

On parle souvent des succès éclatants, des millions levés et des investisseurs séduits en trois slides… mais la réalité est souvent bien plus complexe. Quels pièges se cachent derrière la levée de fonds ? À quoi faut-il vraiment s’attendre une fois les accords signés ? Et surtout, faut-il absolument passer par cette étape pour réussir ?
Thibaut Ciccone lève le voile sur les non-dits et les zones grises de cet incontournable des startups. Préparez-vous à être surpris – et peut-être à revoir vos certitudes. 😉
Pour beaucoup, la levée de fonds est un élément incontournable dans la vie d’une startup. Rappelons qu’une startup est une entreprise en quête de son business model, conçue pour générer une croissance rapide.
Sujet largement documenté et médiatisé (à travers des émissions comme Shark Tank, Dragons’ Den ou Qui veut être mon associé ?), véritable rite de passage dans les incubateurs de startups via les fameuses pitching sessions, certains aspects demeurent pourtant rarement évoqués.
Petit tour d’horizon :
1️⃣ Une startup doit-elle obligatoirement lever des fonds pour réussir ?
La réponse est simple : ça dépend. 😅
Non, car il est tout à fait possible d’autofinancer son développement sans passer par la case business angels ou VC. Ce concept a même un nom : le bootstrapping. Cela donne souvent une image positive, car cela démontre l’engagement des fondateurs à investir leurs propres fonds, à convertir rapidement des clients et à gérer leurs finances de manière rigoureuse.
Oui, car le monde des startups est une jungle. Le financement externe peut offrir un avantage compétitif majeur en décuplant les ressources. Certains projets, notamment dans l’industrie ou l’énergie, ne peuvent quasiment pas exister sans levée de fonds, car ils nécessitent de couvrir des coûts fixes initiaux très élevés.
2️⃣ La relation avec les investisseurs est-elle toujours harmonieuse ?
Pas toujours. La clé est d’établir une communication claire dès le départ.
Par exemple, dans des réseaux comme BeAngels, les investisseurs n’apportent pas seulement du financement. Ils offrent également leur expertise et leur réseau. Cependant, les fondateurs de startups ont leur mot à dire : il est courant d’échanger avec les investisseurs en amont, voire de les sélectionner.
Cela dit, ce n’est pas toujours simple. Obtenir un financement peut créer un sentiment de redevabilité. Les attentes et le seuil de tolérance varient selon l’expérience : on ne voit pas les choses de la même manière lorsqu’on lance sa première startup ou après 15 ans dans l’entrepreneuriat.
Je me souviens d’un fondateur qui, lors de sa première levée de fonds, avait intégré un business angel très impliqué… au point de devenir un poids. Aujourd’hui, il ne referait pas cette erreur.
Tous les investisseurs n’ont pas le même profil. Certains, anciens entrepreneurs, souhaitent s’impliquer davantage, tandis que d’autres préfèrent un rôle plus passif.
En résumé, il vaut mieux établir un dialogue ouvert, exprimer ses attentes et évaluer si l’investissement proposé vaut le risque potentiel d’un désaccord humain.
3️⃣ Faut-il être un as de la présentation pour lever des fonds ?
C’est un atout, mais ce n’est pas indispensable.
Savoir raconter une histoire, capter l’attention, mettre en avant des chiffres clés… tout cela donne envie aux investisseurs d’en savoir plus. Heureusement, la prise de parole en public est une compétence qui s’apprend.
Dans mon expérience passée, des ateliers d’expression publique permettaient déjà des progrès significatifs en une après-midi. Se former, s’entraîner, s’imprégner de son discours et le confronter à des publics variés sont les clés pour surmonter ses blocages.
Cependant, les investisseurs ne s’arrêtent pas à la façade : lors de la due diligence, ils analyseront en détail les risques et le potentiel de votre projet. Même un pitch deck au design impeccable ne suffira pas s’il manque de fond. Pour vous rassurer, regardez la présentation qui a permis à Airbnb de lever 600 000 dollars en 2008… elle était loin d’être parfaite !
Enfin, si vous n’êtes pas à l’aise avec PowerPoint ou Canva, faites appel à un expert via une plateforme de freelances.
4️⃣ Quelles erreurs faut-il éviter absolument ?
Voici quelques erreurs répandues qui peuvent rebuter les investisseurs :
Travailler seul : Êtes-vous incapable de convaincre d’autres cofondateurs ? Refusez-vous de partager le pouvoir ? L’équipe est souvent le premier gage de réussite.
Externaliser tout le développement technique : Comment prouver que vous êtes les bonnes personnes pour mener le projet si vous ne maîtrisez pas les aspects essentiels ?
Sous-estimer les besoins financiers : Présenter des prévisions trop optimistes ou sous-évaluer les coûts futurs peut effrayer les investisseurs. Soyez réaliste et prévoyez des marges de sécurité.
Ignorer la concurrence : Affirmer que votre projet est « unique » ou sans concurrence est un signal d’alerte. Si votre solution est innovante, montrez comment vous construisez des barrières à l’entrée.
5️⃣ Faut-il être un expert pour investir dans des startups ?
Pas du tout ! Contrairement à une idée reçue, il n’est pas nécessaire d’avoir un passé de serial entrepreneur, un doctorat en finance ou un profil de gourou tech pour devenir business angel.
De plus en plus de personnes venues d’horizons variés investissent dans des startups. Par exemple, près de 30 % des business angels selon une étude de France Angels proviennent de secteurs non liés à la tech.
Pour minimiser les risques, plusieurs solutions existent : rejoindre un réseau de business angels pour bénéficier d’une expertise collective, se former via des ateliers ou commencer par investir dans des portefeuilles de startups présélectionnées.
Le vrai facteur clé ? Un esprit collaboratif et l’envie d’aider les entrepreneurs à transformer leurs visions en réalité.

Thibaut CICCONE coordonne les activités de BeAngels au Luxembourg, le plus grand réseau de business angels en Belgique, également actif au Grand-Duché.
Indépendant aujourd'hui, il cumule une douzaine d'années d'expérience dans l'accompagnement de startups et d'entrepreneurs. Il continue d'animer des ateliers sur les méthodes d'innovation et de validation de marché, tout en soutenant des entrepreneurs dans le lancement de leurs projets.
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