La chronique de... | Vanessa Rousset : Quand apprendre devient une habitude (et une force).

Son parcours aurait pu suivre une route tranquille, mais Vanessa a choisi (ou plutôt, la vie l’a poussée) à transformer chaque obstacle en apprentissage. De son diplôme d’esthéticienne à la direction des ressources humaines, elle avance portée par une conviction : apprendre est sa manière de rester libre, curieuse et vivante. Dans cette chronique, elle raconte comment un complexe d’infériorité s’est changé en moteur… et comment la formation est devenue, pour elle, un art de vivre.

“C’est probablement mon complexe d’infériorité qui m’a menée d’esthéticienne à DRH.”
Je la ressors souvent, cette phrase. Elle fait sourire, mais au fond, elle est assez vraie.
Parce que si je regarde en arrière, je crois que c’est justement ce sentiment, celui de devoir rattraper quelque chose, qui m’a donné envie d’apprendre, encore et encore.


Aujourd’hui, je ne tiens pas deux ans sans entamer une nouvelle formation. C’est devenu une habitude. Un besoin. Une façon d’avancer.

Quand j’ai quitté le cocon familial à 18 ans, avec mon diplôme d’esthéticienne en poche, je pensais que ma route était tracée. Mon kit d’ongles, mes clientes, mes horaires. Et puis la vie en a décidé autrement. Une allergie, quelques rendez-vous médicaux… et me voilà à devoir repenser mon avenir professionnel avant même mes 20 ans.

Alors, j’ai fait ce qu’est devenu plus tard mon leitmotiv : observer, apprendre, rebondir.

Je me suis rappelé ma mère, arrivée d’Allemagne sans parler un mot de français, qui avait refait sa vie professionnelle au Luxembourg en s’appuyant sur ce qu’elle savait faire, et en apprenant le reste. Alors je me suis dit : si elle l’a fait, pourquoi pas moi ?

Je me suis lancée à la recherche d’un emploi administratif. Mon petit ami de l’époque me dit : « Tu dois envoyer ta candidature au service des ressources humaines. » Et là, j’ai découvert un nouveau mot : « ressources humaines… » À l’école d’esthétique, on ne nous avait pas appris cela.


J’ai envoyé des candidatures tous les jours, fait des entretiens, des tests, des assessment centers… pendant plus d’un an.

Et un jour, une DRH m’appelle : « Vous parlez allemand ? Anglais ? Bon… Je vous avais déjà envoyé un refus, mais venez quand même. »
J’ai eu le job… Et depuis ce moment, cette scène de Jean-Claude Duss me poursuit : « Oublie que t’as aucune chance, vas-y, fonce ! On sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher. »

C’était le début d’un long périple d’apprentissage, fait de découvertes, de doutes, de petites victoires aussi. J’apprenais tout : les codes du corporate, la communication, les logiciels, les comportements. Et au bout de six mois, j’en voulais déjà plus.

Lorsque j’ai postulé à un job d’assistante RH et qu’on m’a dit que j'étais une super réceptionniste, mais pas faite pour le métier RH. Alors, j’ai décidé de le devenir.


Alors je me suis inscrite à un programme du soir pour repasser mon bac. Quatre soirs par semaine, plus le samedi matin. Dix mois à jongler entre le travail, les révisions, et les cernes (et les soirées, car oui, j’avais 21 ans, l’âge où l’on fait généralement des soirées étudiantes).

Apprendre, c’est se mettre en mouvement. C’est sortir de sa zone de confort. C’est parfois faire un pas dans le vide et se dire qu’on verra bien où on atterrit.

Quand j’ai décroché mon premier poste RH, j’étais seule à bord. Un stand-alone role, comme on dit joliment maintenant. Pas de collègue, pas de mentor, et surtout… pas de ChatGPT à l’époque !
Alors je me suis formée toute seule.
Je passais mes soirées à chercher sur Internet : comment faire passer un entretien d’embauche ? Comment structurer une évaluation de fin d’année ? Comment rédiger une procédure RH ?
Et j’ai appris. Pas sur les bancs de l’école, mais en pratiquant, en testant, en me trompant parfois.

La meilleure preuve ? Lors d’un entretien quelques années plus tard, dans une plus grande structure, on m’a demandé : « Et vous, comment vous rédigez une procédure ? »
Cette fois, j’avais la réponse. Et je crois bien que c’est là que j’ai compris que j’étais devenue, à ma manière, une vraie RH.

Depuis, je ne me suis plus arrêtée. Formation après formation, j’ai construit ma route : la VAE, la licence, le master, la médiation, le coaching…
À chaque fois que je pensais avoir atteint ce que je visais, j’éprouvais le besoin de me challenger à nouveau. Pas par frustration, mais par curiosité.


J’aime comprendre, explorer, relier les points. J’aime sentir que je grandis, que j’élargis ma vision du monde et des autres.

Et puis il y a ces formations qui ne t’apprennent pas seulement un métier, mais qui te changent toi, profondément.


Quand j’ai commencé la médiation, le formateur nous a prévenus : « Vous ne ressortirez pas indemnes. » Il avait raison. Cette année-là, j’ai pris des décisions radicales. J’ai compris qu’apprendre, c’était aussi se transformer, parfois sans même s’en rendre compte.
Même chose pour le coaching : impossible d’accompagner les autres sans se questionner soi-même.

Je crois que c’est pour ça que je continue. Parce que chaque apprentissage me ramène un peu plus à moi-même.
Et parce que dans un monde où tout va vite, apprendre me donne l’impression de rester libre.
Libre de choisir, de comprendre, de m’adapter.
Libre de me réinventer, encore et encore.

Parce qu’au fond, apprendre, c’est rester vivant.
Never stop learning.


Généraliste RH depuis plus de 15 ans, Vanessa ROUSSET a construit son parcours dans des secteurs variés, en débutant sa carrière sans aucun diplôme. Animée par une forte volonté d’apprendre et de progresser, elle s’est formée tout au long de son évolution professionnelle. Pour elle, la fonction RH — qu’il s’agisse de recrutement, de paie ou de direction RH — est avant tout un rôle de business partner, au service des équipes et de la stratégie de l’entreprise.