

Se sentir outsider dans un environnement ultra codifié. Apprendre à composer avec des règles implicites, des regards, des attentes silencieuses. Et transformer ce décalage en moteur plutôt qu’en frein.
Installé au Luxembourg depuis plus de vingt ans, Baudouin Mallez revient sans détour sur ce sentiment d’outsider qui a marqué son parcours, de la gestion de fortune à l’entrepreneuriat. Une discussion lucide sur la crédibilité, la légitimité et la confiance qui se construit avec le temps.
🎙️ Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous dire ce que vous faites aujourd’hui ?
Je m’appelle Baudouin Mallez. Je suis installé au Luxembourg depuis une vingtaine d’années et j’ai passé la majeure partie de mon parcours professionnel dans l’univers de la gestion de fortune, au sein de différentes banques privées.
Aujourd’hui, je dirige Odax Wealth Partners, une structure indépendante basée entre le Luxembourg et Paris, que j’ai fondée début 2025. J’y accompagne des dirigeants et des familles entrepreneuriales confrontés à des situations économiques sensibles, souvent internationales, en leur apportant une lecture globale et structurée.
J’interviens généralement à des moments charnières : phases de croissance, de transformation, de transmission, ou lorsque plusieurs enjeux se croisent, qu’ils soient économiques, juridiques, fiscaux ou humains. Mon objectif est alors de clarifier les priorités, d’anticiper les conséquences des décisions prises et de veiller à la cohérence de l’ensemble dans la durée. Concrètement, j’analyse les situations, j’identifie les enjeux clés et je m’assure que les décisions prises s’articulent de manière cohérente avec l’ensemble des conseils impliqués.
🎙️ À quel moment précis de votre parcours vous êtes-vous senti outsider pour la première fois ?
Assez tôt, en arrivant au Luxembourg. J’étais jeune, sans réseau établi, et je ne maîtrisais pas encore tous les codes. Très vite, j’ai compris que j’évoluais dans un environnement très exigeant, où beaucoup de choses restaient implicites.
Avec le recul, je réalise que ce sentiment d’outsider ne m’a finalement jamais quitté. Chaque fois que je commençais à me sentir en terrain connu, que ce soit en gagnant en séniorité, en responsabilités ou en confort, j’ai choisi de me remettre en question. Changer de banque, prendre davantage de responsabilités ou sortir d’un cadre très normé pour tester l’entrepreneuriat faisaient partie de cette logique.
Je crois même m’être souvent placé volontairement en situation d’inconfort. Être outsider est devenu une constante, presque un moteur. Cela m’oblige à rester humble, curieux, et à ne jamais considérer les choses comme acquises. D’une certaine manière, cette position me stimule intellectuellement et me motive au quotidien.
🎙️ Qu’est-ce qui a été le plus difficile à gérer ?
Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’énergie nécessaire pour être perçu comme crédible. Pas seulement vis-à-vis des clients, mais aussi en interne, face à des collègues exerçant le même métier, ou auprès de fonctions support et d’experts très installés.
Il fallait sans cesse démontrer sa légitimité, expliquer, justifier, parfois même surjustifier. C’est intellectuellement stimulant, mais cela demande une implication constante sur la durée. Je suis quelqu’un de pragmatique et j’ai parfois eu du mal avec certains codes implicites, feutrés, voire très politiques, propres à l’univers de la gestion de fortune. Ce décalage m’a obligé à m’adapter, tout en restant fidèle à une manière de travailler plus directe et plus opérationnelle.
🎙️ Quelles ont été vos principales peurs ?
Comme beaucoup de personnes évoluant dans de grandes organisations, ma principale peur était liée à l’image que je renvoyais. Je passais beaucoup de temps et d’énergie à me demander comment j’étais perçu, si ma posture était la bonne, si je correspondais aux attentes implicites de mon environnement professionnel.
Avec le recul, je me rends compte que cette préoccupation m’a coûté une énergie précieuse. En m’en détachant plus tôt, j’aurais sans doute pu consacrer encore davantage d’attention à ce qui me motivait réellement, notamment le développement commercial et la relation client. J’avais aussi une peur très classique : celle de ne pas être légitime face à des collègues plus expérimentés, installés depuis longtemps. Cette comparaison permanente peut devenir paralysante, surtout dans des univers très hiérarchisés.
🎙️ Comment avez-vous construit votre crédibilité ?
En assumant une approche un peu différente. Je n’ai jamais cherché à copier les codes existants à tout prix, mais plutôt à trouver une posture qui me ressemble. Un côté parfois faussement détendu, beaucoup d’énergie, et surtout un profond respect pour les personnes avec lesquelles je travaillais, quel que soit leur rôle ou leur ancienneté.
J’ai aussi compris assez tôt que, dans ce métier, les discours ne suffisent pas. Les résultats, notamment commerciaux, restent un langage universel. Ils ne font pas tout, mais ils permettent de lever beaucoup de barrières et d’installer une légitimité durable. Avec le temps, cette combinaison entre singularité assumée, exigence dans le travail et résultats concrets m’a permis de trouver ma place sans renier qui j’étais.
🎙️ En quoi être outsider est devenu une force ?
Être outsider m’a poussé à observer beaucoup. Observer ce que les autres faisaient bien, comprendre pourquoi cela fonctionnait, puis tenter de le transposer à ma manière, avec mes propres codes.
Je ne me suis jamais installé dans des certitudes. Je me suis toujours remis en question, parfois même de façon permanente. C’est exigeant et très engageant, mais cela m’a évité de figer ma manière de travailler. Avec le recul, je pense que c’est précisément ce que mes clients apprécient. Rien n’est automatique ou standardisé. Chaque situation est réinterrogée, chaque décision remise en perspective. Cette capacité à rester en mouvement et à douter intelligemment est devenue une vraie force dans la relation de confiance.
🎙️ Cherchez-vous encore à faire votre place ?
Oui, bien sûr. En tant que dirigeant et fondateur d’une jeune structure, on cherche forcément encore à faire sa place. Il faut construire, prouver, convaincre, et cela fait partie du jeu entrepreneurial.
En revanche, avec le temps et l’expérience, j’ai gagné en confiance. J’ai beaucoup moins peur du regard des autres et de l’image que je renvoie. Aujourd’hui, je cherche avant tout à faire ma place dans le business, à développer un projet solide et cohérent, sans être dans une logique d’acceptation ou de reconnaissance extérieure. Cela change profondément la manière de travailler : on est plus aligné, plus serein, et finalement plus efficace.
🎙️ Quel message pour quelqu’un qui se sent outsider ?
Je lui dirais de ne pas chercher à faire disparaître ce sentiment. Être outsider est inconfortable, parfois très intense, mais c’est aussi une position extrêmement stimulante.
Chaque fois que je me suis senti outsider, j’ai travaillé davantage, observé plus finement et remis mes certitudes en question. Tant que je me sentais en décalage, je restais en mouvement. Le jour où je me sentais trop à l’aise, j’avais plutôt l’impression de perdre en vigilance. Avec le recul, je crois que ce sentiment pousse à progresser plus vite, à rester humble et à ne jamais considérer sa place comme acquise. Ce n’est pas confortable, mais sur le long terme, c’est souvent ce qui permet de construire quelque chose de solide et de personnel.
🎙️ Pour finir sur une note plus légère, un fun fact sur vous ?
Je pratique le sport automobile et le kitesurf, souvent en outsider, mais toujours avec beaucoup de plaisir. Deux façons très différentes pour moi de m’évader.

Baudouin MALLEZ est dirigeant et fondateur d’Odax Wealth Partners, une structure indépendante basée au Luxembourg et à Paris.
Installé au Luxembourg depuis près de vingt ans, il a évolué pendant de nombreuses années dans l’univers de la gestion de fortune, au sein de banques privées. Il accompagne aujourd’hui des dirigeants et des familles entrepreneuriales dans des situations économiques et organisationnelles complexes, souvent internationales, avec une approche globale et structurée.
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