacun à avancer en restant profondément aligné avec soi-même.
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