Big Talent | Zach Traer : quand l’amour et l’humain guident une carrière

Zach n’a pas “fait carrière” au sens classique du terme. Il a suivi son cœur, traversé l’Atlantique, raté ses objectifs au point de frôler l’échec, puis s’est relevé, encore et encore. Athlète, recruteur, stratège : son moteur, c’est l’impact. Derrière son parcours se dessine une conviction simple mais puissante : le recrutement doit être humain, transparent et aligné. Une vision qu’il incarne aujourd’hui chez skeeled, avec l’ambition de faire du Luxembourg une référence mondiale en matière d’expérience candidat.

⭐️ Tu es arrivé au Luxembourg par amour, sans réseau, sans repères. Qu’est-ce qui t’a donné la force de te lancer dans cette aventure ?

La réponse est dans la question : c’est l’amour qui m’a donné la force. Avant d’atterrir au Luxembourg, mon épouse et moi avions déjà traversé quatre années de relation à distance, d’abord entre Ottawa et Strasbourg, puis entre Munich et Luxembourg pendant mon master. 

On n’a jamais vraiment eu de plan précis, juste l’espoir têtu qu’un jour, on serait enfin ensemble pour de bon.

Alors oui, je suis arrivé ici sans réseau, sans repères, sans promesse d’emploi. Mais je suis arrivé le cœur plein. J’avais enfin la chance de construire un avenir avec la femme que j’aimais, et ça, c’était plus motivant que n’importe quel plan de carrière.

Et puis, il y avait autre chose aussi : je savais que je m’apprêtais à lancer ma vie professionnelle. Une double aventure donc, personnelle et professionnelle. J’étais porté par une forme d’excitation naïve mais puissante.

En arrivant ici, j’avais déjà l’impression d’avoir tout gagné. Et c’est sûrement cette énergie-là qui m’a donné la confiance de foncer, sans regarder en arrière.

⭐️ Ton premier poste dans une petite agence a duré plus de trois ans. Qu’est-ce que cette expérience t’a appris sur toi-même ?

Ça m’a appris la résilience, mais pas celle que je connaissais déjà.

Ce n’était plus la résilience de l’athlète sur le terrain, c’était une autre forme d’endurance : mentale, émotionnelle, professionnelle.

En agence, la pression est constante. Il y a les chiffres, les clients, les candidats à convaincre, les cycles courts, les attentes élevées. Et la vérité, c’est que mes débuts ont été catastrophiques : lors de mon premier semestre, j’ai atteint… 26 % de mes objectifs. Je me souviens avoir dit à mon épouse que je ne passerais probablement pas ma période d’essai.

Aussitôt arrivé, aussitôt reparti, c’était ce que je redoutais.

Et pourtant, Nicolas et Marilyn Hurlin ont décidé de me garder. Ils ont vu quelque chose en moi que je ne voyais pas encore moi-même. À partir de là, c’est mon passé d’athlète qui a repris le dessus.

J’étais le premier au bureau, le dernier à partir. Je mettais les bouchées doubles. Pas pour prouver que j’étais le meilleur, mais pour prouver que j’étais capable d’apprendre, de progresser, de rebondir.

Cette période m’a forgé.

Elle m’a appris que la performance ne vient pas toujours d’un talent brut, mais de la capacité à se relever, encore et encore. À cette époque, j’ai commencé à comprendre que le recrutement, ce n’était pas juste un job, c’était un terrain de jeu où je pouvais réconcilier rigueur, engagement et sens.

⭐️ Quand tu rejoins Talkwalker, tout s’accélère. Tu passes de recruteur à responsable mondial du recrutement. Comment tu as vécu cette montée en puissance ?

Avec beaucoup d’humilité… et d’humanité.

Quand je suis arrivé chez Talkwalker, je faisais partie d’une équipe de recrutement internationale, des États-Unis à l’Australie. Mais avec la crise post-Covid, tout a basculé. Tous mes collègues ont été licenciés. Moi seul suis resté. Et je ne peux pas dire que j’ai "tout construit" là-bas : ce serait injuste. J’ai beaucoup appris de cette équipe. Ce que j’ai fait ensuite, c’est poursuivre leur travail… seul.

Il n’y avait plus de volume de recrutement. Alors j’ai utilisé ce temps pour tout revoir : les process, la stratégie, les outils, la documentation. J’ai recentré notre approche sur une idée simple mais puissante : le candidat doit être au cœur de tout.

Et puis, le vent a tourné. Le marché s’est réveillé, les recrutements ont repris. Mais les candidats, eux, avaient changé. Ils étaient nombreux à avoir perdu leur emploi, parfois du jour au lendemain.

Je faisais des entretiens à New York, Singapour, Tokyo et bien sûr au Luxembourg, et j’entendais la même chose : des profils brillants, abîmés par des process déshumanisés. Certains étaient sincèrement surpris de recevoir un feedback structuré, ou même un simple message de suivi.

C’est là que j’ai compris que l’on pouvait faire autrement.

Que dans un contexte instable, deux choses ne devaient jamais manquer : l’empathie et la transparence.

C’est de cette conviction qu’est née The Humane Recruiter.

⭐️ Puis vient le rachat par Hootsuite. Qu’est-ce que cette étape a révélé sur ton rapport au travail, à l’entreprise, à la confiance ?

Au départ, j’étais sincèrement enthousiaste. Voir Talkwalker, une entreprise luxembourgeoise que j’avais contribué à faire grandir, être rachetée par Hootsuite, un acteur mondial… et canadien en plus ? C’était, dans un sens, un retour aux sources pour moi. 

Le Canadien au Luxembourg, rattaché à un géant de Vancouver… il y avait une certaine poésie là-dedans.

J’avais occupé chez Talkwalker un rôle que j’adorais : à la fois stratégique et opérationnel, ancré dans le quotidien des équipes, avec une vraie liberté d’action.

L’intégration dans une structure plus large a forcément changé la dynamique. Moins de proximité, plus de process, des décisions parfois prises à distance. Ce n’est ni mieux ni pire, c’est différent.

Et cette différence m’a aidé à mieux comprendre mes moteurs profonds : j’ai besoin de sentir que je peux agir concrètement, que mes idées ont un espace pour exister, que la confiance circule dans les deux sens. C’est ce qui donne du sens à mon engagement.

J’ai réalisé que, pour moi, le niveau d’impact que je peux avoir dans une entreprise est fondamental.

C’est ma boussole. Mon North Star.

J’ai toujours cherché à améliorer l’environnement autour de moi, par le recrutement, bien sûr, mais aussi par la manière de travailler ensemble, de se parler, de se faire confiance. Et quand cet espace d’influence se rétrécit, peu importe le salaire, la flexibilité, ou le prestige… je me sens inutile.

Parce qu’au fond, je ne cherche pas à “faire carrière” dans le sens classique du terme. Je cherche à avoir de l’impact. À bâtir. À contribuer, de façon alignée.

⭐️ Tu as récemment intégré Skeeled. Pourquoi ce projet t’a-t-il parlé ? Et qu’est-ce que tu veux y construire ?

Honnêtement, je ne pensais pas revenir un jour dans le monde de l’agence. Après l’avoir quitté en 2021, je ne voyais plus vraiment où je pouvais y avoir un impact. Et puis, j’ai rencontré Mike et Nicolas, les cofondateurs de skeeled. Ils m’ont parlé de leur ambition de redonner un souffle nouveau à leur service Recruitment-as-a-Service (RaaS), et tout de suite, j’ai senti que quelque chose résonnait.

Ce n’était pas une proposition comme les autres. Il ne s’agissait pas simplement de “recruter pour des clients”, mais de professionnaliser un modèle, de construire une équipe, et surtout, de faire les choses autrement.

J’ai vu une vraie liberté d’action, une vraie reconnaissance de mon expertise, et une opportunité concrète d’injecter mes valeurs dans un modèle souvent perçu comme transactionnel. L’humain, la transparence, la qualité d’expérience, pour les candidats comme pour les clients.

Et puis, le timing.

Cette opportunité est arrivée au moment où mon fils allait naître. J’étais face à une vraie question : rester dans une structure où le confort était là, mais où je ne me sentais plus utile… ou rejoindre un projet qui me faisait vibrer, dans une période déjà pleine de bouleversements. 

J’ai beaucoup échangé avec mon entourage, ma famille, mon épouse. Et j’ai compris une chose : si j’allais devenir père, je voulais l’être en incarnant mes convictions. Être un exemple, aussi bien dans mes choix personnels que professionnels. Et ça, ça ne passe pas par le confort, mais par l’alignement.

Ce que je veux construire chez skeeled, c’est un modèle de recrutement qui redonne du sens. Je rêve, et j’assume que c’est un peu fou, que le Luxembourg devienne l’un des pays au monde où l’on vit la meilleure expérience candidat. Parce que notre marché est petit, agile, et rempli de professionnels RH brillants qui, j’en suis sûr, partagent cette ambition.

Concrètement, on commence par la base : la communication. C’est là que tout se joue. On s’engage à communiquer de manière claire, régulière, humaine. Qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises nouvelles, nos clients et candidats savent où on en est, ce qu’on fait, pourquoi on le fait.

On valorise aussi la pédagogie : expliquer ce qu’il y a derrière un CV, derrière une note d’entretien, accompagner les responsables métiers dans leurs décisions, proposer des bonnes pratiques, que ce soit dans la rédaction d’une offre, la structuration d’un entretien, ou l’évaluation finale.

Et ce modèle, on le fait vivre à travers notre propre outil, notre propre technologie. C’est là toute la force de skeeled : allier expertise humaine et plateforme intelligente.

⭐️ Quand tu es arrivé ici, tu ne connaissais rien au marché RH luxembourgeois. Aujourd’hui, tu fais partie de l’écosystème. Tu t’es construit comment ?

C’est vrai, j’étais un inconnu.

Mais ce n’était pas la première fois.

Mon père, ancien CEO de Basketball Canada et président de FIBA Americas, m’a transmis une leçon qui m’a toujours suivi : “Your network is your net worth.” Et pour bâtir ce réseau, il m’a donné trois conseils :

  • Intéresse-toi sincèrement aux gens.

  • Souviens-toi des petits détails qu’ils te confient.

  • Donne avant de recevoir.

Alors, j’ai appliqué ça à la lettre.

Je suis allé aux événements. J’ai tendu la main. J’ai posé des questions, écouté les réponses. Et surtout, j’ai pris la parole, notamment sur LinkedIn. J’y ai partagé ce que je vivais, ce que je voyais. J’ai osé aborder des sujets que peu de gens mettaient sur la table : l’expérience candidat, la transparence, les pratiques RH à remettre en question.

Petit à petit, ça a créé des ponts. Des discussions, puis des rencontres. 

J’ai construit mon réseau en restant fidèle à moi-même, sans costume, sans posture. Juste avec curiosité, constance… et beaucoup d’humanité.

⭐️ En tant que Nord-Américain, qu’est-ce qui t’a surpris dans la culture professionnelle européenne ? Et qu’est-ce que tu trouves inspirant ?

Ce qui m’a surpris, d’abord, c’est qu’il n’y a pas une culture professionnelle européenne… mais des dizaines.

Il y a la culture luxembourgeoise, bien sûr, mais aussi l’influence française, allemande, italienne, anglo-saxonne… Et souvent, tout ça coexiste au sein d’une même entreprise.

Résultat : il faut apprendre à décoder, à lire entre les lignes, à comprendre des dynamiques informelles qui ne sont jamais écrites nulle part. C’est à la fois déroutant… et incroyablement riche.

Au Canada, la culture de travail est plus homogène. On est directs, chaleureux, spontanés. On tutoie dès la première rencontre, on lance une blague en réunion, on fait du small talk sans réfléchir. Moi, j’ai gardé ce réflexe de demander aux serveurs ou aux caissiers si “ça va bien ?”, et ma femme me rappelle souvent qu’on n’est plus à Ottawa ou Montréal.

Il y a ici une certaine pudeur dans les rapports professionnels, un respect marqué de la hiérarchie, et une place importante accordée aux titres, aux statuts, aux diplômes.

Ce qui m’inspire dans tout ça, c’est la diversité des points de vue, des façons de faire. On apprend à naviguer entre les cultures, à s’adapter, à écouter plus que l’on parle.

Et pour un recruteur, ou simplement pour un humain curieux, c’est une école formidable.

⭐️ Tu parles d’un Luxembourg cloisonné, avec des mondes qui se croisent peu. Comment tu l’as vécu, toi, en tant que “nouveau venu” ?

J’ai eu de la chance.

Mon premier réflexe en arrivant ici, ça a été de trouver un club de basket (Hesper Telstar), c’est mon terrain d’ancrage partout où je vais. Et ça a marché : mes premiers amis étaient mes coéquipiers, dix Luxembourgeois et deux Américains. Grâce à eux, j’ai eu très tôt un aperçu de la culture luxembourgeoise "de l’intérieur" : les soirées, les fêtes, les traditions, les codes sociaux… J’ai été accueilli avec bienveillance.

Mais je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde.

Dans mon premier job, on n’était que sept, aucun Luxembourgeois, et sans ce réseau sportif, mon intégration aurait été bien plus lente. Ce que j’ai constaté, c’est que les communautés ont parfois du mal à se mélanger : les locaux entre eux, les frontaliers entre eux, les expats entre eux. Il faut du temps, des ponts, et de la curiosité.

Moi, j’ai essayé d’être proactif.

J’ai tendu la main, donné avant de recevoir, appris quelques mots de luxembourgeois (même si ce n’est pas encore gagné).

Et petit à petit, ça a payé. J’ai construit un vrai réseau, à la fois pro et perso, mais ça demande un effort conscient.

⭐️ Ton ambition, c’est de travailler d’où tu veux, quand tu veux. C’est une vision qui te vient de ton éducation, de ton parcours, ou c’est une réponse à ce que tu observes ici ?

C’est un mélange des trois.

D’abord, il y a eu l’exemple de mon père. Son travail l’amenait à voyager régulièrement en Amérique latine et ailleurs dans le monde, et parfois, on l’accompagnait. J’ai grandi avec cette idée que le travail pouvait dépasser les murs d’un bureau et les frontières d’un pays. Ce sont ces souvenirs-là qui m’ont marqué le plus.

Et aujourd’hui, j’aimerais transmettre la même chose à mon fils : que notre valeur ne dépend pas d’où l’on travaille… mais de comment on le fait.

J’ai aussi été influencé par le contexte dans lequel j’ai grandi. À Ottawa-Gatineau, le gouvernement est l’employeur principal. Le parcours “classique”, c’est celui du fonctionnaire, avec sa stabilité, ses deux vacances par an, peut-être un chalet au bord d’un lac.

Chez moi, c’était différent. Mes parents venaient du monde du sport de haut niveau, et ma mère évoluait entre l’enseignement universitaire et le privé. Sans jamais dénigrer le secteur public, ils nous ont toujours doucement orientés, ma sœur et moi, vers autre chose. Selon eux, ce n’était pas l’endroit où aller si l’on voulait vraiment repousser ses limites. Et avec le recul, je crois qu’ils avaient raison [pour moi].

Enfin, il y a eu les rencontres que j’ai faites ici, au Luxembourg. Le secteur public y est très présent, et pour beaucoup de talents locaux, c’est le choix logique, une forme de sécurité, notamment dans un pays où le coût de la vie est élevé.

Mais ce qui m’a frappé ici, c’est la vitalité du tissu entrepreneurial. À travers mon réseau et mon engagement dans des écosystèmes comme la House of Startups, Luxinnovation ou la House of Entrepreneurship, j’ai rencontré plus d’entrepreneurs qu’au Canada.

C’est ce climat qui a nourri mon propre élan. C’est ce qui m’a donné envie de créer The Humane Recruiter, mon activité de conseil. Parce que je crois profondément qu’on peut allier liberté, exigence et impact. Et qu’on peut construire une vie professionnelle sur mesure, une vie qui nous ressemble, et dans laquelle on n’a pas à choisir entre ambition et équilibre.

⭐️ Ta compagne a aussi une belle trajectoire entrepreneuriale. Qu’est-ce que vos expériences vous apprennent l’un de l’autre ?

À travers son expérience, j’ai pu vraiment constater que l'entrepreneuriat, c’est pas pour les faibles.

Je dirais même qu’il faut être un peu fou pour se lancer: aucune garantie de succès (ni de revenu), de la compétition partout, des barrières d’entrée qui menacent de tout faire écrouler avant même le début.

De mon côté, je crois lui avoir appris que les bonnes choses prennent du temps. C’est aussi une réflection de notre propre histoire, quelque part. 

Je pense qu’un couple qui survit à l’aventure entrepreneuriale ensemble, sera prêt à remonter n’importe quel défi (même un bébé, voir la prochaine question 😉)

⭐️ Vous venez d’avoir un bébé. Est-ce que ça change ton regard sur ta vie pro, ta notion d’équilibre, ta manière de faire des choix ?

Avant même de devenir père, j’ai toujours eu une vision assez saine de la place que le travail occupe dans une vie. Le travail n’est pas tout. C’est un moyen, un moyen d’apporter de la valeur, de s’accomplir, de se sentir utile. Mais les vraies priorités restent la santé, la famille, les liens qu’on entretient avec ses proches, le couple, le bien-être physique et mental… qu’on cultive aussi à travers ses passions.

Cela dit, j’ai toujours pris mon travail très au sérieux. Parce que j’ai la chance d’avoir trouvé un métier qui me nourrit profondément, qui me connecte aux autres à un niveau très humain. Et c’est ça, pour moi, la vraie richesse : cette capacité à créer du lien, à laisser une impression, même après un simple entretien vidéo. Ce qui reste, c’est la manière dont on traite les gens. Pas seulement dans un cadre pro, mais aussi si on se recroise un jour dans la rue.

Ce que la naissance de mon fils a changé, ce n’est pas ma vision du travail, ni même ma définition de l’équilibre. Ce qui a changé, c’est mon rapport au temps. À ce que “être occupé” veut vraiment dire.

Avant, j’aurais dit que j’étais quelqu’un de très occupé. Je travaillais beaucoup, je m’entraînais pour jouer en première division de basket au Luxembourg, je voyageais dès que possible… Et pourtant, je trouvais toujours le temps de faire une sieste, de regarder Netflix. En réalité, je n’étais pas si occupé que ça.

Aujourd’hui, c’est une autre histoire. Quand tu as un petit être totalement dépendant de toi pour vivre, là, tu comprends ce que ça veut dire, être pris. Et ça change tout. J’ai une toute autre appréciation du temps.

Je parle souvent d’un sentiment qui me hante un peu depuis que je suis devenu papa : la nostalgie du présent. J’ai l’impression de vivre chaque moment plus intensément que jamais, seconde par seconde… tout en sentant qu’il m’échappe déjà. Chaque soir, quand je rentre, je remarque des petits changements. Un regard un peu plus vif, un geste nouveau. Il a grandi, juste un peu, mais ça suffit pour que je le sente.

Ce que la paternité m’a appris, c’est à vivre chaque moment avec intention. Que ce soit au travail, à l’entraînement, ou dans ces petits rituels du quotidien avec Liham — le matin avant de partir, le soir au moment du bain ou de l’histoire — j’essaie d’être là, pleinement. Parce que maintenant, je sais que ces moments-là ne reviennent pas.

⭐️ Si tu pouvais parler au Zach d’il y a 10 ans, juste avant qu’il quitte le Québec… qu’est-ce que tu aurais envie de lui dire ?

Je crois que je ne lui dirais pas grand-chose.

Ce Zach-là, il a suivi son cœur. Il a quitté le Canada pour aller étudier à Munich, juste pour se rapprocher — un peu — de celle qui est aujourd’hui sa femme, et la mère de son fils. Il n’avait pas vraiment de plan, mais il avait l’intuition que c’était le bon chemin. Et c’était le cas.

Ce Zach-là était déjà curieux. Curieux des autres, de l’histoire, de la vie, des liens invisibles qui connectent les gens entre eux. Il avait compris que passer du temps seul, ce n’était pas être seul, c’était apprendre à se connaître. Et cette solitude-là lui a beaucoup appris.

Il était aussi orienté vers l’action. Il rêvait grand, mais savait que les rêves ne suffisent pas : il fallait poser des actes, même petits, chaque jour, pour avancer vers ce qu’il voulait construire.

S’il y a une seule chose que je lui dirais, c’est peut-être ceci : sois encore plus conscient du temps. Il passe vite. Ne prends pas pour acquis les moments partagés avec tes parents, avec tes amis, avec ta partenaire. Ne prends pas pour acquis ta santé, ton énergie, ton envie. Tout passe, et tout se transforme.

Et surtout, avance avec foi et avec action. Parce que la foi sans mouvement, ça devient de l’attente passive. Et l’action sans foi, ça s’épuise vite. C’est la combinaison des deux qui forge une trajectoire, et désormais, une transmission.

Aujourd’hui, ce n’est plus seulement mon parcours que je trace. C’est aussi, en partie, celui de mon fils. Et ce que je veux lui transmettre, c’est justement ça : l’importance d’avancer avec intention, avec intégrité, et avec cette conscience que chaque instant compte.


Zach Traer réinvente le recrutement avec empathie et transparence. Manager chez skeeled, il accompagne les entreprises luxembourgeoises dans leurs défis d’embauche, tout en développant The Humane Recruiter, son cabinet de conseil dédié à l’attraction et à la fidélisation des talents. Voix engagée sur LinkedIn, il bouscule les pratiques dépassées et défend une expérience candidat plus humaine. Canadien d’origine, papa engagé, il met du sens dans chaque mission — pro comme perso.