Sur le Pouce | Lara Beauguerlange : l'expatriation, une école de la vie

Et si tu laissais tout derrière pour partir à l’autre bout du monde ? À 20 ans, Lara l’a fait : elle a quitté la France avec un anglais approximatif, sans logement, et sans plan B. D’abord la Suède, puis l’Australie, et au passage, des galères, des fous rires, des rencontres inoubliables. Son histoire, c’est celle de beaucoup de jeunes qui rêvent d’ailleurs, de sens, d’aventure. Et si, comme elle, tu te lançais sans attendre d’être prêt·e ?

À 20 ans, j’ai pris la décision de partir vivre en Suède pour y poursuivre mes études et vivre pleinement l’aventure Erasmus. Besoin d’évasion, besoin de changer d’air. Mais avec un niveau d’anglais catastrophique… C’était à la hauteur de mes attentes, surtout pour progresser en anglais ! Je n’avais pas le choix : au début, personne ne me comprenait sur place, sauf les francophones.

À mon arrivée, mon dossier s’était perdu dans les méandres de l’administration de mon université d’accueil et je n’avais pas de logement. J’étais une inconnue au bataillon. Heureusement, tout s’est arrangé, mais j’ai eu quelques sueurs froides.

Nous étions environ 600 étudiants étrangers par semestre, venus des quatre coins du monde. On vivait tous en colocation, dans les mêmes immeubles, côte à côte. C’était notre quartier à nous.

J’y ai fait des rencontres incroyables, des amis que je vois encore aujourd’hui. J’y ai trouvé ce que je cherchais avant de partir : de l’insouciance, de la solidarité, de l’ouverture d’esprit, de la curiosité pour l’autre. Et j’ai compris que je devais continuer dans cette voie, que je m’épanouissais dans cet environnement où l’on se nourrit des différences et des autres.

J’ai fait l’expérience des jours qui durent 20 heures en été et de la nuit qui tombe à 15h en hiver pour ne se lever qu’à 9h le lendemain. Je suis allée jusqu’au pôle Nord, j’ai navigué à travers les fjords norvégiens et gravi un glacier. On a voyagé en Suède, Norvège, Danemark, puis aux Pays-Bas, en Allemagne, Estonie, Slovaquie, Autriche, République tchèque et Pologne…

Et en Pologne, nous nous sommes rendus à Auschwitz : nous, étudiants étrangers venus des quatre coins du monde, toutes religions et origines confondues, face à notre devoir de mémoire.

Tout ça pour dire qu’en une seule année, j’ai beaucoup appris, grandi et changé.

Je suis repartie le cœur lourd en juin 2009, à l’idée de devoir tourner une page aussi marquante de ma vie…


Mais heureusement, une licence en poche et une nouvelle idée en tête : partir en Australie pour faire mon master.

En quelques mois, tout était bouclé, et à l’automne 2009, je refais ma valise, direction Melbourne, dans l’État de Victoria. 28 heures de vol et 8 heures de décalage horaire. J’étais plus à l’aise en anglais, mais c’était sans compter leur slang et leur accent !

À nouveau une chouette coloc, de belles rencontres, des retrouvailles avec des amis australiens rencontrés en Suède. Et une famille australienne, originaire du « country Victoria », avec qui j’ai passé beaucoup de temps. Des voyages à travers le bush victorien, la Great Ocean Road, les vignobles australiens…

En 2011, j’ai décidé de partir vivre à Canberra, parce que c’était proche de Sydney et d’amis que j’avais là-bas. Je me suis retrouvée en colocation avec des avocats, un conseiller du Premier ministre, des fonctionnaires de l’État, une doctorante… Et moi, dans tout ça, j’étais fille au pair trois jours par semaine et je travaillais aussi dans un restaurant gastronomique français. Nos repas de "famille" étaient passionnés et passionnants.

Je suis aussi devenue bénévole dans une association qui proposait de l’hippothérapie à des enfants sur le spectre de l’autisme.

De temps en temps, j’allais à Sydney, où, avec quelques amis, on a planifié notre road trip à travers l’Australie : deux mois à traverser le pays en 4x4, d’une côte à l’autre. On a dû redescendre rapidement avant de se faire coincer par une tempête. Et à mi-chemin du voyage, on est tombés en panne vers Alice Springs, au milieu de nulle part. Deux hommes d’origine aborigène qui passaient par là avec leur 4x4 nous ont dépannés et tractés sur 200 km. Ils nous ont accueillis pendant une semaine, le temps de faire réparer la voiture. Ils nous ont emmenés sur leurs terres, nous ont parlé de leur culture, de leurs origines, du combat des Aborigènes d’Australie.

Début 2012, j’ai décidé de rentrer : j’étais trop loin de mes proches et je voulais revenir en Europe. Mais pas en France pour autant. Me voilà donc partie pour Bruxelles cette fois. Ville européenne, cosmopolite, vivante ! C’est là que j’ai commencé à travailler.

Je retourne très souvent en France, naturellement, pour voir ma famille et mes amis, mais je suis restée vivre à l’étranger depuis.

Ces expériences m’ont appris à me dépasser, à aller au-delà de mes peurs, à faire de ma sensibilité une force. Elles m’ont donné confiance en moi et soif d’apprendre. Elles m’ont rendue curieuse de l’autre et m’ont fait voir la richesse dans la différence. Elles ont façonné ma manière de voir les choses au quotidien et guidé mes choix futurs.

Je pense sincèrement que l’expatriation, telle que je l’ai vécue en Suède et en Australie, peut être une vraie école de la vie. J’ai été confrontée à une réalité tout aussi belle que dure parfois. Mais cette expatriation a été un vrai cheminement pour moi.

Et toi, c’est où que tu as appris à te dépasser ?


Après sept ans passés dans le recrutement, d’abord dans un cabinet d’ingénierie à Bruxelles puis dans un cabinet de conseil au Luxembourg, Lara Beauguerlange a choisi de se tourner vers un tout autre secteur : la coopération internationale. Depuis 2020, elle est responsable mécénat au sein d’une ONG active en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Sa mission : développer des partenariats et entretenir des relations avec des donateurs publics et privés basés au Luxembourg, afin de donner de la visibilité aux projets de développement et de favoriser la collecte de fonds.