Big Talent | Carole Plehiers : tracer sa route, coûte que coûte

Changer de vie plusieurs fois, affronter un cancer, dire non à des clients toxiques, partir seule à l'autre bout du monde...

Carole Plehiers n'a pas un parcours linéaire, et c'est justement ce qui fait sa force.

Assistante virtuelle, Digital Nomad, bosseuse ultra engagée, elle nous raconte avec humour et honnêteté ses virages, ses valeurs, et ce qui lui permet de garder le cap, même quand la mer est agitée.

Spoiler: il y a de l'essuie-tout, du VPN, et un vrai sens du service.

👣 Pour commencer, comment tu te décrirais en quelques mots ? Qui est Carole aujourd’hui, dans la vie pro et perso ?

Extravertie, généreuse, entière, épicurienne, anxieuse, honnête, curieuse, féministe, fervente supportrice de mes amis et partenaires professionnels. Je pense que c’est aussi ce que mes proches diraient de moi.

👣 Tu quittes l’école à 16 ans. Qu’est-ce que tu ressens à ce moment-là ? Tu voulais fuir un système ou courir vers autre chose ?

J’ai grandi dans un environnement difficile et je m’ennuyais profondément à l’école. Je ne comprenais pas pourquoi on passait autant de temps à apprendre des choses par cœur, alors qu’il suffisait d’intégrer les informations et les concepts pour passer à autre chose. Bonne élève, je ne me voyais pas continuer dans ces conditions, assise à regarder par la fenêtre. Et comme m’éloigner de chez moi était une priorité, j’ai pensé à l’apprentissage.

👣 Tu avais deux passions : la cuisine et les chaussures. Raconte-moi ce que tu imaginais pour toi à cette époque… et ce que tu as vraiment vécu.

En classe, je dessinais des chaussures pour m’occuper. À 16 ans, j’ai commencé à regarder les débouchés en cordonnerie, mais c’était un environnement très masculin. J’ai tenté ma chance dans plusieurs boutiques pour devenir vendeuse, mais dans ma petite ville de Moselle-Est en 1995, il fallait parler le patois pour servir les clientes âgées. J’ai essuyé pas mal de refus.

Mon plan B, c’était la cuisine. Une passion née grâce à ma Mamie Georgette (Coucou Mamie !) avec qui je testais de nouvelles recettes chaque semaine. Le seul restaurant où je voulais travailler était un étoilé Michelin. J’y suis allée avec mon petit sac à dos et j’ai dit : « Bonjour, je cherche un apprentissage ! » La patronne a souri et m’a demandé où étaient mes parents. J’ai répondu : « Ce n’est pas pour eux, c’est pour moi. » Elle a ri… et m’a prise en apprentissage, en salle.

👣 Tu as eu mille vies pro : restauration, pension pour rongeurs, déco, assurance, immobilier… Qu’est-ce que tu retiens de toutes ces expériences ?

Je retiens que chaque aventure pro apporte des compétences réutilisables ailleurs. C’est ultra enrichissant.

En plus des formations et certifications nécessaires, il y a toujours une part de "learning by doing" qui permet d’approfondir les choses.


Par exemple :
– Je mets toujours de l’amour dans mes plats.
– Je peux endormir un lapin en deux minutes (ça ne me sert à rien au quotidien, mais ça claque, non ?)
– Je sais poser du carrelage et des plaques de plâtre (merci les cours du CNFDI en 2009 pendant la rénovation de mon appart).
– Mes contrats d’assurance (et ceux de mes clients) sont béton (agrément luxembourgeois en 2014).
– Et je ne me ferai plus jamais arnaquer en immobilier (agrément obtenu en 2017 en travaillant pour des promoteurs).

👣 Si tu devais nommer le fil rouge de ton parcours, ce serait quoi ?

Le service ! Depuis petite, j’aime rendre service, anticiper les besoins, éviter les problèmes. Ma carrière s’est toujours articulée autour de ça : assister et être utile. Depuis 2012, j’assiste des PME luxembourgeoises dans des secteurs variés : immobilier, social, assurances, événementiel, etc. Et quand il me manque une compétence, je m’empresse de l’acquérir.

👣 Tu es revenue plusieurs fois à l’indépendance. Qu’est-ce que tu y trouves que tu ne retrouves pas en salariat ? Et à l’inverse, qu’est-ce qui te manque parfois ?

J’aime pouvoir organiser mon temps. On oublie souvent que notre productivité dépend de notre rythme circadien. Le 08 h–17 h n’est pas adapté à tout le monde. Je ne suis pas du matin, mais je travaille souvent jusqu’à 23 h en étant plus productive que jamais.

Ce qui me manque le moins : les open spaces (quelle angoisse !).

J’ai la chance de faire partie d’une communauté de nomades digitaux. On fait des pauses café en visio, on parle de nos voyages ou de nos outils de travail, qui évoluent très vite. Ce sont des collègues choisis.


Parfois, on allume la caméra toute la journée pour travailler « ensemble », histoire de se mettre un peu de pression pour rester focus.

👣 Aujourd’hui, tu accompagnes tes clients à ta manière. C’est quoi, « travailler avec Carole » ?

Avant tout, il y a l’éthique. Comme le dit Alexandre Astier : « Je ne travaille pas avec des gens avec qui je n’aurais pas envie de déjeuner. »
J’ai déjà quitté un gros client qui voulait m’impliquer dans des pratiques illégales. Mes clients sont tous différents, mais le point commun, c’est la confiance, donc pas de micro-management. Je reçois une mission, je propose des idées, j’exécute. S’il faut ajuster, on le fait ensemble. Et j’ai un excellent réseau au Luxembourg, dont ils peuvent aussi bénéficier.

👣 Tu vis (et travailles) parfois à l’étranger. Concrètement, c’est quoi le quotidien d’une assistante virtuelle digital nomad ? Tu t’es déjà sentie jugée ?

Haha, oui ! Jugée négativement à l’étranger, mais avec un brin d’envie au Luxembourg.
L’image de notre communauté n’est pas parfaite car certains abusent, squattant des petits commerces avec un verre d’eau pendant des heures pour profiter du Wifi et faire des selfies.
De mon côté, je travaille à l’abri des regards : dans des espaces de coworking, des chambres d’hôtel ou hors ligne dans les transports. J’utilise un VPN et je respecte la GDPR.


À l’étranger, mes journées sont rythmées par les découvertes et mes soirées consacrées au travail. Je voyage souvent seule, donc j’évite les sorties nocturnes. Peu importe le fuseau horaire, je travaille de manière asynchrone. Mes clients l’acceptent : les résultats sont là.

👣 Tu as traversé des hauts, des bas, des moments forts : maternité, maladie, pauses… Comment tu gardes le cap ?

Je travaille très dur sur l’acceptation, c’est ce qui me rend résiliente.

J’ai la chance d’être entourée d’amis formidables. C’est quand on m’a découvert un cancer du sein il y a trois ans que j’ai pris ma plus grande claque car j’ai compris que je n’étais pas immortelle.

Depuis, je me concentre sur l’essentiel : ce qu’il me reste à vivre, et ce qui compte vraiment.

👣 Tu observes le monde du travail de près. Si tu pouvais faire passer un message, ce serait lequel ?

Le monde du travail peut mieux faire, on y passe nos plus belles années.
J’ai vu de près (ou de loin) des cas de harcèlement et d’abus de pouvoir sans aucune conséquence sur leurs auteurs. Certains continuent à recevoir médailles et subventions !

Mon message aux employeurs : gardez votre humanité. Vous garderez vos employés. Ne recrutez pas uniquement sur les diplômes : beaucoup de gens n’ont pas étudié dans le domaine où ils excellent aujourd’hui.

Et pour les employés : personne n’est irremplaçable. Peu importe vos sacrifices, vous serez remplacé si la direction le décide. Inspirez-vous de la Gen Z : respectez-vous.

👣 Tu as des projets en cours ou en tête ? Des envies pour la suite ?

Je suis en train d’apprendre le portugais, je prévois d’y passer un peu plus de temps dans les années à venir.


Concernant ma société, je n’ai pas envie de trop la développer parce que ce que je fais me rend heureuse, j’ai un merveilleux équilibre vie pro/vie perso. C’est un luxe que peu de monde peut se permettre, et je voudrais que cela continue comme ça.
J’aimerais développer un réseau d’assistants partenaires qui partagent mes valeurs. On a tous des compétences différentes, et quand on est bon, il y a du travail pour tout le monde.

👣 Et si on terminait avec une anecdote 100 % toi ? Un truc drôle, surprenant ou très "Carole" ?

Pas vraiment drôle, mais j’en ris avec les autres : je suis nosophobe. J’ai grandi avec « Il était une fois la vie » et depuis, je VOIS les microbes et bactéries. Bien avant le Covid, on m’appelait Monk.


Je serre rarement la main, j’évite les bises, je touche peu de choses. Au quotidien, c’est gérable : c’est juste que je consomme beaucoup d’essuie-tout pour me sécher les mains, j’ai toujours mon gel désinfectant et mon propre stylo. D’ailleurs, si quelqu’un connaît un site de rencontres pour personnes hyper-hygiéniques, je suis preneuse !


Carole Plehiers, Franco-Luxembourgeoise, réside au Grand-Duché depuis 25 ans. Diplômée en hôtellerie, elle explore divers domaines avant de trouver sa voie : accompagner les dirigeants vers l’excellence.
Pendant plus de 15 ans, elle assiste entrepreneurs, promoteurs et agents d’assurance sur tous les fronts.
Entre confinements et cancer du sein, elle part plusieurs mois en Asie pour repenser sa vie. Pleine de résilience, elle revient en 2024 et fonde officiellement « Ask Carole – Assistante virtuelle freelance » pour continuer d’assister les responsables de PME luxembourgeoises.
Nomade digitale, elle voyage plus d’un tiers de l’année.