La chronique de... | Magali Zuber : 27 ans d’expérience… et retour sur les bancs de l’école : une idée folle ? Pas tant que ça.

Changer de cap après 27 ans de carrière, ça ne se fait pas sur un coup de tête.
Dans cette chronique, Magali revient sur son choix de reprendre des études à 51 ans : un parcours exigeant, parfois inconfortable, mais surtout profondément transformateur. Et si apprendre à nouveau était la meilleure façon d’avancer ?

Récemment, j’ai planché sur une copie d’examen universitaire. Chrono et sueur froide…


J’avais 51 ans, déjà deux masters, 27 ans de carrière derrière moi, et j’ai failli rater mon épreuve écrite. Non pas par manque de connaissances, au contraire, mais pour avoir perdu le réflexe de gérer mon temps sur une copie. Alors qu’il ne me restait que 45 minutes, ma feuille quasi vierge, j’ai eu une pensée très claire : « Mais qu’est-ce que je fais là ? »

Un court moment de doute. Car en réalité, c’est l’une des meilleures décisions de ma vie.

Le déclic : la conviction, pas la nostalgie

Retourner à l’université n’était ni un coup de folie ni une crise existentielle. C’était un choix stratégique : je voulais créer mon cabinet de coaching exécutif avec une vraie légitimité académique, pas seulement 27 ans de terrain. J’ai donc intégré le Master en Executive Coaching de l’Université de Cergy Paris. En 14 mois, j’ai enchaîné 40 jours de formation, des dizaines de livres, des examens oraux et écrits, ainsi qu’un mémoire universitaire. Heureusement, soutenue par ma fabuleuse promo.

Mais avant de vous parler des bonheurs, parlons franchement des peurs.

Ce qu’on n’ose pas dire : c’est dur

Réapprendre à apprendre, ça ne s’improvise pas. Le cerveau d’un cadre dirigeant est rodé pour décider, synthétiser, convaincre. Pas pour mémoriser des modèles ou rédiger un mémoire en respectant scrupuleusement le formalisme académique. Le sujet de mon mémoire m’a passionnée, la contrainte formelle beaucoup moins. Et se retrouver devant un jury d’examen n’est pas si confortable non plus.

La bonne nouvelle ? On s’en remet. Et même plus que ça.

Ce qu’on gagne vraiment : c’est immense

Reprendre des études, c’est remettre en mouvement sa plasticité cérébrale. Mémoriser, structurer une pensée sur un sujet qu’on ne maîtrise pas encore, faire des liens entre des champs étrangers les uns aux autres… tout cela réactive ce qu’une carrière bien installée tend à laisser en veille. Ce que j’ai gagné avec ce Master, c’est bien plus que des outils : c’est une capacité renouvelée à penser de façon complexe et à tolérer l’incertitude. Moins une mise à jour logicielle qu’une refonte partielle du système d’exploitation.

Et puis il y a eu ma promo. 25 personnes d’horizons totalement différents. Un collectif d’une richesse rare, marqué par un esprit de solidarité et l’envie que chacun réussisse dans sa voie, à sa manière. Un modèle de réussite D&I et des pairs sur lesquels je pourrai toujours compter.

Ah, et la carte étudiante. Grande fierté à chaque fois que je la sortais à l’entrée d’un musée ou d’un cinéma. Grande désillusion quand j’ai découvert que le tarif étudiant exigeait une seconde condition : avoir moins de 26 ans ! Pas toujours — il m’est arrivé d’en bénéficier, et à chaque fois, ça me faisait rire.

Le vrai message : il n’y a pas d’âge

En entreprise, on reçoit l’étiquette « senior » dès 45 ans. Absurde et réducteur : cela laisse croire qu’il y aurait une date de péremption pour travailler efficacement. Depuis que j’ai décroché mon Master, je m’offre plusieurs jours de formation chaque année pour nourrir ma curiosité et rester au contact d’un monde en constante évolution.

Ce n’est pas de la performance. C’est de l’hygiène intellectuelle.

Reprendre des études, c’est choisir de rester vivant professionnellement et intellectuellement. C’est refuser de se laisser figer dans ce que l’on sait déjà. C’est envoyer un signal fort, à soi-même d’abord, que l’on n’a jamais fini d’apprendre, de s’étonner, de se surprendre.

On n’a qu’une vie. Autant qu’elle soit intéressante jusqu’au bout.

Alors ? C’est pour quand, votre prochaine rentrée ?


Magali ZUBER a plus de 25 ans d’expérience aux côtés des dirigeants, dont 10 ans en comité exécutif dans des environnements complexes. Passée par des fonctions variées — marketing, audit, CRM, distribution et direction générale — elle a notamment été Head of Marketing & Distribution chez AXA Luxembourg et directrice de cabinet d’un CEO d’un groupe de 25 000 collaborateurs.

Aujourd’hui executive coach et sparring partner de dirigeants, elle accompagne leaders et hauts potentiels dans leurs moments de décision pour les aider à clarifier leurs choix, rester alignés et diriger avec impact.