La chronique de... | Victoria Lecointe : Comment devient-on écrivain ? Mon parcours !

Peut-on étouffer sa vocation sans jamais vraiment l’éteindre ?
Victoria a grandi avec les mots, s’en est éloignée… puis les a retrouvés au détour d’un burn-out. Entre droit, finance et maternité, elle raconte comment l’écriture est redevenue essentielle — et comment elle tente, chaque jour, de lui faire une vraie place.

Naît-on écrivain, une plume à la main ? Certainement pas. Cela vient-il de parents

qui nous bercent de mots et de lettres ? Parfois, pas toujours. Alors que se passe-t-il ?

De la même façon que certains cerveaux frétillent à la vue de chiffres, d’autres s’animent au

décodage des lettres. Les chiffres, ne m’en parlez pas trop. Les mots, abreuvez-m’en !

C’est donc par la lecture que tout commence. Petite, j’étais fascinée par ces adultes

qui parvenaient à comprendre des suites de lettres qui pour moi formaient un charabia

inaccessible. Je me souviens encore de l’admiration que je vouais aux enfants qui, à l’entrée

du CP, savaient déjà lire.

Puis, j’ai moi-même atteint ce savoir miraculeux. Et là, je me suis

mise à tout lire. TOUT. Les devantures de magasin, les panneaux de circulation, les paquets

de céréales. Il a fallu m’acheter des livres, des romans, des Grand Galop et des Harry

Potter. Progressivement, à la question « Victoria, que fais-tu ? » ma mère ne s’est plus

entendue répondre « je joue », mais « je lis ». Je lis, je lis, je lis.

Voilà, facile me direz-vous, j’adorais lire, j’inventais des histoires avant de m’endormir, j’ai eu envie d’écrire et donc j’ai écrit. Mais non, tout bon personnage principal qui se respecte doit suivre un parcours initiatique, affronter barrières et obstacles, vaincre ses démons, avant de mener sa quête à bien. Et la quête, pour vous qui me lisez, comme pour moi, c’est la vie, l’épanouissement. Sauf que, dans notre quête, on a évidemment tendance à se tromper de chemin.

La voie (voix, voie ?) de l’écriture, je l’ai donc étouffée de façon semi-inconsciente

pendant longtemps. Semi-inconsciente parce que j’avais bien fait une tentative de roman,

vers 12 ans, un bloc-notes A4 entier, qui n’a connu qu’une seule lectrice (Maman,

évidemment) et qui a conclu ma courte vocation par un atterrissage dans la poubelle. Semi-

inconsciente parce que, au fond de moi, je voulais écrire, mais à la surface, ce n’était pas

une option, pas une possibilité, pas une réalité. Parce que je n’avais rien à dire, que je ne

saurais jamais écrire des centaines de pages, que de toute façon, écrivain, comme chanteur

ou acteur, c’était inatteignable.

Et puis il fut temps de choisir un métier, de penser financier, comment gagner sa vie,

les responsabilités à venir, 40 ans de carrière avant la retraite. Des hésitations : j’aimais

l’Histoire, j’aimais les sciences politiques, j’ai fini en Droit et adoré cela. Des signes flagrants

de mon attrait pour la littérature que j’ai ignorés superbement. J’ai donc suivi un parcours

classique, j’ai fini mon Droit, j’ai migré de Lille au Luxembourg et j’ai atterri dans la finance.

Je n’inventais plus d’histoires avant de m’endormir. Peut-être parce que j’avais grandi ou

peut-être parce que je m’étais perdue en chemin.

Une promotion, un enfant, un congé maternité, retour au travail, quête de sens,

deuxième enfant, congé maternité, COVID surtout, retour au travail, promotion. J’en avais

oublié la quête de sens, qui s’est violemment rappelée à moi sous la forme d’un burn-out.

Et là, ça y est, je me suis éveillée à moi-même, wake up call : maintenant, ça suffit

de tergiverser, j’écris. C’est peu ou prou la première ligne du premier texte que j’ai écrit.

Et je ne me suis plus arrêtée depuis.

Ma quête est-elle arrivée à son terme ? Oui. Non. J’ai renoué avec cet élément

essentiel de moi-même, mais lui faire de la place dans ma vie est un équilibre de tous les

jours. Si je fais un arrêt sur image, voici où j’en suis: j’ai trois enfants en bas âge que je

récupère tous les jours à la sortie d’école, j’écris quotidiennement, je travaille à mi-temps

dans la finance.

Et c’est que là se situe une autre quête : comment concilier vie familiale, vie

professionnelle et épanouissement personnel ?

Ma réponse au prochain épisode !


Victoria Lecointe vit au Luxembourg, où elle travaille dans la finance et élève ses trois enfants. Française d’origine, elle a grandi à Lille, où elle a également étudié le droit. Depuis son plus jeune âge, elle n’a jamais cessé de lire. Après des années à accumuler des histoires, elle s’est décidée à les écrire elle-même. Son premier roman, Le Sac à Main d’une Autre Vie, est paru aux éditions Jouvence en 2024.