

Elle a passé des années à accompagner des entrepreneurs… avant de devenir l’une d’entre eux. Aujourd’hui, Manon Loison navigue entre stratégie, impact et tech avec une conviction forte : créer, oui, mais avec du sens. Dans cet échange sans filtre, elle revient sur le déclic, les doutes, la réalité du terrain...et ce que ça change vraiment de passer de l’autre côté.
💬 Tu dis quoi aux gens quand ils te demandent ce que tu fais dans la vie ?
Je m’engage aux côtés d’entreprises et d’organisations qui font bouger les lignes. Je repère les bonnes personnes, je connecte les bonnes idées, au moment où cela compte vraiment.
Entrepreneure et advisor, j’ai fondé The Luxembourg Foresight Institute Sàrl pour accompagner des entreprises, de la phase de lancement aux structures les plus établies, dans leurs moments clés de croissance et de transformation. Lancer une activité, s’implanter sur de nouveaux marchés, fédérer une communauté ou affiner une offre : je travaille en étroite collaboration avec les équipes pour construire des solutions alignées avec leur mission.
🚀 Qu’est-ce qui t’a donné envie de prendre un nouveau départ ?
Pendant de nombreuses années, j’ai évolué au contact d’entrepreneurs et de startups. J’ai beaucoup appris à leurs côtés, tout en cherchant à les accompagner au mieux. C’était extrêmement enrichissant. Mais à un moment, j’ai ressenti le besoin de passer de l’autre côté du miroir, de comprendre concrètement ce qu’est l’entrepreneuriat : ce que ça demande en énergie, en temps, en implication. C’est facile de conseiller quand on n’a pas la responsabilité de générer son propre revenu. Aujourd’hui, je suis directement responsable de ce que je crée, y compris de mon propre salaire. Cela change tout.
J’ai aussi fait le choix de me consacrer à des sujets qui font sens pour moi, notamment la finance à impact et la tech for good. Parce qu’entreprendre, au-delà du business, c’est une question d’alignement : être fidèle à ses valeurs et construire quelque chose qui nous anime. J’ai besoin de voir que ce sur quoi je travaille a un impact, même à petite échelle. C’est ce qui guide mes choix.
⏳ Tu t’es laissée du temps pour te repositionner. Tu l’as vécu comment, cette phase un peu floue ?
J’étais assez claire dès le départ sur ce que je voulais, d’où la décision de créer ma société. Mais il m’a fallu plusieurs mois pour structurer concrètement tout ce que je voulais mettre en place, et surtout pour comprendre ce que signifie vraiment être entrepreneure. On parle beaucoup de vision ou de business, mais moins de tout ce qu’il y a derrière : comptabilité, organisation, logistique, outils, process… Et tout cela s’apprend. Tant que tu ne l’as pas vécu, tu ne peux pas vraiment le mesurer. J’ai finalement apprécié ce temps de construction, nécessaire pour poser des bases solides.
💡 C’est à quel moment que tu t’es dit : “Ok, je me lance” ?
Ça me trottait dans la tête depuis un moment, notamment pour gagner en légitimité vis-à-vis des entrepreneurs avec lesquels je travaillais. Plusieurs opportunités se sont présentées sans vraiment aboutir. Et puis, comme souvent, il y a un moment déclencheur. Je fonctionne comme ça : je réfléchis beaucoup, j’analyse, parfois trop, mais quand je décide d’y aller, tout s’accélère. Le cheminement a été long, l’exécution très rapide.
🔄 Tu ne voulais pas refaire exactement le même métier… Qu’est-ce que tu fais différemment aujourd’hui ?
L’alignement est devenu central. J’ai besoin de travailler sur des sujets qui m’animent et qui ont du sens. Je n’ai jamais vraiment séparé travail et vie personnelle : pour moi, le travail fait partie intégrante de la vie. Il doit me stimuler, me challenger, me faire avancer. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être presque totalement alignée avec ce que je fais, et c’est quelque chose auquel je ne renoncerai pas.
🌍 L’inclusion financière, la tech for good, la finance durable… Qu’est-ce qui t’attire dans ces sujets ?
L’impact, avant tout. Le fait de contribuer, même modestement, à quelque chose de plus grand. Dans un monde où l’intelligence artificielle transforme profondément nos façons de travailler et de vivre, garder une conscience de l’impact que l’on crée devient essentiel.
Penser impact, c’est aussi penser innovation : être agile, sortir du cadre, se projeter. C’est ce qui me passionne. Je consacre beaucoup de temps à la prospective : lire, écouter, observer, même sans tout comprendre. Parce que c’est en regardant vers l’avenir qu’on reste pertinent. C’est d’ailleurs au cœur de mon approche avec The Luxembourg Foresight Institute.
🌐 Tu travailles avec des clients en Europe et en Afrique. Tu abordes les choses de la même manière partout ?
Oui. J’ai une éthique de travail très claire : même si je suis consultante, je m’immerge totalement dans les entreprises avec lesquelles je travaille. Le titre définit mon statut, pas mon approche. Je m’intègre à la culture, aux équipes, aux dynamiques internes. Et cela fonctionne partout, quelles que soient les différences culturelles, parce que mon point d’ancrage reste le même : les personnes. Quand tu montres un réel intérêt pour les gens, ça fonctionne.
⚖️ Tu travailles beaucoup, mais on sent que c’est un choix. Tu arrives à trouver ton équilibre ?
Je n’ai jamais dissocié travail et vie personnelle, les deux sont imbriqués. Certaines semaines peuvent être très denses, mais je ne les subis pas. Si ce que je fais me donne de l’énergie, alors l’équilibre se crée naturellement.
Entreprendre offre aussi une vraie liberté : celle d’ajuster son rythme. Quand j’en ressens le besoin, je ralentis, je me recentre, puis je repars. Pour moi, tout est circulaire : le travail nourrit la vie, et inversement.
🧠 Depuis que tu t’es lancée, tu as découvert quoi sur toi ?
Que la question du “bon prix” est beaucoup plus complexe que je ne l’imaginais, surtout dans les services. C’est un véritable exercice d’équilibre. J’ai aussi découvert que j’aimais la négociation. Et surtout, moi qui pensais être organisée, j’ai franchi un autre niveau. L’administratif est exigeant, parfois ingrat, mais c’est aussi un énorme terrain d’apprentissage.
❌ S’il y avait une idée reçue que tu voudrais bousculer dans ton secteur ?
Que l’impact est réservé aux ONG. C’est faux. Une entreprise peut être rentable, compétitive et créer de la valeur positive pour la société, l’environnement ou l’inclusion.
Il y a encore beaucoup à faire pour intégrer une vision long terme dans les stratégies d’entreprise. Et c’est là qu’il y a un vrai terrain de jeu.
🔥 Quel conseil tu donnerais à quelqu’un qui hésite à se lancer ?
“Just do it.” Sans nier les risques, il ne faut pas passer trop de temps à tout analyser. C’est en faisant qu’on apprend.
Avec le recul, mon seul regret est d’avoir attendu. Entreprendre, c’est aussi reprendre la main sur sa vie, assumer ses choix. La vraie question, ce n’est pas “est-ce que je me lance ?”, mais “suis-je prêt à assumer à 100 % ?”.
🎧 Et pour finir, une anecdote ou un truc inattendu sur toi qu’on ne devinerait pas ?
Je suis une grande fan de rap, hip-hop et jazz : Run-DMC, De La Soul, Fugees, Wu-Tang, N.W.A., Outkast, A Tribe Called Quest…

Manon LOISON est une entrepreneure française installée au Luxembourg depuis plus de douze ans, un pays qu’elle considère comme le sien. Animée par la conviction que l’innovation doit générer un impact concret et positif, elle évolue à l’intersection de la stratégie, de la finance à impact et de la technologie.
Fondatrice de The Luxembourg Foresight Institute Sàrl, elle accompagne entreprises émergentes et organisations établies dans leurs projets de transformation et de croissance, en alliant vision stratégique et mise en œuvre opérationnelle.
Depuis 2021, elle est également membre du conseil d’administration de CoLabor, où elle contribue à des initiatives favorisant l’inclusion et l’employabilité.
En dehors de son activité, elle apprécie la nature, la musique et la cuisine, avec un attachement particulier pour les choses simples et les relations authentiques.
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