

Et si être soi-même était notre meilleur atout ? Dans cette chronique, Annabelle revient sur le jour où elle a arrêté de faire semblant — et sur la liberté que ça a ouvert.
Y a-t-il un moment où tu as compris que rester fidèle à toi-même était essentiel ?
Oui, quand j’étais encore dans le monde du consulting, on m’a confié des missions qui étaient à l’opposé de mes compétences, presque sous prétexte que “quand on est consultante, on sait tout faire, on est expert dans tous les domaines”.
Et j’ai senti, profondément, que ce n’était ni juste pour moi, ni juste pour le client. J’avais deux options : jouer un rôle, faire semblant, “vendre” une expertise que je n’avais pas…
Ou être fidèle à ce que je savais réellement faire, quitte à dire non. Ce jour-là, j’ai choisi la fidélité à moi-même. Et je crois que ça a été un déclencheur important de ma démission.
Parce que je ne voulais plus fournir un travail dont je n’étais pas fière, ni m’éloigner de ce qui faisait ma valeur réelle.
As-tu déjà ressenti la pression de devoir jouer un rôle qui n’était pas vraiment toi ?
Oui, très fort, surtout avant de découvrir que j’étais HPI. Quand on pense différemment, intensément, différemment des autres, on le remarque tôt. Et parfois, on se dit que “ce n’est pas normal” et qu’il faudrait se calquer sur les autres.
Pendant longtemps, j’ai essayé de rentrer dans le moule : lisser mes idées, prendre “moins” de place, cacher mes intuitions ou ma sensibilité. Je pensais que c’était ça, être “professionnelle”. Le problème, c’est que cela crée une dissonance intérieure énorme.
On joue un rôle qui n’est pas le nôtre, et on s’épuise. On se compare, on doute, on se dit : “Il y a un truc qui ne va pas chez moi.”
C’était juste moi qui n’avais pas encore compris qui j’étais vraiment.
Quel est, selon toi, le plus grand malentendu autour de l’authenticité ?
Le plus grand malentendu, c’est de croire que authenticité = transparence totale. Comme si être authentique voulait dire tout dire, tout montrer, tout exposer. Alors que ce n’est pas ça du tout.
L’authenticité, ce n’est pas s’exposer sans filtre. C’est être cohérente : ne pas trahir qui on est. Choisir ses mots en restant alignée avec ce qu’on pense vraiment.
Une rencontre ou une expérience qui t’a aidée à t’assumer pleinement ?
Oui. Une phrase, simple, mais qui m’a marquée. C’est mon meilleur ami — on se connaît depuis 20 ans — qui m’a dit un soir : “Arrête de dire que ça va toujours bien. Je sais quand ça ne va pas. Même quand tu ne le dis pas. Je le sais depuis toutes ces années.”
J’étais en plein burn-out, je niais tout. Et je crois que c’est la première fois que quelqu’un voyait au-delà du masque que j’avais tellement l’habitude de porter. Cette phrase m’a secouée, mais elle m’a aussi libérée.
On peut être forte, compétente, ambitieuse… et ne pas aller bien parfois. Le reconnaître ne nous enlève rien.
Dans le monde pro, arrives-tu à être totalement toi-même ?
Aujourd’hui, beaucoup plus qu’avant. L’entrepreneuriat m’a donné un espace où je peux être pleinement moi et libre, dans ma manière de penser, d’analyser, de créer, de travailler. Je connais mes forces, je connais mes défauts, et je fais avec.
Ce n’est plus quelque chose que je cache, c’est quelque chose que j’utilise. Est-ce que je fais encore des concessions ? Parfois, oui. Il y a des environnements où je reste plus mesurée, par respect ou par stratégie. Mais jamais au point de me trahir.
Je sais ce que je vaux, et surtout : je connais mon métier. Et je le fais avec expertise, sincérité et exigence.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui n’ose pas être pleinement lui-même ?
Je lui dirais de commencer par se connaître profondément. Quelles sont ses forces ? Qu’est-ce qu’il cache ? Qu’est-ce qui lui fait peur ? Qu’est-ce qu’il croit que l’on va penser de lui s’il se montre tel qu’il est ?
L’authenticité ne commence pas par “se montrer”. Elle commence par se comprendre. Et ensuite, d’essayer dans un espace sécurisé : avec une personne de confiance, un petit projet, une conversation.
Parce que dès qu’on goûte à la liberté d’être soi, même un tout petit peu… on n’a plus envie de revenir en arrière.

Annabelle BUFFART est consultante et fondatrice de Llama Corp, une agence d’expérience digitale pas comme les autres — à l’image de son parcours atypique. Détectée HPI à 35 ans, après deux burn-out marquants, elle comprend que sa façon de penser, d’analyser et de créer — différente, intense, parfois déroutante — est en réalité sa plus grande force. Aujourd’hui, elle accompagne les entrepreneurs et les entreprises pour faire rayonner leurs produits et services, en mêlant stratégie, KPI, expérience client, storytelling, intuition… et une bonne dose de passion.
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