Sur le Pouce | Patrick : De la traduction à la stratégie, itinéraire d’un bâtisseur de marques

Du dictionnaire au storytelling, en passant par les tapis de danse, Patrick a construit un parcours aussi atypique qu’inspirant. Traducteur devenu stratège, il a su transformer chaque opportunité en tremplin pour redessiner sa trajectoire professionnelle. Aujourd’hui à la tête de l’agence Takaneo, il partage avec nous ses aventures, ses défis et les leçons tirées de collaborations prestigieuses comme celles avec l’Opéra de Paris ou Dorothée Gilbert. Plongée dans l’univers de Patrick, où créativité et résilience se croisent pour réinventer les règles du jeu.

🗣 Peux-tu nous raconter un peu ton parcours ? Comment es-tu passé de traducteur à la tête d'une agence de communication ? Ce n'était sans doute pas ce que tu avais imaginé au départ, n'est-ce pas ? Ah non, clairement, ce n'était pas le plan ! Mais comme on dit, "Traduttore, tradittore" (traduire, c’est trahir), et j’avais envie de faire autre chose que de jouer avec les mots des autres. Quand j’ai découvert le monde de la communication, ça a été une véritable révélation : j’ai troqué le dictionnaire contre la stratégie de marque et les subtilités linguistiques contre le storytelling. Dix ans plus tard, me voilà à la tête d’une agence de communication qui accompagne au quotidien les plus grands noms de la place dans leur stratégie de communication multicanale. Joli défi !

🗣 Tu n'avais pas de formation en marketing ou en communication à la base. Comment t'es-tu retrouvé à gérer l'image de marque d'une entreprise dans un domaine aussi spécifique que les tapis de danse ? Le hasard fait bien les choses… surtout quand on lui donne un petit coup de pouce ! À mes débuts chez Harlequin Floors, je travaillais comme responsable commercial pour la France et l’Espagne. À l’époque, le marché espagnol ne rapportait pas un copec (ou une peseta, pour être précis). J’ai décidé de prendre les choses en main et de revoir l’image de la marque pour entrer sur ce nouveau marché. Avec Christine Feck, une danseuse amateur, graphiste talentueuse et amie d'enfance, nous avons modernisé l’image d’Harlequin. Petit à petit, je me suis retrouvé à piloter la stratégie de marque à l’échelle européenne pour cette entreprise internationale, vieille de 40 ans. Une sacrée responsabilité, mais surtout une aventure incroyable qui m’a mené bien plus loin que ce que j’aurais pu imaginer.

🗣 Prendre en charge l'image de marque a dû être un vrai changement. Comment as-tu réussi à t’adapter et à acquérir les compétences nécessaires en cours de route ? Même si le marketing repose beaucoup sur le bon sens, j’ai rapidement réalisé qu’il fallait que j'apprenne le b.a.-ba du marketing et de la stratégie de marque. J’ai donc suivi une formation post-universitaire en marketing et communication, entre le Luxembourg et Paris. Ce choix m’a permis de gagner en assurance, en compétences et en expertise, mais surtout de nourrir ma passion pour ce métier. De fil en aiguille, l’idée de créer ma propre agence a germé. L'agence que j'aurais souhaité rencontrer sur mon parcours professionnel, en quelque sorte. Et Takaneo est née.

Être entrepreneur est un défi de taille : on passe de salarié à employeur, ce qui change tout. On découvre aussi l’angoisse et la solitude de l’entrepreneuriat, mais les satisfactions sont décuplées. C’est une aventure et un choix que je ne regrette absolument pas.

🗣 Tu as travaillé avec des institutions prestigieuses comme l'Opéra de Paris. Qu'as-tu retenu de cette expérience dans un univers aussi artistique ? L’Opéra de Paris, c’est une plongée dans l’excellence et un univers où tout scintille, tout semble plus facile sous les ors de la République. Quand je passais plusieurs jours dans les couloirs et dans les salles de répétition de cette institution incroyable, le Luxembourg me semblait bien terne à côté de cette grandeur. Mais quel privilège de côtoyer des légendes comme Brigitte Lefèvre ou Benjamin Millepied, les anciens directeurs successifs du Ballet de l'Opéra de Paris !

Ma plus grande fierté, c'est certainement d'avoir convaincu l’Opéra de Paris (et ce ne fut pas une mince affaire) de changer les planchers des scènes de Garnier et Bastille, dont le mode de construction datait quand même de l'époque du Roi Soleil ! Sans rapport avec ce qui précède, j’ai même créé une agence de production de spectacles, qui a emmené les premiers danseurs et danseurs étoiles de l'Opéra en tournée internationale, notamment au Japon. Ces expériences ont été vraiment enrichissantes humainement et professionnellement.

🗣 Le tapis de danse est un produit très technique. Comment as-tu réussi à le rendre attractif pour un public d'artistes ? Cela a dû être un vrai défi, non ? Le tapis de danse n’est pas qu’un produit technique, c’est devenu un élément de la scénographie. Comme le disait Maurice Béjart : "Mon vocabulaire est celui du corps, ma grammaire celle de la danse, et mon papier est un tapis de scène." Ou Thierry Malandain, que j'ai eu la chance d’interviewer : "Le tapis de danse est comme une page blanche sur laquelle on raconte une histoire."

Avec des témoignages aussi puissants, on comprend vite que Harlequin joue un rôle clé dans l’univers artistique. Sans oublier que Harlequin est l’inventeur du tapis de danse en 1977, ce qui donne évidemment une légitimité unique à la marque. Tous les concurrents ne sont que des "copieurs" de Harlequin, The original !

🗣 Tu as également été l'agent de Dorothée Gilbert, une danseuse étoile. Comment cette collaboration s'est-elle déroulée et qu'as-tu appris de cette expérience ? Tout est parti d’une relation d’amitié. Un jour, Dorothée m’a demandé : "Patrick, veux-tu être mon agent ?" Passé l'effet de surprise, j’ai accepté, plus par amitié que par ambition financière. Travailler avec une égérie demande de jongler entre la recherche de partenariats et la protection de son image. Beaucoup de marques voulaient rencontrer "l’étoile" plus que collaborer avec "l’égérie". Si j’avais voulu en faire un véritable business, il aurait fallu accompagner plusieurs étoiles. Cela reste une expérience très enrichissante, et je suis fier de ce que nous avons accompli ensemble.

🗣 Aujourd'hui, tu diriges ta propre agence de communication. Qu'est-ce qui te passionne le plus dans ton métier actuel et qu'est-ce qui te motive chaque jour ? Ce qui me passionne, c’est la diversité. Aucun jour ne se ressemble. J’aime accompagner mes clients dans des stratégies multicanales et voir leurs marques évoluer grâce à notre travail. Être à la tête d’une agence, c’est aussi porter plusieurs casquettes : stratège, créatif, commercial, gestionnaire, et parfois comptable (même si les fichiers Excel ne sont pas ma tasse de thé). Apprendre au quotidien est pour moi la plus grande source de motivation.

🗣 Si quelqu’un envisageait de se reconvertir et de changer de domaine comme tu l’as fait, quels conseils lui donnerais-tu pour réussir cette transition ? Trop de gens restent dans des situations qui ne les satisfont plus, que ce soit au travail ou dans leur vie personnelle. Mon conseil : n’ayez pas peur du changement. Oui, c’est inconfortable, mais c’est là que vous grandissez le plus. Soyez curieux, apprenez sans relâche, et surtout, entourez-vous de personnes qui vous inspirent et vous soutiennent. J'ai la chance d'avoir des amis formidables et des partenaires de confiance qui m'aident dans mes choix stratégiques (ils se reconnaîtront).

🗣 Tu as évoqué lors de notre échange l'importance de sortir de sa zone de confort. Comment fais-tu pour repousser tes limites et prendre des risques dans ton parcours ? J’adore apprendre, et sortir de ma zone de confort est devenu une seconde nature. Que ce soit pour maîtriser une nouvelle langue – j’en parle six – ou pour m’immerger dans une nouvelle culture ou un nouveau secteur d'activité, chaque expérience enrichit ma vision du monde. Je réfléchis beaucoup à mes choix, mais je sais aussi écouter mon instinct et saisir les opportunités, voire les créer.

🗣 Y a-t-il un regret particulier dans ton parcours ou quelque chose que tu ferais différemment si c'était à refaire ? Si je devais changer quelque chose, ce serait peut-être de créer mon agence de communication plus tôt. Mais, en la lançant à 45 ans, j’avais l'impression d'être dans un rythme de vie d'un jeune trentenaire, à la tête de sa startup, ce qui n'est pas désagréable en soi ! Alors, finalement, pas de regrets, juste des leçons de vie. Tout vient à point pour qui sait attendre.

🗣 Quels sont tes projets pour l'avenir ? Un nouveau défi que tu aimerais relever ? Un rêve inaccompli ? J’ai appris à vivre la vie de six mois en six mois, car tout peut changer très vite. Mon principal projet est de continuer à consolider et à faire grandir Takaneo tout en gardant la confiance de mes clients et surtout de mon équipe de "creative minds", qui est une grande source de motivation et d'inspiration. Un rêve que je souhaiterais réaliser ? J'en ai tous les jours, mais j'aimerais vraiment organiser un dîner de gala avec Charles Kaisin, dont j'admire la créativité et l'humilité, et pourquoi pas sur la scène de la Philharmonie ou du Grand Théâtre. Avis aux amateurs, je suis prêt !

🗣 Pour finir, peux-tu nous partager un fait amusant ou surprenant sur toi que peu de gens connaissent ? Je suis passionné par l’art de la table et surtout par la magie des bougies. Un jour, j’ai organisé un dîner sans aucune source d’électricité, éclairé uniquement à la bougie. Mes amis étaient émerveillés… et légèrement inquiets. Certains m’ont même demandé où se trouvait la bonbonne d’oxygène, au cas où !


Patrick LESAGE est un entrepreneur créatif et polyvalent. D’un parcours atypique mêlant traduction, production de spectacles avec l’Opéra de Paris et entrepreneuriat, il a fondé il y a 10 ans Takaneo, une agence de communication 360° qu’il dirige aujourd’hui.

Polyglotte (il parle six langues !) et curieux insatiable, Patrick aime relever des défis et se réinventer. Passionné par les arts de la table, il transforme ses dîners en véritables œuvres d’art. Avec son équipe chez Takaneo, il continue d’imaginer et de faire briller les marques qu’il accompagne avec passion.