

Il y a des parcours qui avancent tout droit. Et puis il y a celui d’Alexandra.
Des agences parisiennes au sac à dos en Amérique Latine, des crises d’angoisse aux bancs d’une grande école, elle a appris à rebondir, à s’écouter, à se réinventer. Aujourd’hui, elle a trouvé sa place, loin des cases toutes faites. Une conversation sans filtre sur la résilience, le lâcher-prise… et le pouvoir de dire non.
🌙 Tu as un parcours vraiment varié. Si on revient au début, qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans la communication et la gestion de crise ?
Ce qui m’a attirée dans cette spécialisation, c’est :
– Travailler dans l’urgence, c’est quelque chose qui m’anime
– Mettre en place des process et une stratégie
– Collaborer avec des interlocuteurs variés
– La diversité des missions
🌙 Tu as ensuite travaillé plusieurs années en agence, avec un rythme intense. À quel moment as-tu commencé à sentir que ça ne te convenait plus ?
J’ai commencé à prendre du recul après plusieurs années à enchaîner les expériences courtes. Juste avant le Covid, j’ai vécu une période particulièrement difficile : j’ai découvert ce qu’étaient les crises de panique, cette sensation de se noyer et de suffoquer… alors qu’on est assise tranquillement sur une chaise. J’enchaînais les conjonctivites, jusqu’à un matin où je ne pouvais littéralement plus ouvrir les yeux.
Je me souviens aussi d’un jour où, moi qui ne pleure jamais au travail, je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon corps, dehors, seule dans la rue pour que mes collègues ne me voient pas. Mon corps me faisait pleurer, sans que je puisse m’arrêter.
Je devenais aussi de plus en plus tête en l’air, je faisais beaucoup d’erreurs d’inattention. Je ne me reconnaissais plus. Je me décevais chaque jour un peu plus et n’arrivais plus à me faire confiance.
🌙 Donc envisager une nouvelle carrière ou travailler ailleurs devenait compliqué ?
Oui, comment se vendre quand on se sent incapable ? J’avais besoin de prendre du recul, et de me concentrer sur moi.
🌙 Et c’est là qu’une petite voix en toi t’a soufflé de partir, de voyager.
Exactement. Une voix en moi devenait de plus en plus forte : c’était le moment. Moi qui n’avais jamais voyagé seule, je ne connaissais même pas les auberges de jeunesse.
Je suis partie trois jours à Lisbonne. Premier jour : on me vole mon sac avec mon passeport. Mais j’ai décidé de rester positive, de profiter quand même.
Finalement, cette expérience m’a donné encore plus envie de voyager. Je me suis dit que si j’avais survécu à ça, j’étais prête à aller plus loin, plus longtemps.
🌙 C’est là que tu pars en Amérique Latine pendant deux mois. Qu’est-ce que ça t’a apporté, sur le plan perso comme pro ?
Énormément. Apprendre à me débrouiller seule, en terre inconnue. Améliorer mon espagnol. Reprendre confiance. Et surtout… j’ai découvert le lâcher-prise. Je n'avais aucune idée d'où je dormirais le lendemain, et ça m'allait très bien.
J’ai aussi appris à être un peu plus égoïste, à penser à moi d’abord. J’étais toujours entourée, mais je n’avais de comptes à rendre à personne. J’ai appris à dire “non”, à suivre mes envies. Ça a été très libérateur.
🌙 Tu reviens ensuite en plein confinement. Gros contraste… Comment tu l’as vécu ?
Je suis rentrée au Luxembourg, on a passé le confinement en famille à cuisiner, faire du sport… Les premières semaines étaient très agréables. Après tous ces voyages, retrouver mon cocon m’a fait du bien.
Mais rapidement, un ancien employeur m’a contactée pour un CDD, en pleine crise. J’ai accepté. Et j’ai vite compris que je n’allais toujours pas bien. À la moindre erreur, c’était panique à bord. Malgré mes nombreuses relectures, je faisais encore des erreurs d’inattention. Je n’arrivais pas à sortir de ce cercle.
🌙 C’est à ce moment-là que tu reprends des études ?
Oui. Le confinement n’était pas idéal pour changer de carrière, et j’avais encore besoin de temps.
Je me suis inscrite à un MSc en Business Management International dans une grande école, à distance. Cela me permettait de rester ouverte à des opportunités pro, de faire des stages, et surtout d’être accompagnée par des coachs.
Ces coachings m’ont énormément aidée. Et recommencer par un stage dans un tout autre environnement m’a aussi permis de reprendre confiance.
🌙 En parallèle, tu fais tes premiers pas en startup. Qu’est-ce qui t’a attirée ?
En agence, j’avais travaillé sur l’implémentation d’un outil de communication interne. J’avais adoré ce produit et les valeurs de la startup qui l’avait développé.
J’ai postulé trois fois, sans succès. Et finalement, j’ai pu y entrer par la petite porte : un stage. Stage qui s’est transformé en job de presales & product marketing.
🌙 Tu as eu des rôles très différents, parfois très enrichissants, parfois plus difficiles. À quel moment tu as su qu’il fallait changer de cap ?
Je voulais de la stabilité, et je ne la trouvais ni en agence, ni en startup. Il y avait toujours une forme d’insécurité.
🌙 Après plusieurs expériences en France, tu décides de revenir au Luxembourg. Pourquoi ?
Je suis Luxembourgeoise. À 20 ans, j’avais soif d’aventure. À 32, j’avais envie de me rapprocher de ma famille et de stabilité, de pouvoir me projeter sur les 5, 10, 20 prochaines années dans la même entreprise.
🌙 Aujourd’hui, tu es en communication interne et gestion du changement. Est-ce que tu te sens enfin à ta place ?
Oui. Je suis épanouie. C’est un peu cliché, mais je travaille dans une banque, avec une super équipe et des projets passionnants. Je peux m’y projeter sur le long terme. Et toutes mes expériences passées me servent aujourd’hui.
🌙 Tout au long de ton parcours, il y a eu des doutes, des pivots, des moments de creux. Quel a été ton plus grand apprentissage sur la résilience ?
Ne jamais rien lâcher.
C’était difficile, surtout pour une personne ambitieuse comme moi. Longtemps, j’ai vu ce parcours comme un échec.
Mais aujourd’hui, je ne changerais rien. Ce que j’ai traversé m’a forgée. J’ai appris énormément sur moi-même. J’ai une palette de compétences et une maturité que je n’aurais jamais eues en restant 5 ans au même poste.
Je détestais les études, et aujourd’hui j’ai un Bac +7 et un job qui, à la base, recherchait quelqu’un avec le double de mon expérience.
🌙 Si tu devais donner un conseil à quelqu’un en pleine remise en question professionnelle ?
J’en aurais plusieurs :
– S’écouter et prendre ses propres décisions (choisir un job pour faire plaisir aux autres est rarement une bonne idée)
– Ne pas abandonner (aujourd’hui c’est dur, mais demain — ou 7 ans plus tard ^^ — ça ira mieux)
– Savoir fixer ses limites (dire oui à tout ne vous rendra pas plus compétent ou plus apprécié. Il faut savoir dire “non” : à ce qui dépasse vos compétences, à ce qui va contre vos valeurs, ou tout simplement à ce qui vous fait du mal)
– Prendre du recul. Parce que parfois on s’obstine, on répète les mêmes erreurs, ou on se met une pression inutile. Prendre du recul, c’est aussi apprendre à relativiser, à voir le positif.
Et puis, une phrase que je me répétais souvent : si ça ne fonctionne pas ici, c’est qu’il y a quelque chose de mieux qui m’attend ailleurs.

Alexandra est diplômée en Relations Publiques de l’IHECS et titulaire d’un second master en Management International obtenu à l’EDHEC. Elle a débuté sa carrière à Paris, en agences de communication, où elle s’est spécialisée en communication corporate et en gestion de crise. Elle a ensuite rejoint une start-up spécialisée dans les solutions de communication interne, en tant que spécialiste PreSales & Marketing Produit. Elle travaille aujourd’hui au sein d’une banque au Luxembourg, en tant que spécialiste de la communication interne, où elle s’attache à créer des dispositifs de communication internes impactants, centrés sur l’humain et alignés avec les enjeux stratégiques.
NEWSLETTER
Je m’abonne pour recevoir les prochains numéros de WeAre directement dans ma boite mail 💌
Créé avec ©systeme.io