

Zone de confort ? Maéva l’a quittée pour de bon. D’avocate à architecte d’intérieur, elle a tout déconstruit pour reconstruire autrement. Une plongée très concrète dans ce que veut vraiment dire “s’adapter”.
💃 Quel a été le plus grand changement auquel tu as dû t’adapter ? Comment as-tu vécu cette transition ?
Ma reconversion d'avocate à architecte d'intérieur a été un changement majeur et une bonne leçon d'humilité. Je suis passée d'avocate en fonds d'investissement à étudiante en école d'architecture d'intérieur, et d'un revenu très confortable à l'absence de revenus. Puis, j'ai été stagiaire en agence d'architecture d'intérieur pour apprendre mon nouveau métier sur le terrain.
C'est un changement qui, même si je l'ai souhaité et préparé, a eu son lot d'imprévus. Ça a remis beaucoup de choses en question, sur le plan professionnel mais aussi personnel. Mais c'était exaltant et complètement fou à la fois. Ce que j'en retiens, c'est de ne pas me mettre de barrières dans la tête. Ce qu'on imagine comme une montagne, une fois qu'on est dedans, on avance, et c'est tout. Je pense qu'on sous-estime beaucoup nos capacités d'adaptation.
💃 As-tu toujours été quelqu’un de flexible face aux changements, ou est-ce une capacité que tu as dû développer ?
Honnêtement, je ne me décrirais pas comme quelqu'un de naturellement flexible. Par contre, j'ai un vrai besoin de changement et une grande curiosité à assouvir. C'est ce qui me permet de grandir, de me réinventer, d'apprendre au quotidien et de rester créative. Ce qui m'a appris la flexibilité, c'est l'écosystème dans lequel j'évolue : l'entrepreneuriat et la nature même de mon métier d'architecte d'intérieur.
💃 Qu’est-ce qui, selon toi, différencie quelqu’un qui s’adapte facilement de quelqu’un qui subit le changement ?
La personne qui s'adapte au changement n'hésite pas à se remettre en question. Elle travaille avec la contrainte plutôt que contre elle, et réussit à en tirer quelque chose de bénéfique. À l'inverse, ceux qui subissent le changement ont tendance à se braquer face à une situation qui les dérange.
Et parfois, derrière cette résistance, il y a une forme d'excès de confiance : une certitude que ce qui a toujours fonctionné va continuer à fonctionner. On pense aux entreprises qui ont raté le virage digital parce qu'elles étaient convaincues que leur modèle était intouchable. C'est un champ de vision trop restreint qui empêche de voir ce qui arrive. Et ce qu'on ne voit pas, on ne peut pas s'y adapter.
💃 As-tu déjà été confrontée à une situation où il a fallu tout réinventer du jour au lendemain ? Comment as-tu géré ?
La création de Onomé Studio, c'était exactement ça. Une vraie réinvention. Parce que se lancer en architecture d'intérieur, c'est embrasser un métier dans toute sa complexité. C'est un métier de terrain autant que de création.
Pour monter mon studio, je ne voulais pas juste ouvrir une structure : je voulais créer quelque chose de cohérent, avec une identité visuelle, une méthode et une approche qui me ressemblent vraiment. J'ai tout pensé puis exécuté de A à Z : le branding, le webdesign, l'administratif, la prospection, avec un rétroplanning bien rodé. Sur chaque aspect, je partais de zéro.
J'ai tenu à tout faire moi-même, par curiosité d'abord, par nécessité aussi, et par souci de maîtrise. Ce qui m'a permis d'avancer, c'est de tout séquencer, d'aller chercher les bonnes informations et les bonnes personnes au bon endroit, et d'avancer étape par étape.
Et surtout, d’y mettre de l'envie. Parce qu'au final, c'est ce qui fait la différence : l'envie et la curiosité compensent beaucoup de lacunes. Et je reconnais avoir pris énormément de plaisir sur tous les aspects.
💃 Comment fais-tu pour garder un certain équilibre personnel et mental quand tout bouge autour de toi ?
Le sport est un impondérable et prend beaucoup de place dans mon quotidien depuis toujours. Musculation trois fois par semaine, running une à deux fois, séances de mobilité : c'est non négociable. Je crois que le physique et le mental sont très liés. Je sais que, pour certains, ça peut paraître vaniteux, mais prendre soin de son corps, c'est une hygiène de vie au même titre que bien dormir ou bien manger.
J'ai aussi plutôt une personnalité introvertie, ce qui veut dire que, quand tout s'accélère et que je sens que je suis hyper stimulée, la meilleure chose que je puisse faire, c'est de me recentrer sur moi-même pour recharger mes batteries. Pour quelqu'un d'introverti, l'agitation extérieure finit par épuiser si on ne crée pas ces moments de silence volontairement.
💃 Y a-t-il une expérience, une personne ou une philosophie qui t’a aidée à mieux appréhender l’incertitude ?
Les grands athlètes de haut niveau sont une vraie source d'inspiration pour moi. Les géants du basket comme LeBron James ou Kobe Bryant, mais je pourrais en citer tant d'autres ! Le niveau de discipline, de résilience et de confiance en soi que cela demande, malgré l'incertitude du sport, de la performance, et d'un corps et d'un mental constamment mis à l'épreuve, est fascinant.
Cette capacité à garder un regard porté sur un objectif en faisant fi du reste est quelque chose que je trouve très inspirant. Ce sont de bons exemples à suivre sur le plan de la mentalité à développer et à cultiver.
💃 Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui se sent dépassé par les changements et a du mal à s’adapter ?
D'abord, respirer un bon coup. Et je le dis très sérieusement, parce que quand tout s'accélère, on oublie vraiment de respirer. C'est la base, et pourtant c'est la première chose qui est sacrifiée.
Ensuite, essayer de changer le prisme que l'on a face à une situation de changement. Si on choisit d'y chercher quelque chose de positif, même petit, même infime, on l'aborde différemment. Bien plus facile à dire qu'à faire, je le concède. C'est le regard que l'on porte sur les choses qui change, pas tant la situation en tant que telle.
Dans les changements viennent des opportunités et une meilleure connaissance de soi — encore faut-il s'autoriser à le voir.
Enfin, garder un point d'ancrage auquel on peut se rattacher quand tout bouge permet aussi de mieux appréhender le changement. Par exemple : une routine sportive, un rituel du matin, un endroit que l'on retrouve chaque semaine, un repas que l'on prend toujours avec la même personne.
Ce sont des choses qui semblent anodines mais qui deviennent une boussole quand le reste est flou. Pour moi, ce sont le sport et ma routine beauté. Pour d'autres, ce sera autre chose. Mais sans ancrage, on dérive. Avec, on peut traverser.

Maéva MATHURIN est la fondatrice d’Onomé Studio, un studio de design d’intérieur qui défend une vision engagée, intentionnelle et fonctionnelle de l’architecture d’intérieur. Ancienne avocate d’affaires spécialisée en private equity au sein de cabinets d'avocats top-tier au Luxembourg, elle s’est reconvertie en architecture d'intérieur pour mettre sa rigueur et son sens du détail au service de projets de rénovation exigeants. Aujourd’hui, elle accompagne particuliers et entreprises dans la transformation de leurs lieux de vie ou de travail, en alliant esthétique épurée, élégance des matières et sens de la narration spatiale.
NEWSLETTER
Je m’abonne pour recevoir les prochains numéros de WeAre directement dans ma boite mail 💌
Créé avec ©systeme.io