Possible@Lux | Possible ou pas qu'une startup booste l’innovation dans un grand groupe ?

Startup vs grand groupe : duo gagnant ou mission impossible ? D’un côté, l’agilité et la rapidité. De l’autre, la structure et les process. Quand ces deux mondes se rencontrent, ça peut faire des étincelles… ou tourner à l’impasse. Alors, comment transformer cette alliance en véritable moteur d’innovation ? Réponse ici avec Nicolas Legay.

Quand Many Many a rejoint Inowai, j’ai entendu tout et son contraire. Certains disaient qu’une startup pouvait challenger un grand groupe et lui apporter une vraie dynamique d’innovation. D’autres, plus sceptiques, me prévenaient que nous risquions d’être absorbés par les process et de perdre ce qui faisait notre force : l’agilité, la rapidité, la capacité à tester, échouer et recommencer.

Honnêtement, ces doutes, je les comprends. J’ai travaillé dans le milieu financier sur des projets de transformation à l’échelle internationale. Et ce que j’en ai retenu, c’est que l’innovation (la vraie) en interne est souvent un mythe.

Et puis, chose amusante, chacun veut devenir l’autre sans se renier : la startup rêve de devenir un grand groupe et le grand groupe rêve de l’agilité de la startup.

🦾 Pourquoi innover en interne est un parcours du combattant ?

Innover dans un grand groupe, c’est un peu comme vouloir faire un virage serré avec un paquebot. Ça prend du temps, ça demande des validations, des budgets, des alignements stratégiques… bref, c’est laborieux et souvent trop lent pour être réellement disruptif.

J’ai vu trop d’initiatives d’innovation se transformer en simples optimisations de processus ou d’organisation, plutôt qu’en véritables révolutions. On parle alors d’améliorer la qualité, de réduire les coûts, d’accélérer les délais… et c’est déjà bien ! Mais créer une verticale réellement nouvelle ? Plus compliqué.

Pourquoi ? Parce qu’un grand groupe doit avant tout se protéger du risque. Il est structuré pour assurer la stabilité, pas pour tester des idées radicales. Et quand on cherche à innover sans accepter le droit à l’échec, on fait du surplace.

🦾 La véritable innovation vient souvent de l’extérieur

Ce que j’ai appris, c’est que les vraies ruptures ne viennent presque jamais de l’intérieur. Elles viennent de l’extérieur, là où des startups testent, se plantent, pivotent, et finissent par trouver une nouvelle approche qui change la donne.

Quand un grand groupe veut innover, il ne doit pas simplement tout créer en interne. Il doit être capable de repérer les innovations là où elles émergent, les intégrer intelligemment et leur laisser l’espace nécessaire pour continuer à grandir.

C’est exactement ce que nous avons fait avec Many Many chez Inowai. Notre mission, ce n’est pas simplement d’optimiser la gestion locative. C’est de challenger le modèle existant, d’apporter une vision plus flexible, plus digitale, plus centrée sur l’expérience client.

Mais pour que ça fonctionne, il faut que le grand groupe nous laisse le droit d’expérimenter… et parfois d’échouer.

🦾 Jean Todt chez Ferrari : une inspiration

Un des meilleurs exemples de cette logique, c’est Jean Todt lorsqu’il rejoint Ferrari en 1993.

À son arrivée, Ferrari avait un immense savoir-faire et une réputation légendaire… mais elle ne gagnait plus. Pourquoi ? Parce qu’elle restait trop enfermée dans ses méthodes internes.

Jean Todt n’a pas cherché à tout révolutionner de l’intérieur. Il a fait ce que les grands groupes doivent faire pour innover :

  • Il est allé chercher à l’extérieur les talents, les savoir-faire et les idées qui allaient faire la différence.

  • Il a recruté Ross Brawn (stratégie de course), Rory Byrne (ingénierie) et Michael Schumacher (pilotage).

  • Il leur a laissé l’espace pour innover et tester sans avoir peur de l’échec.

Résultat ? Ferrari a dominé la Formule 1 pendant une décennie.

🦾 Alors, s’adapter ou résister ?

Quand une startup rejoint un grand groupe, il y a toujours ce dilemme : faut-il s’adapter ou résister ?

Je pense que la réponse est ailleurs. Il ne s’agit ni de se conformer totalement, ni de s’opposer frontalement. Il faut trouver les bons espaces où la startup peut injecter son ADN et faire évoluer la structure.

Avec Many Many, on a refusé de se laisser enfermer dans des process qui tueraient notre réactivité. Mais on a aussi su tirer parti des ressources et de l’expérience d’un grand groupe pour accélérer notre développement.

On n’a pas résisté, on a co-créé.

🦾 L’innovation, ce n’est pas une question de process. C’est une question de mindset.

Alors, une startup peut-elle vraiment booster l’innovation d’un grand groupe ?

👉🏻 Oui. Mais seulement si le grand groupe accepte de jouer le jeu. 👉🏻 Oui, si on lui laisse le droit d’expérimenter et de se tromper. 👉🏻 Oui, si elle garde son ADN et son agilité.

Chez Many Many, on sait que notre valeur ajoutée, ce n’est pas juste d’amener des idées. C’est d’apporter une façon différente de les exécuter, avec plus de vitesse, plus d’audace et une approche qui accepte l’échec comme une étape d’apprentissage.

Et le travail ne s’arrête pas là. Intégrer une startup dans un grand groupe ne se résume pas à un simple alignement de process ou à une collaboration ponctuelle. C’est un travail constant d’acculturation mutuelle, où chaque partie doit non seulement comprendre l’ADN de l’autre, mais aussi en reconnaître les forces et les complémentarités.

🦾 L’enjeu est double :

👉🏻 Expliquer les différences culturelles : non pas pour les gommer, mais pour mieux les accepter et en tirer parti.

👉🏻 Créer une hybridation réussie, en fusionnant la flexibilité et la rapidité d’exécution de la startup avec la structure et les ressources du grand groupe.

Une étude publiée par Harvard Business Review souligne que les fusions startup-grand groupe échouent souvent lorsqu’on cherche à forcer l’alignement, plutôt que de cultiver un modèle de coopétition interne.

L’idée n’est pas d’éteindre la dynamique startup sous le poids des process, ni de s’opposer frontalement aux exigences du groupe, mais bien de capitaliser sur le meilleur des deux mondes.

🦾 Trois piliers pour réussir :

👉🏻 L’éducation continue : Expliquer en permanence pourquoi certaines pratiques startup sont essentielles à la performance, et pourquoi certains cadres sont nécessaires pour assurer la scalabilité.

👉🏻 L’expérimentation cadrée : Définir des zones d’innovation où l’échec est permis, et des zones où la rigueur s’impose, afin de préserver l’avantage concurrentiel de l’agilité.

👉🏻 Un leadership hybride : Encourager des profils capables de naviguer entre ces deux cultures et d’en faire des leviers d’innovation plutôt que des sources de friction.

Loin d’être un défi temporaire, cette intégration est un processus vivant. Car innover, ce n’est pas simplement importer une startup dans un grand groupe. C’est réinventer une manière de travailler ensemble pour continuer à créer de la valeur sur le long terme.


Originaire du Sud-Ouest de la France, Nicolas LEGAY suit une formation d’ingénieur à l’Institut Mines-Télécom avant de passer 12 ans chez BNP Paribas, où il pilote des projets stratégiques internationaux. En 2018, il s’installe au Luxembourg pour accompagner des transformations d’envergure. Deux ans plus tard, il cofonde Cocoonut, une startup de coliving rapidement primée, qui attire des investisseurs et devient Many Many en 2022 après l’entrée d’INOWAI. En 2024, l’entreprise atteint la rentabilité et dépasse 500 unités en gestion en 2025. Entrepreneur engagé et père de deux enfants, Nicolas repense l’habitat partagé avec une vision innovante et durable.