

En 2024, une étude Mastercard révèle que les femmes restent à la traîne sur les questions financières. Seulement 38 % d’entre elles se considèrent comme investisseuses avisées (contre 54 % des hommes). Et au travail ? À peine 39 % osent parler d’argent avec leur hiérarchie, contre 58 % des hommes.
Dans cette chronique, Monia décrypte ces chiffres, démonte les idées reçues et propose des actions concrètes pour que les femmes prennent (enfin) toute leur place dans le game financier — au Luxembourg comme ailleurs.
Ces chiffres ne pointent pas un manque de compétences. Ils révèlent autre chose : un manque de confiance. Des normes sociales qui freinent. Un système qui, à l’origine, n’a tout simplement pas été pensé pour elles.
Le vrai problème ? Ce ne sont pas les femmes. C’est le système.
Même avec des progrès en matière d’égalité, l’univers de la finance reste un territoire inégal. Moins de confiance, moins de visibilité, moins d’accès… et beaucoup de "je ne sais pas" qui ne révèlent pas une incapacité, mais un manque d’exposition. Trop souvent, les programmes d’éducation financière ne prennent pas en compte les réalités des femmes. Résultat : elles restent sur le banc de touche.
Pourtant, on sait que quand les femmes gèrent l’argent, c’est toute la société qui progresse
Accès à l’éducation, meilleure santé, sécurité économique renforcée : l’inclusion financière des femmes est un levier de transformation massive. Alors qu’attend-on pour accélérer ?
1️⃣. On repense les produits financiers
Des seuils d’entrée plus accessibles. Des investissements alignés avec les valeurs (ESG, long terme…). Des outils pensés pour des projets de vie concrets. Ce n’est pas que les femmes n’investissent pas. C’est que l’offre ne leur ressemble pas encore.
2️⃣. On ouvre (vraiment) la conversation au travail
Si plus de 60 % des femmes ne se sentent pas à l’aise pour parler d’argent en entreprise, c’est qu’il faut changer la culture. Transparence salariale, mentoring, formations à la négo : les employeurs ont un rôle clé à jouer pour faire sauter les verrous.
3️⃣. On mise sur des programmes d’éducation qui collent à la réalité
L’exemple italien est inspirant : l’association Soroptimist, en lien avec la Banque centrale, forme des femmes par des femmes, avec des formats adaptés. Résultat : plus de confiance, plus d’autonomie, plus de pouvoir.
4️⃣. On agit aussi au Luxembourg
Ici, seulement 53 % des adultes atteignent le niveau de littératie financière recommandé par l’OCDE. Et pour les femmes ? Aucune donnée ventilée. La bonne nouvelle : la charte “Women in Finance” signée par les grands acteurs du secteur vise à changer la donne, en s’engageant sur la parité, la transparence et des objectifs mesurables. Mais il faut aller plus loin. Plus vite.
Et concrètement, on fait quoi ?
On collecte les bonnes données : rendre obligatoire la publication de chiffres genrés dans le secteur financier, pour voir où ça coince — et où ça progresse.
On mise sur l’éducation dès le départ : financer des programmes de littératie financière pensés pour les filles et les femmes, à chaque étape de leur vie.
On conçoit des produits qui leur parlent : adaptés à leurs objectifs, à leurs contraintes, à leurs valeurs.
On libère la parole en entreprise : en normalisant les discussions sur l’argent, les salaires, les investissements.
On mise sur ce qui fonctionne déjà : en généralisant les initiatives efficaces grâce à des partenariats public-privé.
Parce que l’autonomie financière, ce n’est pas un bonus. C’est un droit. Et c’est aussi un moteur puissant pour des sociétés plus égalitaires, plus résilientes et plus prospères.

Monia Gruber est une professionnelle de la finance engagée, animée par une forte passion pour l’innovation et le développement économique. Ses recherches portent principalement sur les impacts socio-économiques de l’adoption des technologies récentes dans le secteur financier.
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