Big Talent | Victoria Scharff : De RH à Cheffe Pâtissière, un changement de vie complètement toqué !

De la rigueur des Ressources Humaines aux cuisines d’un restaurant doublement étoilé : le parcours de Victoria Scharff est tout sauf ordinaire. Animée par une passion dévorante pour le chocolat et la pâtisserie, elle a choisi de tout quitter pour croquer la vie à pleines dents… et donner libre cours à sa créativité sucrée.

Cheffe pâtissière depuis septembre 2024 au sein du restaurant doublement étoilé de Léa Linster, j’ai pourtant commencé ma carrière comme HR Officer chez ING Luxembourg. Après des études de droit puis un virage vers les Ressources Humaines en Belgique, mon avenir semblait tout tracé et rien ne me prédestinait à une carrière dans la restauration.


Quand on est jeune, on a la tête pleine de rêves, de contes de fées et de magie. Mais en grandissant, on rentre dans les cases que la société attend de nous. Sans vraiment nous en rendre compte, on s’éloigne de ses idéaux, happé par le besoin d’indépendance intellectuelle et financière. Mais est-ce vraiment ce qui compte au fond ?


Un jour, j’ai voulu satisfaire une simple curiosité : comprendre le travail du chocolat. J’ai suivi un stage d’une semaine chez Paul Bocuse, à Lyon. Un déclic. Je me suis souvenue de mon amour d’enfance pour les madeleines de Jean le Chocolatier à Habay-la-Neuve, recouvertes d’une coque en chocolat : craquantes et enivrantes. Incapable de les reproduire à la maison, je voulais comprendre leurs secrets. Alors j’ai commencé à expérimenter, à faire goûter mes créations à mes proches, à mes collègues. Et j’ai ouvert la première porte qui allait me mener tout droit à celle de ma vocation de pâtissière.


Au Salon du Chocolat, à Paris en 2019, j’ai découvert l’existence de formations modulables en pâtisserie. Avec le soutien de ma hiérarchie, j’ai entamé un premier module à l’école du Cordon Bleu en janvier 2020. Ce que j’ai ressenti là-bas ? De l’euphorie pure. J’avais à peine mis un pied dans la cuisine que je savais que j’étais à ma place. J’étais redevenue une enfant : remplie de rêves, d’ambition et d’envie d’apprendre.


Alors, j’ai pris une décision radicale : quitter mon poste dans les RH pour me consacrer pleinement à la pâtisserie. Une décision rapide, presque instinctive. Mon cœur ne voulait plus quitter les cuisines. Il fallait que je sache si j’étais faite pour ça. Et j’ai foncé, sans filet.
La formation était intense : 10 heures par jour, 6 jours sur 7. J’avais choisi l’option accélérée pour revenir plus vite sur le marché du travail. Mais le Covid a interrompu brutalement tout ça pendant plus de trois mois. Frustration, doutes, peurs…


J’ai continué à pâtisser chez moi mais rien ne remplace une cuisine professionnelle. J’ai appris la résilience et l’adaptabilité, et me suis posée toutes sortes de questions : Vais-je y arriver ? Et si je n’étais pas assez douée ? Est-ce vraiment raisonnable ?


Quand les cours ont enfin repris, en juillet 2020, c’était un moment décisif. Je devais passer mes examens : une sculpture en chocolat, une autre en sucre et, surtout, un dessert création. Et là, panique. Suivre une recette, c’est une chose. Créer de toutes pièces, c’en est une autre. Comment savoir si l’idée est bonne ? Est-ce que je devais me faire plaisir ou viser ce qui plairait au jury ?


J’ai compris que le processus créatif est intime et solitaire. On n’a pas de guide, pas de collègues pour valider nos idées. Il faut apprendre à lâcher prise. Et avec le temps, les bonnes personnes et le travail sur soi, la création devient plus naturelle. Aujourd’hui, elle se nourrit de tout : une discussion, un livre, une balade, un cocktail…


Avec du recul, oui, c’était fou. Un peu irresponsable, peut-être. Mais je le referais, les yeux fermés. C’est en affrontant mes peurs que j’ai découvert qui je suis. En cinq ans, j’ai laissé ma sensibilité s’exprimer à travers mes desserts, j’ai rencontré des personnes formidables, découvert des endroits incroyables et, surtout, appris à affiner mon regard sur les produits, leurs origines, leurs potentiels gustatifs.


J’ai aussi appris jusqu’où j’étais prête à aller pour atteindre mes objectifs et quel genre de Cheffe je voulais devenir. Ma grand-mère était institutrice et j’aime penser que je poursuis ce rôle en formant mes stagiaires, en guidant ceux qui croisent ma route dans les différentes brigades que j’ai côtoyées jusqu’à aujourd’hui. La transmission est essentielle pour moi, il n’y a rien de plus précieux.


Après une première expérience au Place d’Armes à Luxembourg, je me suis rapidement rendu compte que ce que j’aimais par-dessus tout, c’était la création de desserts à l’assiette. Je n’ai jamais eu l’envie de travailler en boutique. J’ai donc concentré toute mon énergie pour intégrer les brigades de palaces et de restaurants étoilés. En hiver 2021, direction Megève. J’y ai découvert une autre facette du métier : être saisonnière. Une expérience unique.


Faire une saison, c’est exaltant. L’adrénaline nous porte, on se donne à fond. Mais c’est aussi là qu’on touche ses limites. Charge de travail énorme, pression constante, fatigue accumulée… Il m’est arrivé de craquer. Mais chaque saison m’a appris sur moi-même. Et c’est après ces expériences que j’ai décidé de chercher un CDI, de poser mes valises.
Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est l’échange. Peu importe le niveau de chacun, on peut tous apprendre des autres. Transmission et bienveillance devraient être les maîtres-mots de notre secteur. Même si certains ont tendance à les oublier…

Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est l’échange. Peu importe le niveau de chacun, on peut tous apprendre des autres. Transmission et bienveillance devraient être les maîtres-mots de notre secteur. Même si certains ont tendance à les oublier…

Cela fait maintenant 5 ans que je suis devenue pâtissière et j’ai récemment eu l’immense honneur d’être sacrée Pâtissière de l’année 2026 par le Gault et Millau Luxembourg. Récompense inattendue mais au combien appréciée. Je ne me rends pas toujours compte du chemin que j’ai parcouru ces dernières années mais au final croire en ses rêves ça en vaut vraiment la peine non ?

Changer de voie, tout quitter, c’est effrayant. Mais la vie, c’est comme une tablette de chocolat : il faut la croquer à pleines dents avant qu’elle ne fonde. Alors si votre instinct vous dit de foncer… foncez. Et surtout, cramponnez-vous : faire face à sa destinée, ça décoiffe !


Victoria Scharff est Cheffe Pâtissière chez Léa Linster depuis septembre 2024.
Belgo-luxembourgeoise, elle a troqué une carrière dans les ressources humaines pour vivre pleinement sa passion du sucré. Hyperactive et curieuse, elle nourrit sa créativité bien au-delà des cuisines : entre les cours de céramique chez Mausi à Messancy et une formation en comportementalisme animalier, elle ne cesse d’explorer de nouveaux territoires.
Dans la vie comme en cuisine, elle avance portée par une conviction profonde, partagée avec son compagnon auto-entrepreneur : « toujours se pousser vers le haut et ne jamais se freiner dans la poursuite de ses rêves ». Un pacte précieux qui lui donne l’élan nécessaire même dans les moments de doute ou de fatigue.